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8 mai 2026« Les Français ont pris de la distance vis-à-vis de la scène politique », analyse Jérôme Fourquet, directeur du pôle Opinion de l’Ifop – franceinfo
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Résumé à retenir
Invité de « Tout est politique » sur franceinfo, Jérôme Fourquet, directeur du pôle Opinion de l’Ifop, est revenu sur la perception de la vie politique par les Français, la montée d’une forme de distance vis-à-vis des institutions, ainsi que sur les tensions sociales liées au pouvoir d’achat et aux prix des carburants, dans un contexte qu’il décrit comme marqué par une « permacrise » et une forte incertitude politique à l’approche des échéances électorales.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Myriam Encaoua : Les Français sont-ils sensibles à ces questions ? Les nominations aux hautes fonctions de l’État, le élément du prince, les cooptations, ce petit monde… Est-ce que cela peut les chatouiller, les énerver ?
Jérôme Fourquet : Oui, potentiellement. Pour ceux qui suivent encore avec assiduité ce qui se passe, ce que l’on constate, c’est que depuis la dissolution de 2024, une cassure s’est opérée dans l’opinion publique, avec beaucoup de Français qui ont un peu tourné la page et regardent désormais ce spectacle avec une grande distance.
Je dis cela notamment parce que l’on mesure, par exemple dans nos baromètres de popularité, combien la méconnaissance des titulaires des grands ministères a progressé ces dernières années. Il y a quelques années, la grande majorité des Français connaissait le nom du ministre de l’Éducation, du ministre de la Défense ou du ministre de l’Économie. Aujourd’hui, cette connaissance est beaucoup plus lacunaire, plus nébuleuse, et cela traduit une prise de distance d’une part importante de nos concitoyens vis-à-vis de la scène politique.
Jérôme Fourquet, j’ai été frappée par ce mot du ministre Serge Papin ce matin sur France Info : « permacrise », comme si, au fond, cela ne devait jamais s’arrêter. Nous vivrions de crise en crise. Les Français souffrent de la hausse des prix à la pompe, mais ne le manifestent pas. Sont-ils résignés à vivre dans une crise permanente ?
Je ne sais pas s’ils sont résignés, mais on fait souvent le parallèle avec la crise des Gilets jaunes. À l’époque, ce qui avait déclenché l’explosion, c’était la décision gouvernementale d’augmenter la taxation sur les carburants.
Aujourd’hui, au regard de ce que vos antennes diffusent, les Français comprennent que la hausse des prix des carburants est liée à un contexte géopolitique hors norme, sur lequel les dirigeants politiques et Emmanuel Macron n’ont pas de prise. Cela ne signifie pas qu’ils acceptent la situation de bon cœur, mais ils n’en imputent pas la responsabilité au gouvernement.
En 2018, lors de la crise des Gilets jaunes, on était à 1,40 euro le litre. Aujourd’hui, on est à plus de 2 euros.
Pour le gazole, on était à 1,40 euro, et nous sommes désormais autour de 2,20 euros en moyenne. On voit donc bien la ponction qui s’opère sur le pouvoir d’achat d’une partie importante de nos compatriotes, très dépendants de la voiture.
Laurent Joffrin : Cela signifie qu’il existe malgré tout une forme de rationalité dans cette absence de réaction. Ce n’est pas la faute du gouvernement. On ne va pas immédiatement le prendre à partie pour des choses dont il n’est pas responsable.
Exactement. Cela est intégré. Et l’on observe d’ailleurs que, si la vie politicienne désespère ou navre beaucoup de Français qui s’en détournent, en revanche les émissions et programmes consacrés à la situation internationale rencontrent de forts succès d’audience. Les Français suivent ces sujets et comprennent qu’il ne sert à rien de descendre dans la rue pour réduire le prix de l’essence.
Plusieurs acteurs, comme Marianne récemment avec un titre sur Sébastien Lecornu « La colère monte et il s’en fout » ou encore François Hollande évoquant une colère sourde, alertent sur une tension sociale. Le percevez-vous également ou est-ce déjà intégré dans la campagne ?
Il faut rester très modeste. Personne n’avait vu venir les Gilets jaunes. Il n’est donc pas impossible que quelque chose de cette nature puisse se reproduire.
Laurent Joffrin : Lorsqu’un mouvement est annoncé, il ne se produit pas toujours. Il existe un mouvement appelé « Bloquons tout », porté notamment par Jean-Luc Mélenchon. Il avait été annoncé comme devant tout bloquer, mais en réalité, il n’a rien bloqué.
Le deuxième élément expliquant la relative apathie de la société française face à la hausse des carburants qui reste pourtant douloureuse est la conscience que les causes de cette hausse ne sont pas nationales. Autre facteur : tout le monde a en tête une échéance majeure, la présidentielle de l’année prochaine, où les Français pourront s’exprimer et entendre des propositions sur des sujets comme notre modèle énergétique : bascule vers les voitures électriques, ou réflexion sur la taxation des carburants. On observe d’ailleurs des comportements rationnels chez ceux qui en ont les moyens, avec une augmentation assez spectaculaire des achats de véhicules électriques.
Laurent Joffrin : Le gouvernement n’aurait-il pas intérêt, plutôt que d’aider à la baisse du prix à la pompe, à soutenir l’achat de voitures électriques ?
C’est déjà le cas avec un dispositif appelé le leasing social, mais, compte tenu de l’état des finances publiques, il avait été calibré de manière très modeste. Il a d’ailleurs été victime de son succès, car la demande a dépassé l’offre de véhicules disponibles.
Si l’on remonte dans le temps, l’accélération du programme électronucléaire français fait aussi suite à un choc pétrolier en 1973, à l’occasion notamment d’un grand débat lié à la présidentielle.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Cette situation fera l’objet de mises à jour régulières par nos journalistes.

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