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16 avril 2026plombé par la guerre au Moyen-Orient, le marché du soufre et de l’acide sulfurique menace l’économie mondiale – franceinfo
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Un regard éditorial sur « plombé par la guerre au Moyen-Orient, le marché du soufre et de l’acide sulfurique menace l’économie mondiale – franceinfo » pour mieux comprendre l'article.
Résumé pour le lecteur
L’impact économique de la guerre au Moyen-Orient n’en est-il qu’à ses débuts ? Après le pétrole, une autre matière première essentielle qui pourrait manquer à cause de l’offensive militaire américaine et israélienne en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz : le soufre, et son dérivé l’acide sulfurique.
Malgré son odeur désagréable, le minerai jaune vif est très prisé dans différents secteurs de l’économie, dont l’agriculture et l’industrie métallurgique. Une pénurie de soufre, conjuguée aux autres chocs, pourrait provoquer des réactions en chaîne.
Environ 80 millions de tonnes de soufre sont produites chaque année dans le monde, selon les chiffres du rapport annuel World Mining Data. Historiquement, il était extrait de mines, mais plus de 90% du soufre aujourd’hui est « coproduit » lors du raffinage du pétrole et du traitement du gaz naturel, explique l’Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles. Plus précisément lors de l’étape de « désulfuration », qui vise à rendre ces combustibles fossiles moins polluants.
De fait, près du quart du soufre mondial est produit au Moyen-Orient chez des géants des hydrocarbures tels que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar, le Koweït ou l’Iran, toujours d’après le World Mining Data. Et comme une bonne partie du soufre mondial est utilisée en interne par les pays producteurs, « le Moyen-Orient produit en réalité plus de la moitié du soufre commercialisé dans le monde », souligne pour franceinfo Fiona Boyd, cofondatrice du cabinet britannique Acuity Commodities, spécialisé dans le suivi de ces marchés.
Le blocage du détroit d’Ormuz et les attaques sur les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient portent donc un coup sévère à la production et la livraison de ce composé chimique. « A notre connaissance, pas un navire contenant du soufre n’a pu traverser le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit », résume Fiona Boyd. Le prix du soufre avait déjà été multiplié par 7 entre janvier 2024 et 2026, et « devrait rester élevé », selon Sarah Marlow, responsable fertilisants au sein du cabinet Argus, citée par l’AFP.
Une mauvaise nouvelle pour plusieurs secteurs économiques, au premier rang desquels figure l’agriculture. L’acide sulfurique est essentiel à la production des engrais phosphatés utilisés dans les champs. « Plus de 50% du soufre sert à fertiliser les sols, qu’il soit utilisé directement comme engrais ou pour créer de l’acide sulfurique, qui sert lui-même à produire des fertilisants », relève pour franceinfo Aurélien Reys, analyste spécialiste des minerais stratégiques au sein du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Or les agriculteurs subissent déjà de plein fouet la hausse des prix des hydrocarbures et d’autres fertilisants produits au Moyen-Orient, comme l’urée, dont le prix a bondi de 70% en quelques semaines d’après Argus. Alors que la région fournit jusqu’à 30% des engrais mondiaux, seuls six bateaux ont pu en sortir depuis le début du conflit le 28 février, selon la société Kpler citée par l’AFP. Ces hausses de prix risquent, à terme, de se répercuter dans les assiettes des consommateurs.
« Si le détroit d’Ormuz rouvrait immédiatement, et que les navires passaient, l’impact serait nettement positif mais inégal », anticipe pour l’AFP Maximo Torero, chef économiste de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. « Le temps écoulé entre un choc sur les engrais et l’impact sur la récolte se mesure en mois. Le temps entre une mauvaise récolte et une hausse des prix alimentaires se mesure en quelques mois supplémentaires. »
« A cause du manque de soufre, certains experts anticipent une hausse de 15 à 30% des prix des produits agricoles d’ici six à neuf mois, même si le détroit d’Ormuz rouvrait aujourd’hui. »
Aurélien Reys, analyste au Bureau de recherches géologiques et minièresà franceinfo
En France, « plus de 80% des besoins en fertilisants pour la campagne agricole actuelle 2025-2026 (…) ont déjà été couverts », rassure France Fertilisants, l’union des industries de la fertilisation, dans un communiqué du 9 mars. Mais ceux qui doivent acquérir leurs engrais aujourd’hui vont subir la hausse des prix de plein fouet, ce qui pourrait les inciter à réduire, voire abandonner, leur achat et donc leurs récoltes. « On peut imaginer que les pays riches seront en capacité de mettre le prix nécessaire pour sécuriser leurs approvisionnements en engrais, et que les pays plus démunis rencontreront plus de difficultés », analyse Aurélien Reys.
Par ailleurs, l’acide sulfurique est « particulièrement important pour le marché des métaux de base », poursuit Bernard Dahdah, analyste mines et métaux chez Natixis, cité par Les Echos. « C’est un réactif clé en hydrométallurgie (…), notamment pour l’extraction de métaux tels que le cuivre, le nickel, l’uranium et les terres rares », développe le spécialiste.
« Pour produire des sulfates de nickel et de cobalt, qui servent notamment dans les batteries de véhicules électriques NMC [Nickel Manganèse Cobalt], on a développé des procédés qui utilisent de l’acide sulfurique », explique Aurélien Reys. Le prix du soufre a autant augmenté ces dernières années en partie à cause de cet usage en pleine croissance. Or, « l’Indonésie produit 50% du nickel mondial et importe 75% de ses besoins en soufre [depuis le] Moyen-Orient », décrit Bernard Dahdah dans Les Echos.
Une hausse du prix du soufre « pourrait se traduire, à terme, par une hausse du prix des batteries ou un ralentissement de la production si la situation perdure trop longtemps, juge Aurélien Reys. Mais les stocks de nickel au niveau mondial sont assez élevés. Ce n’est pas l’urgence aujourd’hui par rapport à l’agriculture. »
La production de cuivre risque, elle aussi, d’être affectée. « Environ 20% du cuivre est actuellement produit par hydrométallurgie », explique Mathieu Leguérinel, géologue et analyste des marchés des métaux au BRGM. « Donc une hausse du prix de l’acide sulfurique va fortement affecter le coût d’exploitation de ces producteurs. »
Les 80% du cuivre restant seront a priori moins affectés, car ils sont produits via une autre technique, la pyrométallurgie, qui utilise beaucoup moins d’acide sulfurique. « Elle permet même d’en produire, car les gaz émis pendant le processus contiennent du dioxyde de soufre qui peut être récupéré », pointe Mathieu Leguérinel. « Les fonderies qui sont équipées pour l’exploiter auront a priori de quoi satisfaire leurs propres besoins, voire en vendre », anticipe le géologue.
Pour les spécialistes, un retour à la situation d’avant-guerre paraît illusoire. « On ne relance pas les installations d’hydrocarbures en appuyant sur un bouton, rappelle Aurélien Reys. Cela peut prendre de quelques jours à quelques semaines, sans même parler des infrastructures qui ont été endommagées ou détruites. » « Et que va-t-il arriver aux projets qui étaient dans les tuyaux pour augmenter la production de soufre, principalement au Moyen-Orient ? », s’interroge Fiona Boyd.
Un facteur d’inquiétude supplémentaire émane d’Asie, où la production de soufre est dominée par la Chine (22,5% du total en 2024). Mais Pékin se prépare à interdire les exportations d’acide sulfurique obtenu dans ses fonderies à partir de mai, affirme le média économique américain Bloomberg.
Bien qu’aucune déclaration officielle n’appuie ces prévisions, « des mesures administratives devraient se traduire par une suspension de facto des exportations d’acide sulfurique à partir de mai 2026 », anticipe Lynn Song, économiste en chef pour la Chine au sein de la banque d’investissement néerlandaise ING, cité par le média hongkongais South China Morning Post. Selon lui, l’intérêt de ces exportations pour Pékin est négligeable par rapport à la sécurité alimentaire nationale. D’autres pays ont déjà bloqué leurs exportations de soufre (comme la Turquie) ou les ont soumises à des contrôles (comme la Zambie).
Mais « le prix élevé du soufre pourra inciter d’autres sites et modes de production [habituellement plus chers] à monter en puissance, comme l’extraction de pyrite ou l’exploitation des sous-produits de la fonte du cuivre », pointe Mathieu Leguérinel. « On ne remplace pas 25% de la production comme ça, mais il y a peut-être quelques leviers à actionner. »
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Nous continuerons à partager nos observations sur cette actualité.

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