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30 juin 2026Avec l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, Emmanuel Macron achève son œuvre mémorielle contre l’extrême droite
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Points essentiels de l’article
ADNAN FARZAT / NurPhoto via AFP
Les portraits de Marc et Simonne Bloch affichés devant le Panthéon à Paris.
Dans son entourage, personne n’ose le formuler clairement, mais la cérémonie d’entrée au Panthéon de Marc Bloch pourrait être la dernière sous Emmanuel Macron. Le président quittera l’Élysée en mai prochain, avec (normalement) six cérémonies à son actif, un record sous la Ve République. Certains le pressent à faire entrer André Citroën ou George Sand, voire Samuel Paty, mais le calendrier est contraint.
C’est donc l’historien et résistant français, auteur de L’Étrange défaite, torturé puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944 qui fait son entrée, aux côtés de son épouse Simonne Vidal, dans le temple de la République ce mardi 23 juin. À la nuit tombée, son portrait géant s’animera en différents tableaux entre les colonnes du Panthéon, accompagné d’un récit de sa vie. Le discours présidentiel lui, devrait durer une vingtaine de minutes.
À l’Élysée, on évoque ce père de six enfants, combattant des deux guerres mondiales, victime des lois antisémites du régime de Vichy comme « un historien de l’universel », qui « ne pensait pas l’histoire de façon glacée ou figée ». Il « dit quelque chose de notre époque », a estimé Emmanuel Macron au Figaro, lundi soir, il met en avant son rapport à la « vérité historique » alors que « le révisionnisme » est « partout ».
Son entourage précise que le chef de l’État aura à cœur de « saluer l’enseignement » de Marc Bloch, « héritier des Lumières » et de cette « façon de concevoir l’homme centrée non pas sur le repli identitaire mais sur l’ouverture à l’autre, sur l’altérité. »
Ses descendants refusent la présence de l’extrême droite
De fait, l’œuvre et le destin du résistant font écho à des débats très actuels, lesquels réancrent le président dans un combat frontal contre le nationalisme. Les descendants de l’écrivain ont d’ailleurs demandé que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de la cérémonie ». « L’œuvre de ce patriote convaincu est profondément antinationaliste, construite contre le roman national et la réduction de l’histoire française aux frontières nationales », rappelaient-ils dans une lettre adressée à Emmanuel Macron le 19 novembre 2025.
Suzette Bloch, la petite-fille du médiéviste, craignait ainsi une récupération, voire une instrumentalisation, de la mémoire de son grand-père par des responsables politiques désireux de montrer patte blanche. « Marc Bloch est devenu une icône, les hommes politiques aiment bien s’en réclamer pour se mettre en valeur », observe-t-elle auprès du Monde.
Ainsi, la famille de l’historien a plaidé pour que le RN (qui se prend parfois à citer Marc Bloch, en dépit de son héritage) et Reconquête ! soient absents de la cérémonie. Mais le président de la République est tenu par un décret datant de 1989, qui oblige à inviter d’office, par ordre de rang, les élus de la Nation. L’eurodéputée Sarah Knafo pourrait donc être présente ce mardi soir au Panthéon. Marine Le Pen, elle, devrait avoir « la décence de ne pas venir », selon l’expression de Suzette Bloch citée par Le Canard Enchaîné. Impossible, pour cette descendante de l’écrivain, de voir le RN, les « héritiers des Waffen-SS », participer à cette grand-messe républicaine.
« Être Français, c’est d’abord une affaire de choix »
C’est donc un discours éminemment politique que devrait prononcer Emmanuel Macron ce mardi soir, rappelant toutes les dimensions de la vie de Marc Bloch – l’un de ses auteurs favoris. À défaut d’avoir réussi à tarir les « raisons de voter pour les extrêmes » comme il le disait en 2017, le président de la République s’est effectivement astreint à affronter l’extrême droite sur le terrain de la mémoire et de l’histoire. En dix ans, toutes les figures qu’il a fait entrer au Panthéon présentent un parcours aux antipodes des idéaux et du programme excluant du Rassemblement national.
De Simone Veil (qui disait ne pas avoir peur de militants du Front national, rebaptisés « SS aux petits pieds », venus perturber l’une de ses réunions publiques en 1979) à Robert Badinter, père de l’abolition de la peine de mort à laquelle étaient opposés les représentants du FN en 1981 (dont Jean-Marie Le Pen), en passant par le résistant communiste Missak Manouchian ou la militante antiraciste Joséphine Baker… Toutes ces personnalités se sont illustrées à un moment ou à un autre par leur opposition aux idées et thèses nationalistes.
« François Mitterrand a beaucoup utilisé la politique des symboles (…) Mais Emmanuel Macron a fait encore mieux », fait valoir l’historien Avner Ben-Amos. Cinq des six panthéonisés ces dix dernières années représentent des « minorités », juifs, étrangers naturalisés ou apatrides, relève encore le spécialiste de la mémoire collective en France à l’université de Tel-Aviv. Signe, selon lui, de la volonté du chef de l’État de « montrer son opposition » au nationalisme, en vogue aujourd’hui. Une ambition que confirme l’entourage du président en ces mots : « On a raconté qu’être Français c’est d’abord une affaire de choix ».
Source : www.huffingtonpost.fr
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