
ces innovations qui pourraient se retrouver bientôt dans vos maisons
3 mai 2026
« 400 kilomètres de canalisation sous la mer Méditerranée » : quel est ce projet stratégique pour l’industrie de l’Union Européenne, appelé BarMar, et dont la concertation publique va débuter dans l’Aude
3 mai 2026Analyse : Notre équipe offre une vue générale sur cette actualité récente.
Notre rédaction partage son avis sur les points importants de « Patricia Highsmith (1921-1995), la reine de l’angoisse ».
Ce qu’il est utile de savoir
Dans une armoire close, on découvrit après sa mort dix-huit journaux intimes et trente-huit carnets, près de huit mille pages rédigées sur un demi-siècle, parfois en plusieurs langues, comme si une seule ne suffisait pas à contenir l’élan de son esprit. Patricia Highsmith y apparaît à vif : exaltée, mélancolique, amoureuse éperdue. Etudiante à New York, nomade en Europe, recluse en Suisse, elle fut toujours traversée par le même vertige : écrire pour conjurer le chaos.
“Here is my diary containing the body; the most painful feeling is your own feebleness”
« Ici se trouve mon journal contenant le corps, le sentiment le plus douloureux est celui de votre propre vulnérabilité »
Elle se nommait « Pat » pour les intimes, Patricia Highsmith pour le grand public qui vit son nom s’illuminer à Hollywood quand Hitchcock adapta L’Inconnu du Nord-Express en 1951. Puis vinrent Plein Soleil de René Clément, Le Talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella, et plus récemment la série Ripley sur Netflix : autant d’œuvres qui, à travers les décennies et les écrans, n’ont cessé de confirmer l’autrice comme la grande prêtresse du suspense psychologique,
Avant de vivre dans son bunker suisse qu’elle a fait construire sur mesure, sa jeunesse fut flamboyante, faite « d’amours à toute allure » selon ses propres mots. Dans les années 1940 et 1950, elle croise Truman Capote à Yaddo, dialogue avec Chester Himes, Flannery O’Connor ou Allen Ginsberg. Passionnée, souvent dévastée, parfois cynique, ses relations clandestines avec des femmes nourrissent ses livres, en particulier Carol, publié d’abord sous pseudonyme, devenu roman culte pour toute une génération.
Ses carnets révèlent l’autre scène : le laboratoire de ses obsessions : meurtre, mensonge, duplicité. On y voit naître Bruno, Ripley, Edith, Carol. Ripley surtout, caméléon criminel, miroir obscur d’elle-même. « J’ai souvent eu l’impression que Ripley écrivait et que je ne faisais que taper à la machine », confia-t-elle.
Elle refuse toute biographie de son vivant et se montrait farouche préservant son espace et son temps de travail, haut lieu de son intimité. Comme elle l’écrivait : « Toute la vie est la quête d’un régime équilibré qui n’existe pas. »
Extrait de ses cahiers (1943)
« Un soir, rentrant vers minuit, tellement ivre d’alcool, de cigarettes et de somnolence que je tanguais d’un côté à l’autre du trottoir. D’un bar de Third Avenue sortent un garçon et une fille d’environ seize ans. « Soigne bien ton rhume », dit la fille, avec tout l’amour, toute la chaleur, toute la puissance sacrificielle et miraculeuse des femmes à travers les âges ! « Soigne-le pour moi », répond le garçon. « Je n’y manquerai pas », dit la fille au moment où ils se séparent.
Je suis à 150, 200 mètres de là, trottant dans les épaisseurs de neige et les flaques de neige fondue pour ne pas la perdre de vue. J’ai failli lui parler, mue par un amour fulgurant monté du tréfonds de moi.
J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de fiction qui imprégnait cette scène. Je ne m’en serais pas si bien souvenue si j’avais été sobre quand j’ai entendu leur échange. Mon cerveau saturé crée l’humeur, le style, l’atmosphère et les tons latents au-dessus et en dessous, les multiples ébauches qu’un écrivain aurait pu insérer avant et après, dont il aurait tu une partie, comme celle que j’imaginais voir et éprouvée. L’ivrognerie avoisine assez bien le procédé artistique. Le cerveau fond sans détour sur ce qu’il recherche perpétuellement. Peut-être y a-t-il aussi un élément d’homosexualité chez les femmes ivrognes. Elles ne se soucient guère de leur apparence et, sans l’ombre d’un doute, ont appris à simuler. »
Pour en parler
- Vivian Bernardi, amie de Patricia Highsmith
- Josyane Savigneau, critique littéraire
- François Rivière, auteur de Un long et merveilleux suicide, regards sur Patricia Highsmith (éditions Calmann-Lévy, 2003)
- Eva Vitija, cinéaste, réalisatrice de Loving Patricia Highsmith
- Matteo Bellinelli, journaliste pour la télévision nationale Suisse, RTS
Remerciements
Un grand merci à la galeriste Silvia Mina-Mazzi et à la photographe et plasticienne Ingeborg Lüscher.
Bibliographie (en français) et filmographie choisies
- Journaux et Cahiers (1941-1995) (éditions Calmann-Lévy, 2021)
- L’Inconnu du Nord-Express (éditions Calmann-Lévy, 2022)
- Carol (ou Le Prix du sel) (éditions Calmann-Lévy, 2013)
- Eaux profondes (éditions Calmann-Lévy, 1991)
- Le Journal d’Edith (éditions Calmann-Lévy, 1992)
- L’Amateur d’escargots (éditions Calmann-Lévy, 2021)
- Loving HighsmithOuverture dans un nouvel onglet, documentaire d’Eva Vitija (2022, disponible en VOD)
- La série des Ripley (Netflix)
À lire et à écouter aussi
Extraits
- L’inconnu du Nord Express d’Alfred Hitchcock (1951)
- Eaux profondes de Michel Deville (1981)
- Plein soleil de René Clément (1960)
- L’Ami américain de Wim Wenders (1977)
Générique
Un documentaire de Nedjma Bouakra, réalisé par François Teste. Traduction, Thierry Beauchamp avec la voix d’Anne de Peufeilhoux. Documentation musicale, Antoine Vuilloz. Documentation Radio France, Annelise Signoret. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Nous vous tiendrons informés des prochaines évolutions.

9999999