Un ancien CRS a mené l’enquête sur la fusillade de 1976 à Montredon, aucun éditeur ne veut publier son livre
Analyse : Un résumé des points clés mis en avant par notre rédaction.
Nos rédacteurs mettent en avant les points clés de « Un ancien CRS a mené l’enquête sur la fusillade de 1976 à Montredon, aucun éditeur ne veut publier son livre ».
Points clés à connaître
50 ans après les faits, la fusillade de Montredon sera commémorée ce dimanche 8 mars 2026 lors d’une cérémonie commune réunissant vignerons et représentants des CRS. L’occasion de nous pencher sur le travail de recherche mené par Alain Crosnier, ancien CRS, qui attend toujours un éditeur.
Mars 1976, une manifestation de vignerons dégénère à Montredon-des-Corbières. Des coups de feu éclatent, les CRS ripostent. Outre une trentaine de blessés, deux morts sont à déplorer : Emile Pouytès vigneron de 50 ans, et le commandant Joël Le Goff, CRS de 42 ans. Pour la 1re fois ce dimanche 8 mars 2026, une seule et même cérémonie commémorera ce tragique événement.
L’occasion de se pencher sur le travail inédit d’Alain Crosnier. Entre consultations d’archives et rencontres de témoins, cet ancien CRS âgé de 75 ans, a mené de minutieuses recherches. Il a retranscrit son enquête dans un ouvrage intitulé « L’embuscade de Montredon-des-Corbières, révélations sur une affaire d’État ». Or, le sujet est sensible et il peine à trouver un éditeur. Ce dimanche, on pourra découvrir une partie de son travail à l’occasion d’une exposition dévoilée au pôle culturel de Montredon. Avant le jour J, il a bien voulu nous accorder un entretien.
Il y avait un traumatisme réel chez les policiers
Étiez-vous présent à Montredon en 1976 et pourquoi avoir voulu mener l’enquête sur ces événements ?
Ce jour-là j’étais à Nîmes, mais j’ai eu la chance de travailler avec Jacques Saison qui était l’adjoint du commandant Le Goff. En tant qu’officier, il ne parlait pas de ces événements, il y avait un traumatisme réel. Son patron avait été tué, il y avait eu beaucoup de blessés par balles et chevrotines. Ensuite, on a distribué quelques médailles et on a demandé aux gens où ils voulaient être mutés. On a mis un peu mis le mouchoir par-dessus : circulez, on est dans une affaire d’État, il n’y a rien à voir. Un jour, Jacques Saison a pris la retraite. Il avait un dossier sur Montredon avec les auditions des fonctionnaires, et il m’a dit tu en fais ce que tu veux. C’est là où je me suis aperçu que les policiers savaient très peu de choses sur cette réalité alors qu’il y avait un traumatisme évident… Il faut savoir qu’il n’y a jamais eu de procès.
Durant 50 ans, CRS et vignerons ont commémoré le tragique événement séparément à des dates différentes. Independant – CHRISTOPHE BARREAU
« Comprendre comment les choses avaient été initiées et ce qui les avait provoquées »
Comment avez-vous procédé ?
J’ai essayé de comprendre comment les choses avaient été initiées et ce qui les avait provoquées… Je me suis rendu très souvent dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales et j’ai rencontré tous les responsables de l’époque des Comités d’action viticole. Puis je suis allé faire des recherches aux archives nationales à Paris. J’ai rencontré les responsables de cette période : j’ai retrouvé le préfet, son directeur de cabinet. Je suis allé voir le directeur général de la police nationale, le directeur des CRS. J’ai également rencontré la famille d’Emile Pouytès, sa fille et son mari, par exemple. C’était un moment très particulier… Je leur ai donné des photographies qu’il n’avait jamais vues. J’ai retrouvé le conducteur du fameux train qui avait été envoyé alors que les viticulteurs avaient arraché des rails avec une pelle mécanique. J’ai aussi acheté des photos à des reporters qui ont couvert les événements et je suis allé en rencontrer… C’était un travail de longue haleine. Un peu comme un chroniqueur, on essaie d’avoir les deux versions.
Pourquoi votre ouvrage n’est-il pas édité ?
Il n’y a pas un éditeur qui en veut pour le moment ! Le problème est que je suis allé au Salon du livre à plusieurs reprises et c’est un sujet qui reste très sensible. Vous avez des gens qui vous disent « ce n’est pas dans ma ligne éditrice ». Il y a eu des menaces (pas de la part des éditeurs), on m’a dit « attention à ce que vous allez écrire ». Mais ça n’a pas de prise sur moi : je leur ai répondu je fais un livre qui n’est ni anti-vin, ni anti-viticulteur.
Cette année pour la première fois, la commémoration de la réconciliation aura lieu dimanche 8 mars 2026. Independant – CHRISTOPHE BARREAU
50 ans après, « c’est une sorte de paix des braves »
Quel regard portez-vous sur cette première cérémonie unique qui se tiendra dimanche à Montredon ?
J’ai été invité pour le 40e anniversaire par les viticulteurs. J’étais le seul ancien officier de CRS. Il y en a qui m’ont dit « qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Tu es fou ? ». Je dis non, c’est normal. Au contraire, je suis très honoré d’être invité par les viticulteurs. Lorsque j’ai participé à la réunion préparatoire des 50 ans le 24 octobre dernier, qui était organisée par le maire de Montredon et le Syndicat des Vignerons de l’Aude, nous étions quatre anciens officiers des CRS présents. Au bout de 50 ans, je crois que c’est normal quelque part. Des gens qui ont été des ennemis ont fait la paix et j’ai toujours participé à ce genre de volonté. Je trouve que c’est bien, c’est une sorte de paix des braves.
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