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19 mars 2026« Ça va se jouer à quelques milliers de voix » : à Paris, un 2nd tour très incertain entre les deux favoris, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati
La capitale basculera-t-elle à droite ou restera-t-elle dans le giron de la gauche ? A Paris, le suspense reste entier, même pour les équipes des deux candidats en capacité de décrocher la Ville lumière. « Il est sincèrement compliqué de savoir, ça dépendra de la capacité de mobilisation de son camp », livre une colistière de Rachida Dati. L’ex-ministre de la Culture, d’ores et déjà réélue maire du 7e arrondissement, a vu son horizon s’éclaircir dans l’entre-deux-tours. Arrivée deuxième au 1er tour avec 25,46%, elle accuse un retard de 12,52 points face au socialiste Emmanuel Grégoire (37,98%). Mais l’ancienne étoile montante de la sarkozie est parvenue à fusionner sa liste avec celle du candidat Horizons, Pierre-Yves Bournazel, arrivé troisième avec 11,34%, et bénéficie du retrait de la candidate d’extrême droite Sarah Knafo, cinquième au 1er tour avec 10,4%.
En face, le camp d’Emmanuel Grégoire ne bénéficie d’aucune alliance. Le député de Paris a refusé « une fusion technique », comme le proposait la candidate LFI, Sophia Chikirou, qui a totalisé 11,72% des suffrages lors du 1er tour. « J’ai fait le choix à Paris de ne pas » faire alliance avec la députée insoumise, qui « a passé son temps à nous cogner dessus », a justifié Emmanuel Grégoire, mardi sur France Inter. Résultat : Sophia Chikirou se maintient, rendant le résultat du dimanche 22 mars difficilement prévisible. « Le scrutin va se jouer à quelques milliers de voix », estime le député Renaissance Sylvain Maillard, numéro deux de la liste Dati.
Cette configuration « remet Dati en selle ». « La situation de ballottage très défavorable dans laquelle se trouvait Dati a significativement changé (…) et cela rend l’issue du scrutin autrement plus difficile à cerner », assure à l’AFP Stéphane Zumsteeg, de l’institut Ipsos-BVA. Dans l’équipe de l’opposante historique à Anne Hidalgo, on se réjouit de la situation. « On y va pour gagner ! », assure Benjamin Haddad, ministre de l’Europe et colistier de Rachida Dati. « C’est la meilleure configuration possible. Avant, on était pris en étau entre Pierre-Yves Bournazel et Sarah Knafo. Les sondages ont montré que c’est ce scénario qui permet de gagner », livre une proche de Rachida Dati.
En effet, les instituts de sondage avaient testé, avant le 1er tour, cette hypothèse qui verrait Rachida Dati s’emparer de l’hôtel de ville. Un sondage Elabe pour La Tribune, publié le 7 mars, estimait, par exemple, Emmanuel Grégoire à 40%, Rachida Dati à 47% et Sophia Chikirou à 13%. Il faut néanmoins prendre avec beaucoup de pincettes ces projections réalisées avant le 1er tour. Aucun sondage d’entre-deux-tours n’a, par ailleurs, été réalisé. Mais « le retrait de Knafo est un plus, on ne va pas le nier », concède-t-on dans le camp Dati.
« On part avec des cartes que l’on n’avait pas dimanche soir. La victoire est possible. »
Une colistère de Rachida Datià franceinfo
Il reste néanmoins une question centrale : les électorats de Pierre-Yves Bournazel et de Sarah Knafo se reporteront-ils massivement sur la candidature de Rachida Dati ? Les observateurs de la vie politique ont fait leurs calculs. « Pour que Rachida Dati soit élue, il faudrait que moins de 25% des électeurs LFI se reportent en ‘vote utile’ sur Emmanuel Grégoire et que les électeurs de Pierre-Yves Bournazel soient moins de 20% à voter pour Emmanuel Grégoire, parce que tous ne sont pas de droite », a détaillé, dans l’émission « C dans l’air », sur France 5, le directeur du département Opinion de l’Ifop, Jérome Fourquet.
« Chez nous, ça sera du 50/50 », estime ainsi un proche de Pierre-Yves Bournazel. « Car on a une bonne partie de nos électeurs de centre ou de centre gauche qui s’abstiendra, voire ira voter pour Emmanuel Grégoire. » De plus, « l’absence de Bournazel est un gros handicap pour Dati », poursuit-on de même source. L’ex-candidat Horizons a en effet surpris en annonçant sur France 2 lundi soir qu’il ne figurerait pas sur la liste fusionnée – ses propres soutiens n’ont été prévenus que quelques minutes plus tôt. « Pour moi, le chemin s’arrête puisque les Parisiens n’ont pas souhaité que je sois le prochain maire de Paris », a-t-il annoncé. « Oui, ça aurait été beaucoup plus fort, pour nous, qu’il reste, mais c’est sa trajectoire personnelle », balaie une proche de Rachida Dati. Sylvain Maillard estime encore que ce retrait reste « anecdotique car l’équipe [de Pierre-Yves Bournazel] et ses soutiens sont là ».
Du côté des électeurs de Sarah Knafo, il n’est pas non plus certain que tous se reportent massivement sur la candidature de Rachida Dati. « Chez Knafo, c’est un vote très localisé dans le 16e. Or, le maire d’arrondissement a déjà été élu dimanche dernier, ça peut les démobiliser », imagine un soutien de Pierre-Yves Bournazel. « On ne va pas se risquer à faire des pronostics », nuance l’entourage de Sarah Knafo. « Mais on a un électorat qui est très sensible à l’union et qui ne veut vraiment pas que la gauche passe, donc on peut espérer qu’ils seront nombreux. »
A gauche justement, la stratégie est claire : alerter sur le danger que représenterait la victoire de Rachida Dati, qui va désormais bénéficier du retrait de Sarah Knafo. « La droite est prête à toutes les compromissions pour tenter de prendre Paris, y compris les alliances implicites avec l’extrême droite. Elle choisit ainsi de se compromettre de la pire des façons », a fustigé Emmanuel Grégoire, dans un communiqué publié après l’annonce de la candidate d’extrême droite. « Imaginez-vous un seul instant (…) Jacques Chirac, élu maire de Paris avec le soutien de Jean-Marie Le Pen ? », a-t-il également appuyé, lors d’un débat électrique entre les candidats du second tour, sur BFMTV, mercredi soir. Le lendemain, sur franceinfo, il a même accusé Emmanuel Macron d’être intervenu pour favoriser le retrait de Sarah Knafo, « un mensonge indigne » selon l’entourage du chef de l’Etat.
« La victoire de Rachida Dati ne constituerait pas seulement une défaite politique mais un effondrement moral et politique. L’offre de Rachida Dati n’est pas une offre classique mais une offre d’extrême droite, c’est un véritable danger », insiste l’élu écologiste David Belliard, troisième sur la liste Grégoire. « Nous lançons donc un appel au-delà des clivages partisans, à ceux qui ont voté pour la liste LFI, d’autres listes, ou celle de Pierre-Yves Bournazel, à se mobiliser. » Un argumentaire qui fait bondir le camp de Rachida Dati. « Ma candidate n’est pas soutenue par l’extrême droite. Nous avons répété que nous ne ferions jamais d’alliance avec Sarah Knafo et c’est évidemment le cas. C’est utilisé par la gauche pour ne pas parler bilan et projet », s’indigne l’élue MoDem Maud Gatel, troisième sur la liste Dati. « Je ne suis pas sûre que l’on dise qu’à Marseille, Benoît Payan soit soutenu par LFI après le retrait de Sébastien Delogu. Un retrait ne vaut pas un soutien. »
Emmanuel Grégoire doit, lui, composer avec le maintien de Sophia Chikirou. Dans son camp, on met donc en garde ceux qui envisagent de glisser un bulletin LFI dans l’urne.
« Sophia Chikirou ne pourra pas être maire de Paris. Voter pour elle, c’est apporter implicitement un soutien à Rachida Dati. C’est affaiblir la seule candidature qui peut emporter Paris face à Rachida Dati. »
David Belliard, colistier d’Emmanuel Grégoireà franceinfo
Mais cette proche de Jean-Luc Mélenchon a réussi une bonne prestation lors du seul débat télévisé, mercredi soir sur BFM. « Sur la forme, j’ai trouvé Sophia Chikirou très bonne », estime le politologue Benjamin Morel. « Ça peut être un problème pour Emmanuel Grégoire car cela peut freiner une hémorragie de vote utile à son profit, même si je pense que cela se jouera sur bien d’autres choses qu’un débat. »
En dramatisant les enjeux, l’équipe du candidat socialiste réussira-t-elle justement à mobiliser son camp et au-delà ? « Si Emmanuel Grégoire parvient à faire passer l’idée d’une ‘alliance de fait’ entre Rachida Dati et Sarah Knafo, ça peut lui permettre d’obtenir des reports non négligeables de Sophia Chikirou mais aussi de Pierre-Yves Bournazel, et donc de gagner », estime Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos. « De ce point de vue, il n’est pas sûr que les propos de Jordan Bardella aident beaucoup Rachida Dati dans une ville comme Paris. » Le président du Rassemblement national a assuré, mardi sur TF1, qu’il aurait « utilisé le bulletin de vote qui fait face à celui de la gauche et de l’extrême gauche » s’il avait été électeur à Paris. Un soutien implicite à la candidature de Rachida Dati.
Pour gagner, l’ancienne ministre de la Culture va devoir miser sur l’envie d’alternance à Paris. « Si c’est un référendum sur la majorité sortante, c’est de fait Dati la favorite puisque Grégoire sera pris en étau » entre les deux candidates, poursuit Mathieu Gallard. Une chose est certaine. « Si Paris reste à gauche, les socialistes vont sortir vainqueurs » du scrutin à l’échelle nationale, assure le politologue Brice Soccol. Si Rachida Dati est élue maire, la droite comme le camp présidentiel ne manqueront pas de tirer parti de cette victoire historique après vingt-cinq ans de socialisme à Paris.
Source : www.franceinfo.fr

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