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Quelques observations clés de notre rédaction sur « Pétrole iranien : entre la Chine et les États-Unis, faudra-t-il choisir ? ».
Récapitulatif des informations
Retour des tensions commerciales sino-américaines. Pékin a profité de la guerre au Moyen-Orient pour dégainer une arme anti-sanctions économiques américaines qui risque d’avoir un réflexe sur le commerce mondial.
La Chine a utilisé pour la première fois, samedi 2 mai, une récente loi qui oblige les entreprises chinoises à ignorer des sanctions américaines les visant. En application d’une mesure adoptée en 2021 baptisée « loi de blocage des sanctions extraterritoriales », cinq raffineries de pétrole chinoises ont reçu l’ordre de faire comme si elles n’avaient pas été placées sur une liste noire américaine.
Une mesure jamais appliquée jusqu’à présent
Depuis un an, Washington a décidé d’augmenter la pression sur les importations chinoises de pétrole iranien. En mars 2025, les États-Unis avaient déjà sanctionné quatre raffineries chinoises, accusées d’importer du brut iranien. L’administration Trump vient d’en ajouter une à cette liste le 28 avril : Hengli Petrochemical.
Le Trésor américain l’accuse de financer le « terrorisme » et le programme nucléaire iranien en achetant massivement du pétrole vendu par Téhéran.
Cette fois-ci, Pékin a rétorqué. La loi de blocage chinoise « oblige les parties liées – comme les banques, les fournisseurs, les assureurs ou les clients – de continuer à faire affaire avec les entités chinoises sanctionnées par les États-Unis », explique Xin Sun, spécialiste de l’économie chinoise au King’s College de Londres.
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« Cette loi avait été élaborée à la fin du premier mandat de Donald Trump pour renforcer le dispositif permettant à la Chine de répondre aux droits de douane et autres sanctions imposés par le président américain depuis 2018 et le début du conflit commercial entre les deux puissances », explique Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université arctique de Norvège.
Pékin s’est bien gardé de dégainer cette arme jusqu’à présent. « La Chine a préféré prendre des initiatives plus mesurées – comme limiter certaines exportations de terres rares ou imposer des droits de douane ciblés -, alors que cette loi agit plutôt comme un coup de massue puisqu’elle impose purement et simplement d’ignorer les sanctions américaines sous peine d’être sanctionné par la Chine », souligne Marc Lanteigne.
Le régime chinois a jugé que le moment était venu de passer à la vitesse supérieure. D’abord parce que les Chinois estiment « ne pas pouvoir se permettre de laisser passer les sanctions imposées à Hengli Petrochemical », assure Xin Sun.
Protéger les « raffineries-théières » chinoises
Cette société appartient à ce qu’on appelle les « raffineries-théières » chinoises. « À l’origine, c’était un terme pour désigner une centaine de petites raffineries indépendantes », explique Xin Sun. Elles étaient d’abord vues comme une épine dans le pied des deux géants pétroliers publics, Sinopec et China National Petroleum. Pékin les considérait comme une concurrence inutile à ces groupes publics.
Puis tout a changé en 2015. Au lieu de chercher à les fermer, la Chine a décidé de leur permettre non seulement de raffiner du pétrole mais aussi d’en importer. Depuis lors, elles sont devenues un outil majeur pour aller acheter du pétrole à des pays sensibles comme le Venezuela ou l’Iran… en laissant les mastodontes publics en dehors de toute transaction qui pourrait provoquer l’ire américaine. « Les raffineries-théières contribuent à maintenir le régime de Téhéran à flot », affirme au Wall Street Journal Daniel Roth, directeur de la recherche au United Against Nuclear Iran, un groupe de pression américain.
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« Aujourd’hui, si ces raffineries sont toujours privées, elles ne sont plus vraiment si petites et Hengli Petrochemical en est l’une des plus importantes », constate Xin Sun. Pour cet expert, il y a une véritable escalade de la part des États-Unis entre les quatre raffineries-théières sanctionnées l’an dernier et qui jouaient un rôle relativement mineur et Hengli « qui est non seulement importante pour les importations énergétiques, mais dont dépendent aussi bon nombre d’autres sous-traitants qui risquent de souffrir économiquement en raison des sanctions américaines », précise Xin Sun.
La Chine juge également que le moment est opportun pour sévir. « Elle pense être en position de force face à des Américains qui peinent à terminer la guerre contre l’Iran. Le conflit a fragilisé l’économie américaine et créé des tensions entre Washington et ses alliés européens », analyse Marc Lanteigne.
Choisir son camp
Cette escalade sur l’escalade américaine risque cependant de faire des dégâts collatéraux. « Tous les partenaires, y compris internationaux, de Hengli Petrochemical et des autres raffineries sanctionnées vont devoir choisir entre risquer d’être sanctionnés par les États-Unis ou par la Chine », résume Marc Lanteigne.
En effet, si, par exemple, un assureur européen suit l’ordre américain de ne plus assurer les importations de pétrole de Hengli Petrochemical, il violera la loi chinoise. En conséquence de quoi, les entités chinoises sanctionnées peuvent déposer plainte, et « les autorités chinoises peuvent saisir ou geler les actifs dont l’entreprise dispose en Chine » pour, par exemple, couvrir les éventuelles amendes infligées à la société étrangère, explique Xin Sun.
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Ce bras de fer américano-chinois sur fond de commerce de pétrole risque aussi de mettre les pays du Golfe dans l’embarras. Alliés traditionnels des États-Unis, ils ne veulent pas non plus fâcher la Chine, grand consommateur de leur pétrole. « Les Émirats arabes unis ont notamment cherché à adopter une position la plus neutre possible pour garder de bonnes relations avec les deux puissances rivales », souligne Marc Lanteigne. Un exercice d’équilibriste plus compliqué à réussir si Washington et Pékin commencent à demander avec plus d’empressement à tout le monde de choisir son camp.
Pour l’instant, Xin Sun estime qu’il est surtout urgent d’attendre un peu. En effet, l’escalade des tensions commerciales est en partie due à la volonté américaine d’étrangler financièrement l’Iran en mettant la pression sur les acheteurs chinois de pétrole. « C’est la politique de la pression maximum pour un effet secondaire à très court terme », note l’économiste. Les États-Unis pourraient revenir en arrière dès la fin de la guerre contre l’Iran.
En outre, une visite cruciale de Donald Trump à Pékin est prévue les 15 et 16 mai. Les deux pays ont sorti leurs griffes et leurs armes – sanctions américaines contre loi de blocage chinoise – pour essayer d’être en position de force pour les négociations à venir, d’après les experts interrogés.
« Il est possible qu’à l’issue de ce sommet, les deux pays se mettent d’accord pour revenir au statu quo d’avant ces mesures », soutient Xin Sun. Sinon, les experts interrogés reconnaissent que le paysage commercial international deviendra plus compliqué à naviguer pour tous.
Source : www.france24.com
Conclusion : Cette situation sera observée de près par nos journalistes.

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