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Une « amende record » de 585 000 euros pour un immeuble transformé illégalement en meublés de tourisme à Paris – franceinfo
17 avril 2026Analyse : Notre équipe partage son regard général sur cette actualité.
L'équipe éditoriale a étudié « Russie : l’étrange « révolte » d’influenceurs pro-Poutine contre le régime » et partage son avis.
Points essentiels
« Vladimir Vladimirovitch (Poutine). Les gens ont peur de vous. Les blogueurs et les artistes ont peur. Les gouverneurs aussi. Moi, je pense que nous ne devrions pas avoir peur. » C’est par ces mots que l’influenceuse russe Victoria Bonya a commencé une vidéo, postée mardi 14 avril sur Instagram, qui détaille pendant 18 minutes une série de griefs contre la manière dont la Russie est gérée.
Trois jours plus tard, ce monologue en russe a été vu plus de 21 millions de fois et a recueilli près de 1,5 million de likes. Pour une vidéo critique à l’égard du pouvoir russe, c’est inédit. Surtout en ces temps de montée en puissance de la répression de toute forme d’opposition au Kremlin et de censure.
Bons baisers de Monaco
Dans cette vidéo, l’influenceuse liste plusieurs sujets qui, à ses yeux, fâchent les Russes : la gestion des catastrophes naturelles comme les inondations au Daghestan ou la marée noire sur des plages d’Anapa (région de Krasnodar), les blocages d’Internet, ou encore la mise à mort de bétail dans la région de Novossibirsk pour raison sanitaire.
Rien sur la guerre en Ukraine ou la détérioration des conditions économiques. Mais le simple fait de s’en prendre ainsi publiquement à la politique menée en Russie est « quelque chose qu’on n’avait pas entendu depuis un certain temps », reconnaît Stephen Hall, spécialiste de la Russie à l’université de Bath au Royaume-Uni.
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D’autant plus que Victoria Bonya, qui habite à Monaco, n’est pas une star de l’opposition. Surtout connue pour être l’une des premières participantes historiques à une téléréalité en Russie au début des années 2000, elle s’est bâti une célébrité sur les réseaux sociaux grâce à ses conseils beauté et non par ses analyses des arcanes du pouvoir. Au mieux, « on peut dire qu’elle est apolitique », souligne Jakob Tolstrup, spécialiste de la Russie à l’université d’Aarhus, au Danemark. Elle a même fait preuve par le passé d’une certaine « poutinophilie » en portant face à la caméra des T-shirts à l’effigie du président russe.
Elle a aussi fait des émules. Une autre influenceuse, Aiza, tout aussi peu versée dans les discussions politiques avec ses fans sur Instagram, a posté sa propre vidéo – effacée depuis – pour dénoncer la corruption des élites et la hausse des taxes.
Dans la foulée, c’est l’acteur Ivan Okhlobystin qui a qualifié la censure accrue d’Internet et des réseaux sociaux d' »énorme erreur ». Dans son cas, la critique est d’autant plus dure pour le régime qu’Ivan Okhlobystin est toujours apparu comme un soutien fiable de Vladimir Poutine, allant jusqu’à comparer l’invasion à grande échelle de l’Ukraine à une « guerre sainte ».
Quand le chien d’attaque de Poutine se retourne contre son maître
Mais il y a eu un précurseur ces dernières semaines à cette vague de vidéos critiques à l’égard de l’état de la Russie. Ilya Remeslo, un fidèle parmi les fidèles de Vladimir Poutine, a posté une attaque frontale et violente contre le président russe le 17 mars. « Vladimir Poutine n’est pas un président légitime. Vladimir Poutine doit démissionner et être jugé comme criminel de guerre et voleur », affirme dans un message sur Telegram ce blogueur surtout connu pour avoir été le chien d’attaque du président contre Alexeï Navalny, le célèbre opposant à Vladimir Poutine mort en 2024.
Un revirement « à la fois déroutant et extraordinaire par la violence des attaques », reconnaît Jakob Tolstrup. Ce virage à 180° a même pris de court l’opposition à Vladimir Poutine. « Il m’est difficile d’imaginer les raisons de cette initiative personnelle. Je connais trop bien ce pourri », s’est étonné sur X Leonid Volkov, opposant russe et ancien compagnon de route d’Alexei Navalny.
Peu après, Ilya Remeslo s’est fait interner en hôpital psychiatrique. Est-ce parce qu’il souffre actuellement de troubles mentaux ou alors « le FSB lui a-t-il rendu visite pour lui suggérer une manière de tourner la page de ses critiques » sans subir les foudres publiques du pouvoir ? s’interroge Stephen Hall.
Bon tsar contre méchants boyards
Ces sons de cloche divergents commencent à faire beaucoup de bruit. Dans le cas de l’influenceuse Victoria Bonya et de ses émules, le ton est cependant autrement moins virulent à l’égard du président. Leurs sorties « ressemblent beaucoup plus au discours classique du bon tsar contre les mauvais boyards (les aristocrates russes de l’époque tsariste, NDLR) », estime Stephen Hall.
Cette analogie inscrit ces critiques « dans un schéma plus traditionnel, qui permet aux influenceurs de soulever des problèmes sans remettre en cause la figure du dirigeant », explique Jenny Mathers, spécialiste de la Russie à l’université d’Aberystwyth (Pays de Galles).
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Victoria Bonya affirme d’ailleurs que Vladimir Poutine est celui qui détient les solutions et qu’il est surtout mal informé sur les problèmes de la population. « En réalité, c’est une manière de flatter le président en le présentant comme quelqu’un de fort, qui peut à lui seul résoudre tous les problèmes », décryptent les journalistes de la chaîne d’opposition en exil Dozhd.
La vidéo de Victoria Bonya a même eu droit à une réponse officielle du Kremlin, « ce qui est remarquable, car en général, le pouvoir ne daigne pas rebondir ainsi sur des critiques spécifiques », note Jakob Tolstrup.
Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, s’est montré très compréhensif, affirmant qu’il s’agissait de « sujets importants et qui sont pris en compte par le pouvoir ».
Des appâts pour débusquer les voix critiques ?
Cette réponse a poussé Victoria Bonya à publier une nouvelle vidéo dans laquelle elle remercie le Kremlin de l’avoir écoutée. Un étrange échange qui a amené certains commentateurs du Web à succomber au complotisme. Après l’attaque violente et directe contre le président d’Ilya Remeslo, le Kremlin n’aurait-il pas chargé ces influenceuses de poster des critiques politiquement plus acceptables et qui dédouanent, in fine, Vladimir Poutine ?
« Alors que les élections législatives sont prévues pour septembre 2026, on pourrait aussi se demander si ces vidéos ne sont pas utilisées comme des appâts. Le Kremlin voudrait savoir qui sont les Russes à réagir le plus positivement à des critiques contre le pouvoir », suppose Stephen Hall.
Mais pour les experts interrogés, ce serait une stratégie dangereuse, car « le système actuel repose sur le observation qu’aucune critique n’est autorisée », souligne Jakob Tolstrup. Les sorties de Victoria Bonya, d’Aiza ou de l’acteur Ivan Okhlobystin « brisent le tabou sur la possibilité de critiquer certains sujets sensibles », affirme Jenny Mathers.
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Ce serait contraire au message général de durcissement du régime que le pouvoir russe cherche actuellement à faire passer en faisant la chasse aux VPN, en augmentant la censure sur Internet et en limitant de plus en plus l’accès à Telegram. Et puis, ces critiques « font écho à une irritation réelle d’une partie de la société russe face aux difficultés économiques et aux restrictions croissantes de l’accès à Internet », conclut Jakob Tolstrup.
Source : www.france24.com
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