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19 mars 2026de Sarah Knafo à Emmanuel Grégoire, pourquoi de plus en plus de politiques s’invitent chez les youtubeurs
A l’approche des municipales, les candidats multiplient les passages chez les youtubeurs, où le ton se fait plus intime. Une nouvelle scène politique qui permet aux candidats de toucher un public plus jeune et de se montrer sous un nouveau jour.
« Cette question, on ne me l’a jamais posée ». Rachida Dati vient de démissionner du ministère de la Culture pour se consacrer à sa campagne pour les municipales 2026, dont le deuxième tour a lieu ce dimanche 22 mars. Et qui dit campagne, dit forcément communication.
Au programme, les traditionnels tracts sur les marchés, des affiches dans Paris, des Reels sur Instagram qui rappellent étrangement les codes de campagne de Zohran Mamdani, le maire de New-York, sans oublier les traditionnels passages dans les médias. Pourtant, une récente intervention de la candidate de droite détonne. Rachida Dati a accordé un long entretien à Julia Layani dans son podcast Conversations avant la fin du monde diffusé le 1er mars 2026 sur Youtube.
Le détour par l’intime
« J’aimerais que vous laissiez un message à la Rachida Dati de 14 ou 15 ans », lui demande la vidéaste. « Cette question, on ne me l’a jamais posée », répond alors la femme politique, avant d’être submergée par l’émotion.
« Rachida, tu vas t’en sortir, la violence tous les jours, ce n’est pas la vie. Ta mère n’est pas éternelle donc il faut te préparer. Et à un moment donné, il y a un peu de lumière au bout du quotidien que tu as… En fait, je ne me suis jamais retournée ni sur mon enfance ni sur mon adolescence », détaille-t-elle, en larmes… avant que la youtubeuse ne la prenne dans ses bras.
Un instant de vérité, une fragilité jusque-là cachée enfin révélée? Un exercice de communication nouveau mais déjà maîtrisé? Un passage obligé sur la plateforme vidéo de Google? Tout cela à la fois? Une certitude, Rachida Dati est loin d’être une exception. Ces derniers mois, de plus en plus de politiques ont tenté l’expérience Youtube et migrent progressivement vers les studios feutrés des créateurs de contenus.
Juste avant le premier tour des municipales, les vidéos d’entretiens politiques sont devenues monnaie courante sur la plateforme. La candidate insoumise Sophia Chikirou et le candidat PS Emmanuel Grégoire se sont ainsi prêtés au jeu dans le décor pastel de Sam Zirah. De son côté, Sarah Knafo, pour Reconquête, évoquait intelligence artificielle et parcours professionnel au micro de Matthieu Stefani pour Génération Do it yourself alors que Jean Michel Aulas est passé chez Sixtine Moullé Berteaux cofondatrice du Crayon).
Avant eux, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (EPR), le député socialiste Arthur Delaporte, l’eurodéputée Insoumise Rima Hassan ou encore le député RN Julien Odoul s’étaient déjà assis dans les sièges en velour de Sam Zirah.
« C’est une autre grammaire »
« La politique et la télé-réalité sont des univers différents sur le fond, bien évidemment, mais très proches sur la forme », nous glisse Sam Zirah, dont les interviews mêlant confidences et sujets de société cumulent des centaines de milliers de vues. « Il suffit d’analyser les codes et leurs prises de parole sur Tiktok ou dans l’hémicycle pour se rendre compte que, parfois, on est chez les Anges ou les Marseillais. »
Alors, pas question de traiter le prochain maire de Paris différemment d’une candidate de L’île de la tentation. « Je reste en chaussettes, sourit Sam Zirah. J’ai l’habitude de faire toutes mes interviews en chaussettes et ils le savent. C’est comme ça que je me sens à l’aise. » Même son de cloche pour la préparation d’une interview. « Je travaille mes conducteurs de la même façon que pour une autre personnalité. Ca me sort de ma zone de confort, c’est tout. »
Alors forcément, les politiques doivent s’adapter à ces codes d’un nouveau genre. Le tutoiement s’impose, les silences s’allongent. « Sur les réseaux sociaux, c’est une autre grammaire », insiste le vidéaste. Dans les studios aux murs rose bonbon, loin des dorures de la République, la politique se donne à voir autrement. Plus accessible, plus intime. Souvent, les récits personnels prennent le pas sur les éléments de langage. On y parle de son enfance, de couple ou encore de blessures.
OnlyFans, X-Factor et trauma d’enfance
Autant de terrains rarement explorés dans les interviews politiques classiques. « Exposer une autre facette de sa personnalité ». L’expression revient dans l’entourage d’Emmanuel Grégoire, candidat socialiste, pour justifier ce détour par Youtube. Une manière, selon son équipe, de « compléter les canaux plus traditionnels ».
« On donne à voir une autre image. L’influenceur, il ne va pas aller vous chercher sur les votes que vous avez faits, sur telles déclarations. En général, ils ont une vision assez décalée », rappelle à France Info la députée Ecologistes Sandrine Rousseau, habituée de ce type de formats.
Dans les vidéos de Sam Zirah, Emmanuel Grégoire évoque longuement un de ses traumatismes d’enfance et évoque le jour où il est devenu père. Même constat pour Sophia Chikirou qui évoque sa vision d’elle-même, où elle se compare à une petite souris et de son image dans les médias. De son côté, Bruno Clavet, député RN du Pas-de-Calais et candidat à la mairie de Lens, revient sur son passage dans X-Factor. Il revient même sur ses photos de mannequin lingerie pour payer ses études.
« Maintenant, il y a tromperie sur la marchandise », plaisante-t-il. « Ça ne définit pas l’homme politique que je suis aujourd’hui. (…) C’est une expérience que certains utilisent pour me dénigrer, mais ça m’a permis de payer mes études, donc je n’ai pas à en rougir. (…) Mais je n’ai jamais voulu en faire mon métier. »
On apprend aussi que le « bad buzz » lié à ces révélations lui aurait coûté son couple. Au passage, l’homme politique évoque Only Fans, Jean-Marie Le Pen, la beauté en politique et, évidemment, ses ambitions pour Lens.
Formats longs et nouveaux publics
Ce positionnement séduit les politiques. Libérés de la pression du débat, ils disposent de temps, parfois plus d’une heure, pour dérouler leur récit. Ce format permet de « prendre le temps », insiste Julien Odoul (RN) auprès de Politico, qui voit dans ces formats un moyen d’échapper aux réponses « en trente secondes ».
Ils « permettent d’aborder des sujets de fond, en dehors de l’actualité chaude, et sur une durée bien plus longue que ce que nous accordent les émissions de télévision classiques », complète auprès de BFM Tech un membre de l’équipe communication de Sarah Knafo.
Surtout, ces interviews au long cours sur Youtube et cette image décalée leur permettent de toucher un public différent. Plus jeune, plus éloigné des médias traditionnels, plus habitué aux formats numériques. Une audience que certains peinent à atteindre autrement. « Les électeurs ne consomment pas tous de la même manière l’information. C’est tout aussi important d’aller sur les chaînes d’info que sur ce genre de podcasts », nous confie l’équipe de communication de Sarah Knafo.
L’idée, c’est d' »aller chercher des personnes qui ne sont pas des militants politiques stricto sensu », résume à France Info Sandrine Rousseau, habituée de ces invitations. Quitte à répondre à des questions plus qu’inattendues. Par exemple sur ses cheveux, qui, derrière leur apparente légèreté, ouvrent sur des sujets de fond, comme la place et l’image des femmes en politique.
Vulgariser la politique
Du côté des youtubeurs, l’enjeu est de taille: vulgariser des institutions qui peuvent parfois sembler (très) éloignées des électeurs.
« Ca permet d’avoir un premier contact avec ce milieu si on a pas vraiment accès à la politique. Souvent, on a l’impression que la politique est réservée aux élites. Mais pas du tout. On a tous le droit de poser des questions, de s’y intéresser. On est tous des électeurs », souligne Sam Zirah.
Une stratégie qui porte ses fruits. « J’ai énormément de messages de ma communauté qui me disent qu’ils n’avaient jamais regardé d’interviews de personnalités politiques avant mes vidéos. Et d’un coup, ils se retrouvent à regarder une intervention de 50 minutes », s’enthousiasme le créateur de contenu. Chacune des interviews politiques du youtubeur aux deux millions d’abonnés mêlant intime et sujets de société cumule plusieurs centaines de milliers de vues.
Même son de cloche pour Matthieu Stefani, derrière le podcast Génération Do It Yourself. Le vidéaste a notamment reçu Emmanuel Macron pendant plus d’une heure trente, François Ruffin et Sarah Knafo.
« Nous enregistrons volontairement assez peu de personnalités politiques depuis le début du podcast. Mais ça pourrait changer d’ici un an, si l’envie nous en prend », indique-t-il dans l’espace description de sa vidéo avec l’ancienne candidate Reconquête. Un changement qu’il justifie par l’envie de « comprendre un peu mieux le monde polarisé dans lequel on vit », surtout avec l’arrivée des élections présidentielles 2027.
Pour les youtubeurs, accueillir des responsables politiques est aussi un enjeu de crédibilité. « Une preuve de professionnalisme », analyse Sam Zirah, qui y voit une manière de construire une véritable marque média. Il ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là. Le vidéaste espère pouvoir monter un projet, en partenariat avec une chaîne d’informations en continue à l’aube des présidentielles. L’objectif? Proposer un nouveau format qui mélangerait « enjeux politiques de 2027 avec les préoccupations des utilisateurs sur les réseaux ».
Quid des contraintes?
Cette hybridation des genres n’est pas sans précédent. Dès 2016, l’émission Une ambition intime, de Karine Le Marchand avait ouvert la voie. Mais Youtube pousse plus loin encore la logique: celle d’une politique incarnée et personnalisée. Surtout, le format Youtube rassemble beaucoup plus d’internautes, à en croire les audiences.
Mais l’exercice de l’interview politique sur la plateforme n’est pas sans contraintes. Certains élus exigent de valider les questions en amont, voire de contrôler le cadre. D’autres hésitent à participer à des formats qui pourraient les exposer sans filet.
En toile de fond, une question demeure. Ces contenus devront-ils, un jour, être soumis aux mêmes règles que les médias traditionnels? Pour l’heure, l’Arcom se limite à rappeler les règles générales en période électorale, comme la période de réserve. « Si demain il devait y avoir une évolution du cadre, je m’y conformerais », assure Sam Zirah.
A l’heure où la défiance envers les médias traditionnels persiste, ces formats apparaissent comme une alternative séduisante et une scène incontournable de la campagne. Reste à savoir si, derrière l’émotion, les électeurs y trouvent aussi matière à se faire une opinion.
Source : www.bfmtv.com

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