
Prix Marc-Vivien Foé: Hervé Koffi, le patient gardien burkinabè
25 avril 2026Reuters.com
25 avril 2026comment l’influenceur Nick Fuentes monétise la haine et draine les poches de ses fans issus de la droite américaine radicale
Analyse : Voici les faits principaux observés par nos rédacteurs.
L'équipe propose un aperçu synthétique de « comment l’influenceur Nick Fuentes monétise la haine et draine les poches de ses fans issus de la droite américaine radicale ».
Résumé des éléments principaux
Banni des grandes plateformes, Nick Fuentes a bâti un modèle lucratif fondé sur les superchats, ces dons en direct envoyés par ses spectateurs. Une économie numérique où les discours les plus extrêmes lui rapporte près de 900.000 dollars. Derrière cette mécanique, une communauté de fidèles soudée où engagement idéologique, quête de reconnaissance et dépendance affective s’entremêlent.
Il est tard dans l’Ohio (Etats-Unis) quand la lumière du téléviseur éclaire le salon presque vide. Sur l’écran, un flot de messages colorés défile en continu. Certains sont courts, d’autres s’étirent comme des confessions. Tous ont le même objectif: capter l’attention de l’influenceur Nick Fuentes.
Parmi eux, celui de Kristine Kasubienski apparaît, encadré comme une alerte prioritaire. Quelques mots seulement. « Je prie TOUS LES JOURS pour ta sécurité », lance-t-elle. « Je me transformerais en justicière à la Charles Bronson pour quiconque te ferait du mal. Tiens bon. » Pour que son message soit lu à voix haute par le vidéaste, elle a payé 50 dollars.
Être misogyne, ça rapporte
A des centaines de kilomètres de là, dans un studio improvisé de l’Illinois, Nick Fuentes lit les commentaires de sa communauté, commente ou remercie sa horde de fans. Ou plutôt de ses fidèles. Sa voix rythme une émission qui peut durer des heures… et rapporte gros.
A 27 ans, l’influenceur d’extrême droite s’est fait exclure des principaux réseaux sociaux pour ses propos antisémites, misogynes et complotistes. Mais il a trouvé un modèle économique alternatif en misant sur les « superchats » sur sa propre plateforme, Cozy.tv.
L’objectif? Transformer l’attention en revenu immédiat en incitant les utilisateurs à lui envoyer des messages payants. Quatre soirs par semaine, il diffuse en direct son émission America First, parfois pendant cinq heures d’affilée… et multiplie les sorties de route. Il raconte que les jeunes hommes américains ont été laissés pour compte. Ou encore qu’une nation de baby-boomers privilégiés, à l’image des dirigeants du Parti républicain, a perverti la société américaine avec des emplois précaires, des femmes insupportables et une population racialement diverse déterminée à priver les Blancs de ce qui leur était dû.
Des idées extrêmes, assenées en boucle avec charisme. Le tout, accompagné d’un sourire et d’une décontraction qui le rendraient presque sympathique, comme peuvent l’être les manipulateurs ou certains sociopathes. En revanche, il n’oublie pas d’adopter un ton sombre, presque théâtral, quand il reproche aux politiques d’avoir toléré les minorités et les immigrés, soutenu Israël et accordé aux femmes la liberté de choisir leur mode de vie. Et oui, sur les réseaux sociaux, tout est une question de mise en scène.
Une poignée d’ultra fidèles
A la fin de son émission, il lit toujours à haute voix les commentaires payants. Et la mécanique est bien huilée. Plus le don est élevé, plus la probabilité d’être entendu augmente. Un système plus que lucratif. Selon une étude du Washington Post menée sur plus de 1.400 heures de diffusion depuis janvier 2025, près de 11.000 donateurs lui auraient versé environ 900.000 dollars. Un système qui repose sur une poignée d'(ultra) fidèles.
Dix comptes lui ont permis de récolter environ 77.000 dollars, tandis que les 500 comptes les plus généreux ont fourni près de la moitié de ses revenus issus des superchats, soit plus de 400.000 dollars. Le reste provient de donateurs beaucoup plus modestes. La plupart des dons tournent autour des 30 dollars ou moins. Antisemiticat, Womanegocrusher9000 et les autres profils aux noms plus que provocateurs espèrent ainsi donner suffisament pour se faire remarquer par le streamer dans un espace saturé de commentaires.
Kristine Kasubienski faisait partie de ces figures régulières. Ancienne vétérane de l’armée de l’air américaine, elle envoyait des messages quasi quotidiennement à l’influenceur. Elle parlait de sa vie, de ses difficultés financières, mais aussi de sa fidélité à celui qu’elle considérait comme une figure proche, presque familiale. Jusqu’à sa mort, elle a continué à envoyer de l’argent au vidéaste, puisant dans le peu d’argent qu’elle gagnait en vendant du poulet au paprika dans un food truck polonais.
« On avait du mal à joindre les deux bouts, mais on voulait l’aider parce qu’on voyait bien ses difficultés », explique Stephen Ryan, son fils, lui aussi membre de la communauté du vidéaste.
Si le jeune homme asure ne pas partager toutes les opinions de Nick Fuentes, ni celles de ses abonnés, il estime que l’influenceur contribue à révéler des vérités cachées sur l’Holocauste, un « massacre de chrétiens à motivation juive » selon lui, et d’autres sujets sensibles.
« Je suis millionnaire »
Dans ses superchats, sa mère a exprimé son soutien aux propos de Nick Fuentes sur les « Noirs dérangés » se disant « accro à (son) leadership ». Autrefois fervente partisane de Trump, elle confie au vidéaste avoir donné ses livres sur Trump et brûlé sa casquette MAGA par déception. Elle espère désormais que le streamer règnera un jour en dictateur.
Petit à petit, la mère de famille est devenue la donatrice la plus assidue de Nick Fuentes en 2025. Elle lui aurait ainsi versé 1.700 dollars à travers 116 dons, selon l’analyse du Post. Selon son fils, elle aurait donné plus de 5.000 dollars au fil des années. Il en est d’ailleurs persuadé: sa mère aurait donné à son idole l’intégralité de ses revenus si elle l’avait pu.
Pourtant, le vidéaste roule sur l’or. Le Washington Post estime les revenus nets du vidéaste à environ 760.000 dollars, rien qu’avec les superchats. Il le dit lui-même: « Je suis un millionnaire célèbre, vous croyez vraiment que je vais faire ça? » Cuisiner, ajoute-t-il, c’est « un peu gay ».
Il affirme également gagner de l’argent en vendant des t-shirts imprimés de croix gammées ou des sweats inspirés de celui porté par Jeffrey Epstein. Fuentes a défendu le défunt délinquant sexuel en affirmant que l’âge du consentement est un « artefact féministe » utilisé par la « gynocratie » pour empêcher les hommes de courtiser les adolescentes. Il n’a évidemment pas oublié de mettre en place des abonnements mensuels à 100 dollars pour un forum de discussion privé où il échange avec ses adeptes.
La radicalité devient rentable
Rien d’étonnant puisque la radicalité est ultra rentable sur les réseaux sociaux. Les propos les plus extrêmes attirent l’attention, la visibilité et les dons. Un cercle auto-entretenu, donc.
Le vidéaste a par exemple déclaré qu’Adolf Hitler était « génial », que la plupart des Noirs devraient être emprisonnés, que « le judaïsme organisé » a corrompu la société et que les femmes devraient être enfermées dans des « goulags de reproduction » et ne servir qu’en tant que « mères, putes ou nonnes ». Autant de phrases chocs qui explosent les compteurs de vues et de dons.
Ses revenus ont d’ailleurs grimpé en flèche lors des crises politiques récentes. Ils ont notamment bondi pendant les manifestations contre la politique migratoire de Donald Trump, puis après une interview avec Tucker Carlson. Un choix qui lui a permis de passer d’environ 60.000 à plus de 100.000 dollars par mois. Malgré les critiques, cette visibilité a durablement renforcé ses revenus, avec une hausse moyenne des dons de 10%.
Et Nick Fuentes est loin d’être un cas isolé. Pour Megan Squire, chercheuse ayant étudié l’extrémisme en ligne au Southern Poverty Law Center, la croissance des superchats et autres « micropaiements » a contribué à protéger les influenceurs des contraintes qui rendaient autrefois le racisme plus difficile à assumer.
« Faire un don via Super Chat, c’est le nouveau moyen d’aller à une réunion du Ku Klux Klan », analyse-t-elle. « Ça renforce les liens au sein de la communauté, ça montre qu’on est impliqué, et c’est une forme de militantisme en ligne, mais financière. Un geste concret pour la cause. »
Elle distingue deux types de contributeurs. Certains paient simplement pour le prestige de voir leurs messages affichés à l’écran. Une manière de s’affirmer au sein d’un groupe fermé, soudé par sa haine des étrangers. D’autres perçoivent leurs superchats comme une forme de participation politique pour diffuser leurs convictions et témoigner de leur loyauté. Surtout, ils influencent le rythme même du programme. Et plus ils paient, plus leur voix compte. Une forme de micro-marché de l’attention politique, où chaque intervention est un acte à la fois financier et symbolique.
Une loyauté sous emprise
Nick Fuentes, lui, orchestre le tout. Dans ses émissions, il navigue ainsi entre provocation et mise en scène de la proximité. A condition de payer, bien évidemment. « Il est impossible de lui parler sans payer », note Stephen Ryan. Et si le don est trop léger… les insultes fusent.
Il se présente parfois comme un simple jeune homme « épuisé » par son activité, parfois comme un leader idéologique en construction. Il parle de communauté et de loyauté. « Nous sommes un empire invisible » répond Fuentes au message d’un donateur. « Nous constituons un groupe de professionnels, de financiers, de bureaucrates, et nous avons besoin qu’ils brandissent tous l’étendard, mais discrètement, idéologiquement et loyalement. Nous devons rester dans la clandestinité. »
Dans son récit, ses donateurs ne sont pas des spectateurs passifs mais bien des acteurs d’un projet politique en gestation.
« Si je suis un nazi, alors des millions de jeunes me suivent comme un putain de nazi », a-t-il déclaré lors d’un stream l’an dernier. « Ça fait un million de monstres… Parce qu’ils adorent mon émission et qu’ils sont bien plus d’accord avec moi qu’avec vous. Et ils sont furieux. Et ils me suivront au combat. »
Pousser leur idole dans l’algorithme
Effectivement, ses partisans répètent fréquemment qu’ils « violeraient, tueraient et mourraient » pour lui. Un serment d’allégeance si courant qu’il est abrégé en « RKD » (rape, kill and die). Ils défendent ses propos les plus extrêmes, les qualifiant de blagues transgressives destinées à « illustrer des vérités plus profondes ou à offenser les moralisateurs de la gauche woke ».
Ses fidèles ne perdent d’ailleurs pas une occasion de mettre en avant leur idole dans l’algorithme. Et à travers lui, leurs idées. Ils multiplient les clips viraux de ses émissions et relayent des extraits en masse pour accroître sa visibilité en ligne et recruter de nouveaux adeptes.
Une stratégie efficace. Certains extraits de ses lives dépassent les 4 millions de vues. Sur la plateforme Rumble, ses vidéos cumulent des centaines de millions de vues. En février, le Chicago magazine l’a même classé septième sur sa liste des 50 personnalités les plus influentes de Chicago… juste derrière le maire. Pourtant, le vidéaste ne dépasse pas les 680.000 abonnés sur sa plateforme.
De son côté, Nick Fuentes assure que sa popularité ne tient pas seulement à ses prises de position politiques, mais aussi au besoin de connexion émotionnelle de sa communauté.
« Les gens sont passionnés par mon émission parce qu’ils s’identifient à moi et ressentent, comme moi, des conflits intérieurs et un sentiment d’incompréhension », assure-t-il au média américain. « Je ne crois pas que la haine, ni même l’idéologie, les animent autant que le sentiment de ne pas être totalement seuls. Le message de mon émission, c’est: soyez vous-même. » Du moins, tant que ce « vous-même » est raciste, misogyne et complotiste…
Un danger politique?
Un fanatisme tel qu’il inquiète jusqu’aux plus hautes sphères politiques. Il faut dire qu’après avoir dîné avec Donald Trump à Mar-a-Lago, l’influenceur affirme désormais que Donald Trump a « trahi le mouvement MAGA » en soutenant Israël dans la guerre contre l’Iran. Pire, Nick Fuentes a eu le culot d’exhorter ses fans, les « groypers », à voter contre les candidats soutenus par Trump lors des prochaines élections afin qu’un régime « fasciste » plus brutal puisse s’instaurer. Forcément, ça ne passe pas pour les conservateurs.
En février, le Parti républicain de Californie a adressé une note à ses responsables, les exhortant à bloquer les candidats « qui promeuvent Fuentes et la culture de Groyper ». Le vice-président JD Vance est allé jusqu’à déclarer en 2024 que le streamer était un « raté complet » qu’il fallait ignorer jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Interrogés par le média américain, les chercheurs spécialisés dans l’extrémisme au sein du Network Contagion Research Institute de l’Université Rutgers doutent que la visibilité croissante de Nick Fuentes se traduise par un véritable pouvoir politique. Selon eux, il maîtriserait simplement l’art de la manipulation algorithmique, exagérant son importance grâce à des contenus viraux incitant à la haine.
« Ses succès sont dus à sa capacité à s’en prendre aux partis politiques traditionnels et à s’attirer un certain soutien », rappelle de son côté Jared Holt, chercheur principal au sein du groupe de surveillance des influences Open Measures. « Il n’a pas organisé de véritable action politique de la part de ses partisans. Son influence sur la politique semble être essentiellement indirecte. »
Une loyauté inconditionnelle
Mais sa force réside ailleurs: dans la loyauté intense de sa communauté. Pour Aidan Walker, chercheur spécialiste de la culture internet, les donateurs perçoivent Nick Fuentes non seulement comme un artiste, mais aussi comme un porte-voix, voire une figure de validation personnelle. Tous ses admirateurs sont prêts à payer pour obtenir une attention, quitte à se battre pour la défendre. Un mécanisme d’emprise qui, sans en porter le nom, en reprend certains ressorts.
« Cet argent témoigne d’un engagement, comme s’ils avaient des intérêts personnels à défendre », note le chercheur. « Ils le considèrent comme leur représentant. Ces gens-là n’ont pas de tribune. »
C’est ce qu’il s’est passé pour Kristine Kasubienski. Comme son fils, elle s’est elle aussi mise à envoyer des superchats, ravie de voir son nom apparaître à l’écran. « Je t’aime comme mon propre enfant », écrit-elle dans un superchat à Nick Fuentes. « Je te soutiens pleinement. Groyper pour toujours », s’enthousiasme-t-elle dans un autre.
En juin, elle a annoncé à son vidéaste préféré, lors d’une conversation privée, qu’elle était atteinte d’un cancer du pancréas de stade 3. Après sa mort, le streamer a déclaré qu’elle avait été « une personne vraiment authentique » qui prouvait que ses partisans n’étaient pas seulement « des hommes blancs ratés ».
Il a promis à son fils qu’il viendrait dans l’Ohio. Une promesse restée… sans suite. La solution envisagée par Stephen Ryan? Payer un superchat pour lui en parler, évidemment.
Il rejoindrait les milliers d’anonymes qui continuent d’écrire et de payer pour exister un instant dans le flux, persuadés de participer à quelque chose qui les dépasse, mais qui, chaque soir, recommence à zéro.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Notre rédaction vous tiendra informés des changements importants.

9999999
/https%3A%2F%2Fwww.franceinfo.fr%2Fassets%2Fcommon%2Fimages%2Fplaceholder-direct-0b6adc30.jpg?w=960&resize=960,750&ssl=1)