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20 avril 2026Analyse : Un rapide aperçu des faits pour mieux suivre cette actualité.
Voici notre analyse rapide sur « «Slopaganda»: entre l’Iran et les États-Unis, la guerre des trolls devient virale ».
Récap des faits principaux
La guerre au Moyen-Orient se joue aussi sur les réseaux sociaux. Téhéran et Washington se sont engagés dans une bataille de communication acharnée avec des contenus générés par IA. La « slopaganda » inonde les plateformes.
Les conflits ont toujours été accompagnés de leur lot de propagande, avec des images caricaturant l’ennemi et glorifiant les forces du pays. Mais à l’heure des mèmes viraux et de l’IA générative, elle prend aujourd’hui des formes inattendues. Ces derniers temps, ce sont des vidéos satiriques sur le thème des Lego qui polluent les fils. On pourrait les croire extraites des films de la gamme de jouets danois, à ceci près que la thématique et le contenu n’ont rien d’enfantins.
Rythmées comme des clips et montées sur des chansons de rap, ces productions courtes et dynamiques, entièrement générées par intelligence artificielle, dépeignent de manière grinçante une figurine de Lego Trump à la botte de Netanyahu, obsédé par l’argent et la guerre, qui traîne avec Satan et Jeffrey Epstein dans une Amérique au bord de la guerre civile. Apparues au début du conflit, ces vidéos produites par des soutiens du régime iranien font aujourd’hui des millions de vues.
Elles sont la dernière trouvaille de la communication agressive de Téhéran. Mais elles sont aussi le signe d’un phénomène plus vaste : la « slopaganda », contraction de slop et de propaganda. Le « slop » qualifie les contenus numériques de mauvaise qualité produits en masse par l’IA, une sorte de bouillie d’images absurdes ou plus ou moins réalistes qui intoxique les réseaux. Désormais au service de la propagande dans un savant mélange de plaisanteries, exagérations, allégories et d’images trompeuses…
L’IA et les réseaux, accélérateurs de propagande
La propagande est depuis longtemps un outil utilisé par les gouvernements pour influencer et orienter l’opinion publique, mais si ce phénomène prend aujourd’hui une telle ampleur, c’est que l’IA a bouleversé l’économie de la production d’images et de vidéos. Il fallait autrefois des équipes, des budgets et des semaines de travail, quelques prompts et quelques heures suffisent désormais. L’ère est venue d’une propagande « en temps réel ».
Or, il est désormais presque impossible d’y échapper sur les réseaux sociaux. L’objectif n’est pas de convaincre par un argumentaire structuré, mais de saisir un regard dans un flux infini de contenus. Avec la vitesse, le volume et la possibilité de ciblage, l’IA permet d’inonder toutes les plateformes de contenus pseudo-ludiques, adaptés à différents publics et dans différentes langues, en quelques heures. Avec une exposition constante.
D’autant que les contenus courts, visuellement frappants, à charge émotionnelle – qu’ils fassent rire, choquent ou indignent – sont favorisés par les algorithmes des plateformes. Les vidéos iraniennes comme les mèmes trumpistes exploitent ce biais : elles répondent parfaitement aux formats, dans un univers où « le plus important, la monnaie la plus précieuse, c’est l’attention », rappelle le chercheur Emerson Brooking, interrogé par Axios.
La pop culture, arme de séduction massive
Et l’une des grandes forces de cette slopaganda est son ancrage dans la pop culture et les codes d’internet. Surtout que l’IA ne se contente pas de produire des images : entraînés sur d’immenses bases de données occidentales, les modèles génèrent des contenus utilisant l’humour et les références culturelles qui parlent spontanément à des publics américains ou européens. Les propagandistes iraniens n’ont pas choisi les Lego par hasard.
Dans un papier sur The Conversation, Arnaud Mercier, professeur en information-communication à l’Université Paris-Panthéon-Assas, rappelle que « reproduire des pièces de Lego par l’IA est relativement simple », et que ces figurines sont « universellement connues comme jouets pour enfants », déjà largement utilisées en ligne à des fins humoristiques ou critiques. Il parle d’une culture à la fois « mémétique » et « mimétique ». Le message iranien se fond dans un écosystème de mèmes, parodies et détournements que les internautes consomment déjà sans y voir forcément de la propagande d’État.
Certains se demandent même si Téhéran n’est pas en train de détrôner le « troll en chef », Donald Trump, dont l’une des dernières productions a provoqué aux États-Unis et dans le monde un tollé. Sa représentation christique de lui-même guérissant miraculeusement un malade n’a pas été du goût de tous. Et les ambassades iraniennes se sont engouffrées dans la brèche, notamment avec une animation générée par IA où Jésus vient violemment se venger du blasphème présidentiel.
Autre vidéo virale publiée par la diplomatie iranienne, celle d’un Trump grimé en chanteur des années 1980 jouant au synthé une reprise détournée de Voyage, voyage de Desireless sous le titre Blockade. Mixte absurde de message politique et de parodie culturelle. Il faut dire que le président américain se prête aisément à la satire, avec son style théâtral et outrancier, et Téhéran l’a bien compris. Il est ainsi devenu la cible d’une campagne de ridiculisation qui retourne contre lui ses propres stratégies de communication.
La guerre, ce jeu vidéo
Car le camp trumpiste est un acteur majeur de slopaganda, voire même son premier artisan. Depuis des mois, le président publie massivement des images et vidéos générées par IA le mettant en scène en pilote de chasse, en pape, en Jedi hypermusclé ou, donc récemment, en figure christique soignant les malades. Ces contenus, diffusés depuis son compte personnel et les comptes officiels de la Maison Blanche, servent à mythologiser ses actes, toujours dans ce ton décalé et bordélique qui fait mouche sur internet.
Les États-Unis utilisent donc eux aussi la culture pop dans leur communication de guerre. Le 6 mars, la Maison Blanche a publié une vidéo intitulée « Justice the American Way », mélangeant véritables frappes militaires et extraits de films ou de jeux vidéo. On y trouve pêle-mêle et sans grande cohérence des références à Superman, Braveheart, Gladiator, Top Gun ou Transformers dans un mini-clip monté comme la bande-annonce d’un blockbuster hollywoodien. Certaines célébrités étaient d’ailleurs montées au créneau pour rappeler que « la guerre n’est pas un jeu vidéo ».
Le même jour, elle avait aussi publié une vidéo qui s’ouvrait sur un mème célèbre tiré du jeu vidéo Grand Theft Auto : San Andreas, reprenant la réplique « Ah merde, c’est reparti ». Des images montrent ensuite une frappe américaine contre un camion en Iran, avec le mot « wasted » clignotant à l’écran, imitant le message qui s’affiche dans le jeu lorsqu’un personnage meurt. Mais qu’il s’agisse des Lego iraniens ou des bandes-annonces américaines, la logique est la même : utiliser des références immédiatement reconnaissables, qui permettent de toucher des publics peu politisés.
Le champ de bataille de l’espace informationnel
Les inventeurs de ce mot-valise, Mark Alfano, professeur de philosophie à l’université Macquarie, et Michał Klincewicz, maître de conférences à l’université de Tilburg, rappellent dans un numéro de The Conversation que la slopaganda fonctionne parce qu’elle cible moins la raison que les émotions, avec « une exposition répétée » qui finit par « pénétrer nos défenses mentales », surtout chez des publics qui scrollent rapidement, sans vérifier les sources.
Les deux experts craignent notamment la dilution de notre perception de ce qui est vrai ou plausible. En mélangeant contenus sérieux, blagues, énormités et vieilles images, la slopaganda transforme l’espace informationnel en zone grise, trouble, où une plaisanterie sortie de son contexte peut devenir une « info ». D’autres chercheurs pointent également que le risque de cette abondance de propagande délirante est de renforcer l’indifférence des spectateurs et banaliser de façon triviale un conflit qui fait des milliers de morts.
Mais pour ceux qui produisent ces images, l’objectif de cette guerre des mèmes et son champ de bataille parallèle est avant tout de façonner activement la manière dont le conflit est perçu. Comme toute propagande, il s’agit de marquer les esprits. Les experts s’accordent sur un aspect : la « première guerre de l’ère de l’IA » ne sera pas la dernière, et la slopaganda est appelée à devenir un outil permanent de l’arsenal.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Nous vous tiendrons informés des prochaines évolutions.

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