
Guerre en Iran : les émissaires de Donald Trump attendus ce samedi au Pakistan en vue de pourparlers «avec des représentants de la délégation iranienne»
25 avril 2026
au Liban, le retour des déplacés, entre espoir et prudence
25 avril 2026Analyse : Une équipe d'experts a étudié cette information et partage son avis général.
Notre équipe met en lumière les éléments clés de « Ukraine: Leonid Kindzelski, le héros oublié de Tchernobyl ».
Ce qu’il est utile de savoir
Le 26 avril 1986, le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl a subi une défaillance qui a entraîné deux explosions qui ont changé la vie de millions d’Ukrainiens et des populations au-delà des frontières. Quarante ans plus tard, le Dr Andreï Kindzelski partage ses souvenirs de son père, le chef radiologue Leonid Kindzelski, parmi les premiers intervenants médicaux et figure bien connue parmi les survivants de la catastrophe nucléaire.
De notre correspondante en Ukraine,
Le 26 avril 1986 a changé la vie de millions d’Ukrainiens et de populations au-delà des frontières de l’Ukraine, lorsque le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl a subi une défaillance catastrophique lors d’un test de sécurité, entraînant deux explosions qui ont gravement endommagé son cœur et l’ont exposé. Des radionucléides radioactifs ont été libérés dans l’atmosphère et cela a provoqué une contamination des terres environnantes, ainsi que des effets nocifs à long terme sur la santé humaine, qui persistent encore aujourd’hui. Une catastrophe sans précédent à laquelle a dû faire face un régime soviétique en déclin. Pour de nombreux historiens, le désastre de Tchernobyl a également accéléré l’effondrement de l’URSS.
Avant cela, la réponse à la catastrophe a également mobilisé des centaines de milliers d’intervenants — ingénieurs, pompiers, personnels médicaux, soldats, policiers et travailleurs ordinaires — qui ont été impliqués dès les toutes premières heures suivant l’explosion et tout au long des années qui ont suivi. Parmi les premiers intervenants médicaux figurait le professeur Leonid Kindzelski, chef radiologue de la RSS d’Ukraine au moment de la catastrophe de Tchernobyl. Figure bien connue parmi les survivants de Tchernobyl, il est beaucoup moins reconnue par le grand public en dehors de l’Ukraine.
Il a pourtant joué un rôle clé dans le traitement des victimes du syndrome d’irradiation aiguë dans les jours qui ont suivi la catastrophe, en introduisant des approches innovantes pour pratiquer la transplantation de moelle osseuse et des méthodes intensives de détoxification inconnues jusqu’alors. Ses patients ont été les premiers à le créditer d’avoir sauvé de nombreuses vies parmi les premiers groupes de pompiers et de travailleurs de la centrale, sans que cela se traduise par la reconnaissance de la profession médicale. Du fait de son exposition aux radiations, sa santé a elle aussi été affectée, mais il a continué à travailler sur le sujet jusqu’à sa mort en 1999.
En 2021, le président Volodymyr Zelensky l’a décoré « Héros de l’Ukraine » à titre posthume, la plus haute distinction civile du pays, en reconnaissance de ses efforts inlassables pour sauver la vie de ceux touchés par la catastrophe de 1986.
RFI : Quels sont vos souvenirs de cette époque ? Étiez-vous au courant de ce qui venait de se passer ?
Andrei Kindzelski : Le 26 avril 1986, nous ne savions pas qu’il y avait eu une explosion à la centrale de Tchernobyl. Nous avons d’abord appris que mon père avait été arrêté : ma mère nous a appelés pour dire qu’une voiture noire avec deux hommes en costume était arrivée à notre maison de campagne, qu’ils avaient saisi mon père et l’avaient emmené. C’était lié à Tchernobyl, mais nous l’ignorions. Le lendemain, il nous a appelés : « Je vais bien. Mettez deux gouttes d’iode dans un verre de lait et buvez-le immédiatement. Dites à tous ceux que vous pouvez joindre de faire pareil. » Peu après, on m’a ordonné de partir à Tchernobyl comme étudiant en cinquième année de médecine ; sinon je n’aurais jamais obtenu mon diplôme. Pendant deux semaines, j’ai été pratiquement injoignable.
Ma mère, professeure d’hématologie, avait reçu l’ordre d’envoyer un technicien de laboratoire à Tchernobyl pour compter manuellement les globules blancs des sauveteurs. Refusant d’y envoyer ses jeunes employées, elle y est allée elle-même pendant trois semaines.
À mon retour, je voyais mon père chaque jour. J’avais été irradié et il me soignait, notamment par dialyse pour éliminer les radionucléides absorbés. Lui vivait pratiquement à la clinique, dormant sur un petit canapé dans son bureau.
Il faisait face à une situation nouvelle et devait prendre toutes les décisions sous pression, pourquoi ?
Il était certain de ce qu’il faisait médicalement et scientifiquement. Mais en Union soviétique, il était impossible de dévier des protocoles. L’autre élément était l’énorme pression politique. Deux avions devaient venir de Moscou pour récupérer 70 personnes grièvement irradiées, mais un seul est arrivé à Boryspil [l’aéroport de Kiev]. Comme le ministre soviétique de la Santé avait déclaré que tous les blessés avaient été hospitalisés à l’hôpital n°6 de Moscou. Gorbatchev l’a répété à la télévision. À partir de ce moment, les patients restés à Kiev dans la clinique de mon père [la moitié d’entre eux] devenaient illégaux. Il lui était interdit d’écrire « irradiation aiguë » dans les diagnostics.
Il lui était aussi interdit de pratiquer des greffes de moelle osseuse. Il utilisait donc un langage particulier pour expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une transplantation complète. Malgré cela, il était surveillé par le KGB, et ma mère s’attendait à son arrestation. Elle avait préparé deux petites valises avec quelques effets personnels pour lui, une à la maison et une dans son bureau.
Chaque nuit, les dossiers médicaux des patients irradiés étaient emportés chez une personne différente afin qu’ils ne disparaissent pas. Mon père fut démis de son poste administratif de chef radiologue. Le doute fut levé sur la raison de cette décision lorsqu’il refusa, lors d’une interview télévisée, de dire que tout allait bien, qu’il n’y avait pas de radiation et aucun danger pour la population.
Les patients gravement irradiés savaient-ils la gravité de leur état ?
Oui. Quand ils apprenaient par téléphone qu’un collègue ou un frère hospitalisé à Moscou était mort, ils demandaient à mon père : « Si mon collègue est déjà mort à Moscou, quand vais-je mourir ? » Lorsqu’il répondait : « Vous n’allez pas mourir, vous allez guérir », ils avaient du mal à le croire.
Mon père a alors organisé une collecte avec son équipe pour acheter des vêtements civils, car leurs habits avaient été enterrés car radioactifs. Pour les patients, recevoir ces vêtements fut un immense réconfort : si quelqu’un dépensait de l’argent pour les habiller, pour eux cela signifiait qu’ils allaient sortir de là vivants.
Pour les soigner, votre père a utilisé ses propres méthodes. Quelle différence y a-t-il entre les protocoles appliqués par Moscou et ceux de votre père ?
Le traitement à Moscou suivait les protocoles internationaux, et ces protocoles sont toujours en vigueur aujourd’hui. Ils sont acceptés dans presque tous les pays. Par exemple, lors de l’accident plus récent de Fukushima, les mêmes protocoles internationaux que ceux utilisés à Moscou pendant Tchernobyl ont été appliqués.
Les protocoles internationaux ont principalement été élaborés à partir de l’expérience acquise dans le traitement de patients atteints de leucémie aiguë pour lesquels une greffe de moelle osseuse est envisagée. Afin de prévenir le rejet, la moelle osseuse contenant des cellules cancéreuses et des cellules sanguines est irradiée pour détruire les cellules cancéreuses et éviter l’incompatibilité entre la moelle du donneur et celle du receveur. Pour empêcher le rejet de la moelle du donneur, on utilise un médicament spécifique inhibant la réponse immunitaire. Cela exerce un effet fortement inhibiteur sur la moelle osseuse. Ensuite, la moelle osseuse du donneur est introduite dans l’organisme du patient.
C’est, en substance, ainsi que les patients de Moscou ont été traités. Ils avaient été irradiés à Tchernobyl, puis recevaient un traitement immunosuppresseur afin d’éviter le rejet de la moelle osseuse du donneur, avant que la greffe de moelle ne soit pratiquée, dans l’espoir que le patient survive.
Mon père avait, sur cette question, une opinion différente et très ferme, et il citait l’approche précoce de transplantation osseuse du Dr Georges Mathé, en France. Il considérait que ces pompiers étaient de jeunes hommes, en parfaite santé, sans tumeurs ni cellules malignes qu’il aurait fallu détruire davantage ; ils avaient simplement été irradiés. Leur moelle osseuse était, espérait-il, temporairement inactive.
La transplantation traditionnelle de moelle osseuse repose sur la destruction complète de la moelle du receveur, dans l’espoir que celle du donneur prenne le relais. Pour lui, l’essentiel était de couvrir la période durant laquelle la moelle irradiée du patient ne produisait plus de cellules sanguines. Sans l’étape supplémentaire consistant à administrer un médicament inhibant la réponse immunitaire et détruisant encore davantage les cellules médullaires du receveur — un effet comparable à celui des radiations — la moelle du donneur fonctionnerait temporairement, mais serait ensuite probablement rejetée.
Il pensait qu’il était possible de prendre médicalement en charge ce rejet ultérieur de la moelle du donneur. Pour tous ses patients ayant bénéficié d’une transplantation de moelle osseuse, il n’a pratiqué qu’une greffe partielle, jusqu’à ce que la propre moelle du patient redevienne fonctionnelle et rejette la moelle du donneur. C’est gérable, c’est douloureux, c’est désagréable, mais le processus de rejet est gérable. Grâce à cela, presque les 35 patients ont survécu. Un seul patient est mort, mais il n’avait pas reçu de greffe de moelle osseuse ; le niveau de radiation qu’il avait subi était plusieurs fois supérieur à la dose létale, rien ne pouvait être fait pour le sauver.
La seconde approche introduite par mon père consistait à éliminer du corps autant de radionucléides que possible. C’est ce qu’il a fait avec moi. Il a introduit l’hémosorption et l’entérosorption, qui consistent à administrer des composés spéciaux éliminant les métaux lourds, les particules radioactives et les métaux présents dans le sang.
Votre père a-t-il été soutenu par la communauté médicale occidentale ?
Non, il a été marginalisé. Mes parents ont rassemblé leur expérience scientifique de Tchernobyl dans un livre, mais personne n’a voulu le publier. Notre famille en a financé l’édition et l’a envoyé à des bibliothèques universitaires et médicales dans le monde entier pour préserver ces informations.
Comment a-t-il vécu les années suivantes ?
Sous pression constante. Dans les premiers jours, il devait mesurer les niveaux de radiation dans un rayon de 10 à 30 kilomètres autour de la centrale, presque seul avec un dosimètre. Il a découvert que la radiation était très irrégulière : dangereuse à un endroit, presque normale 50 mètres plus loin.
Pendant cette période, il a été irradié. Il avait des saignements de nez, une infection respiratoire, puis sa santé s’est détériorée. Il a développé un cancer et est mort en 1999.
Avez-vous reparlé de la catastrophe ?
Dans les derniers mois de sa vie, nous en parlions chaque jour. Il n’a jamais pensé avoir agi à tort, car les résultats parlaient d’eux-mêmes. Ce qui le tourmentait, c’était l’impossibilité de changer le système et d’appliquer cette approche lors de futures catastrophes.
Il est mort avant toute reconnaissance officielle ?
Oui. Il est mort 13 ans après Tchernobyl, et il a fallu 22 ans de plus pour qu’il reçoive le titre de « Héros de l’Ukraine ». J’en suis reconnaissant à l’Ukraine et aux survivants qui se sont souvenus de lui. En 2022, nous avons reçu sa décoration à l’ambassade d’Ukraine à Washington. C’est un pays extraordinaire : en pleine guerre, il trouve encore le moyen d’honorer ceux qui le méritent. Un tel pays ne peut pas perdre la guerre.
À lire aussi40 ans après Tchernobyl, le risque d’accident est-il écarté?
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Cette situation fera l’objet d’une observation continue de notre rédaction.

9999999
/2026/04/24/69eb72e2006dc188730057.jpg?w=960&resize=960,750&ssl=1)