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19 avril 2026La prison de la rumeur : épisode 2/2 du podcast Wiera Gran, une chanteuse dans le ghetto
19 avril 2026Analyse : L’équipe éditoriale a repéré les points les plus pertinents.
Voici l'avis général de nos rédacteurs sur « La prison de la rumeur : épisode 2/2 du podcast Wiera Gran, une chanteuse dans le ghetto ».
Éléments à garder en tête
Entre août 1942 et 1945, Wiera Gran a vécu cachée avec son compagnon Kazimierz Jezierski. Au même moment le ghetto s’est soulevé, avant d’être liquidé, et Varsovie s’est insurgée à son tour, puis a été rasée par les Allemands. A sa libération par les troupes soviétiques le 17 janvier 1945, la ville est un champ de ruines, et le ghetto un amas de cendres. En Pologne, la guerre a fait 5,5 millions de victimes, dont 3 millions de juifs, soit 91 % de la population juive.
Wiera Gran et Wladyslaw Szpilman sont les deux seuls survivants du Café Sztuka, et ont tous deux perdu leur famille déportée au camp de Treblinka. Szpilman a été nommé directeur de la musique à la Radio polonaise, où Wiera Gran espère trouver du travail. Mais son ancien accompagnateur lui apprend que des rumeurs circulent à son sujet et qu’elle est accusée de collaboration avec la Gestapo. S’enclenche alors un cercle infernal, dans lequel Wiera Gran va tenter par tous les moyens de se blanchir.
Son cas fait notamment l’objet d’un procès devant le tribunal d’honneur du Comité central des Juifs de Pologne. Acquittée en janvier 1949, Wiera Gran ne parvient pourtant pas à se défaire de sa réputation de collaboratrice. Entre temps Wladyslaw Szpilman a publié ses mémoires, où il revient sur son expérience du ghetto, mémoires dont la chanteuse est tout à fait absente, effacée.
Blanchie en janvier 1949, Wiera Gran peine pourtant à se défaire de sa réputation de collaboratrice. Entre temps Wladyslaw Szpilman a publié ses mémoires, revenant sur son expérience du ghetto, mémoires dont la chanteuse est tout à fait absente, effacée.
Installée à Paris à partir de 1952, Wiera Gran tente de poursuivre sa carrière, se produisant également à l’étranger pour la diaspora juive polonaise et polonaise. Où qu’elle aille, les rumeurs la rattrapent, la brisent et brisent sa voix : elle cesse alors de chanter.
En 2002, Wiera Gran a 86 ans lorsqu’elle découvre l’adaptation sur grand écran des mémoires de Wladyslaw Szpilman par Roman Polanski (Le pianiste), dont elle est à nouveau inexplicablement absente. Quatre ans avant sa mort, en 2003, l’écrivaine Agata Tuszynska la rencontre dans son studio parisien, véritable « bunker » où elle s’est tenue éloignée des mots qui tuent. Cette rencontre donnera naissance à un ouvrage retraçant la vie de Wiera Gran, chanteuse-star engloutie par l’histoire, qui aura échoué à convaincre de son innocence et à sortir définitivement du ghetto.
Pour en parler
- Agata Tuszynska, écrivaine
- Jean-Charles Szurek, historien, spécialiste de la Pologne et des relations judéo-polonaises, directeur de recherche émérite au CNRS
- Katarzyna Person, historienne
- Ewa Kozminska-Frejlak, sociologue, spécialiste de l’histoire sociale des Juifs de Pologne survivants de la Shoah, chercheuse à l’Institut historique juif
- Justyna Majewska, docteure en sciences sociales spécialiste du ghetto de Varsovie, chercheuse à l’Institut historique juif et au Centre de recherche polonais sur l’Holocauste
Remerciements
Merci à l’Institut historique juif Emanuel Ringelblum de Varsovie, Agnieszka Rezka, Audrey Kichelewski, Annette Wieviorka, Laure Grandbesançon et Philippe Collin.
À écouter (à partir de 48’30 »)
Bibliographie sélective
- Agata Tuszynska, Wiera Gran, l’accusée (Grasset, 2010)
- Wladyslaw Szpilman, Le Pianiste (Robert Laffont, 2001)
- Katarzyna Person, The hour of revenge, Holocaust survivors and their search for revenge and retribution (University of Toronto press, 2025)
- Ouvrage collectif, Jewish honour courts, Revenge, retribution, and reconciliation in Europe and Israel after the Holocaust (Wayne State University Press, 2015)
Filmographie, archive et chanson
- Extrait du film Le temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961)
- Archive : © 1995 USC Shoah Foundation
- Chanson (extrait) : Jej pierwszy bal (Son premier bal), interprété par Wiera Gran
Musiques
Générique
Un documentaire de Juliette Médevielle réalisé par Franck Lilin. Prises de son, Nicolas Mathias. Mixage, Eric Boisset. Traduction, Alexandre Dayet. Avec les voix de Joanna Grudzinska et Aleksandra Yermak. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : La rédaction continuera à observer cette actualité pour informer ses lecteurs.

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