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OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Jean-Luc Mélenchon à Lyon le 26 février.
• Même ses anciens partenaires de gauche lui demandent de revenir sur ses propos qui illustrent la stratégie populiste qu’il a choisi d’adopter pour la campagne des municipales.
• Le leader de la France insoumise fait un pari, qui s’avère risqué, en vue de la présidentielle de 2027.
Mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon était en meeting à Lyon. Des CRS armés jusqu’aux dents protégeaient la Bourse du travail, où le fondateur de la France insoumise a fait un discours de près de deux heures en soutien à la candidate aux élections municipales Anaïs Belouassa-Cherifi. Près de quinze jours après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, sa venue à Lyon était attendue autant qu’elle était redoutée. Saurait-il trouver les mots justes ? Ne jetterait-il pas davantage d’huile sur des flammes déjà ardentes ?
Le lendemain, certains de ses propos tournent en boucle sur les chaînes d’info en continu et les réseaux sociaux sont inondés de messages tous plus consternés les uns que les autres. Il lui est reproché d’avoir particulièrement insisté sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein, ce criminel sexuel américain qui s’est tué en prison en 2019, et de s’être amusé qu’il soit prononcé « -stine » pour « faire plus russe », et pas « -stein ». « Alors maintenant vous direz Epstine au lieu d’Epstein ». Droite et extrême droite se sont empressées d’y voir des propos « aux relents ouvertement antisémites », demandant, comme Jordan Bardella, « la mise au ban de LFI ».
Le reste de la gauche se désolidarise
Plus notable, de nombreux responsables de gauche ont aussi pris leurs distances avec Jean-Luc Mélenchon. D’Olivier Faure à Marine Tondelier, en passant par Fabien Roussel (qui a dénoncé une « honteuse copie des propos d’Alain Soral »), ils l’accusent d’avoir franchi un cap dans l’indéfendable. L’objectif est affiché : ne plus être associé aux saillies du leader insoumis et, à quinze jours des élections municipales, l’enjeu est énorme. Dans la plupart des grandes villes, le Parti socialiste, les Écologistes et le Parti communiste ont fait l’union sans La France insoumise, qui présente des listes face à eux.
Lucie Castets, éphémère candidate du NFP à Matignon, a sommé Jean-Luc Mélenchon de « revenir » sur ses propos « aux relents antisémites ». Une tentative sans doute vaine, puisque l’ex-député des Bouches-du-Rhône s’est contenté, en retour, de moquer les « gesticulations » de ses opposants et de leur reprocher « d’instrumentaliser la lutte contre l’antisémitisme ». Ses soutiens rappellent que dans le même discours, Jean-Luc Mélenchon a salué le courage de Jean Moulin, de Raymond et de Lucie Aubrac, des Justes parmi les nations, qui ont combattu le régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a aussi dénoncé la présence de la statue de Louis IX, « persécuteur des juifs », au Sénat.
Qu’importe : les flèches de ses rivaux sont là, présentes depuis plusieurs mois mais plus aiguisées ces dernières semaines. À gauche, beaucoup s’interrogent : pourquoi Jean-Luc Mélenchon prête-t-il le flanc à ces accusations ? En 2018, au moment où le travailliste anglais Jeremy Corbyn était lui aussi sous le feu des critiques, Jean-Luc Mélenchon avait théorisé que quand un « homme de gauche » est « traité d’antisémite, c’est qu’il n’est pas loin du pouvoir ».
« Le moment le plus sordide que j’ai vécu »
Mercredi soir, après une brève incursion sur l’antifascisme, où il a de nouveau apporté son soutien à la Jeune Garde, dont certains des ex-membres sont soupçonnés d’être impliqués dans les affrontements violents qui ont conduit à la mort de Quentin Deranque, Jean-Luc Mélenchon a multiplié les attaques contre la presse. En cause, selon lui : le traitement médiatique dont il fait l’objet depuis dix jours, et la prolifération des unes de journaux hostiles à son égard.
« Mon visage sur toutes ces unes sanguinolentes, ces heures de télé et radio où de pauvres esprits me font parler et pensent analyser ma violence, c’est sans doute le moment le plus sordide et dangereux que j’ai vécu avec le saccage de ma maison dans le Loiret ou les deux tentatives d’assassinat dont j’ai fait l’objet », a-t-il expliqué. Des propos qui font écho à la conférence de presse qu’il a organisée lundi soir avec « les nouveaux médias », à laquelle Le HuffPost a été convié. Une conférence de presse où les médias mainstream (France Télévisions, l’AFP, Le Monde, Libération…) étaient ostensiblement tenus à l’écart, et dont l’objectif était de faire une place aux YouTubeurs et autres créateurs de contenu politique. Cet événement a concentré de multiples critiques, Reporters sans frontières (RSF) ayant accusé La France insoumise de porter « atteinte au droit à l’information » en triant ainsi les journalistes.
Une stratégie confortée par les sondages ?
Aussi singulier que cela puisse paraître, la campagne des municipales est l’occasion pour le leader insoumis de renouer avec sa stratégie populiste de gauche. Un concept qu’il connaît bien pour l’avoir expérimenté en 2018, en lien avec les travaux de Chantal Mouffe et d’Ernest Laclau. Critique des élites, charges contre les médias, isolement vis-à-vis des autres partis… « L’oligarchie », la presse, « les traîtres » en prennent pour leur grade. Là où c’est curieux, c’est qu’une campagne municipale se joue normalement sur un autre terrain. On y parle prix de la cantine scolaire, construction de logements sociaux, développement de grands projets… En réalité, Jean-Luc Mélenchon se sert de l’écho que lui offrent les élections municipales pour se propulser vers 2027, et ainsi donner le ton de sa campagne présidentielle.
Sans qu’on sache précisément quelles en seront les conséquences. Manuel Bompard rappelle que pendant les dix jours qui ont suivi la mort de Quentin Deranque, La France insoumise a engrangé 2 500 nouveaux soutiens en ligne. D’ailleurs, aucun candidat du mouvement n’a dévissé dans les sondages des municipales. À Marseille, Sébastien Delogu se stabilise autour de 15 %, tandis qu’à Lyon, Anaïs Belouassa-Cherifi est désormais donnée au-dessus de la barre des 10 %, seuil minimal pour se qualifier au second tour. Jean-Luc Mélenchon sait ce qu’il fait : en alimentant des polémiques presque quotidiennes, il se trouve au cœur du débat. Qu’on parle de lui en bien ou en mal, on parle de lui.

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