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Voici l'avis général de nos rédacteurs sur « «Nos vies en ligne», le regard de 24 artistes ».
Ce qu’il faut garder en tête
Nos vies se transforment de plus en plus en un flux ininterrompu en ligne. Du nouvel « ego trip » en passant par les émotions nouvelles du monde connecté, jusqu’au monde unifié par le flux, l’exposition « Moi et les autres – regards d’artistes sur nos vies en ligne » explore le phénomène dans l’art contemporain. Entretien croisé à la Fondation EDF, à Paris, avec Camille Roth, spécialiste des communautés en ligne, et la co-commissaire Aurélie Clémente-Ruiz.
RFI : Le but de Moi et les autres, est-ce de montrer, d’analyser ou de nous faire vivre nos vies en ligne ?
Camille Roth : Le but est d’illustrer la sociabilité en ligne, mais le fil directeur est aussi d’essayer de s’interroger sur le delta, la différence qu’il peut y avoir entre cette sociabilité en ligne et une sociabilité organique, disons hors ligne, dans toute sa diversité.
RFI : Depuis nos vies en ligne, qu’est ce qui a le plus changé le plus par rapport à la relation entre les artistes et la réalité ?
Aurélie Clémente-Ruiz : On voit que maintenant Internet fait partie de nos vies, les réseaux sociaux aussi, et les artistes vont s’emparer de cette matière pour créer. Ça va être à la fois des thématiques dont ils vont s’emparer, mais ça va être aussi des outils avec lesquels ils vont pouvoir imaginer d’autres œuvres. Dans l’exposition, nous avons choisi 24 artistes avec des pratiques artistiques très différentes, et des regards parfois contradictoires sur ce qui fait notre sociabilité en ligne.
RFI : Nos vies en ligne sont souvent enfermées dans des « bulles ». L’art et les artistes d’aujourd’hui, sont-ils également enfermés dans des bulles ?
Camille Roth : Les artistes présentés sous-tendent un propos qui permet d’apporter un peu d’éclairage sur la notion d’« enfermement dans des bulles ». Il y a des questions du réseau où on est connectés les uns aux autres. Et la question naturellement induite – c’est-à-dire à quel point ces réseaux nous enferment également – est liée à des dynamiques grégaires où on va s’apparier et interagir avec des gens qui nous ressemblent. Une partie des travaux montre que ce phénomène est aussi en partie surestimé. Il y a beaucoup de possibilités de communication qui sont ouvertes justement par l’interaction en ligne, où on a accès à des « alters », à d’autres qui sont divers, qu’on ne retrouverait pas dans notre réseau social hors ligne, parmi nos amis, nos collègues. Ça touche aussi naturellement les artistes.
RFI : Dans les œuvres des artistes, y a-t-il un thème en commun qui se cristallise ?
Aurélie Clémente-Ruiz : L’exposition est divisée en trois parties : « Ego », « Alter » et « Holo ». On va de l’intime au monde, au tout, à ce qui nous rassemble. Chaque fois, nous avons essayé de présenter les œuvres qui vont incarner ces différents sujets. Il y a une série photographique que j’aime beaucoup, Être belles comme elles (2023), de Marilou Poncin, où elle se grime en Kim Kardashian pour montrer que ce qu’on peut montrer en ligne, c’est aussi une reconstruction de soi. Ce n’est pas forcément la réalité, c’est une image qu’on projette de soi.
RFI : Dans l’exposition, vous parlez beaucoup des aspects positifs et créatifs de nos vies en ligne, contrairement aux médias qui alertent plutôt sur les dangers de l’enfermement, de la dépression des jeunes, de la drogue, de la manipulation, etc. Avez-vous délibérément conçu cette exposition de manière à mettre en avant les aspects positifs de nos vies en ligne ?
Camille Roth : Il n’y a pas de parti pris. Il y a plutôt l’ambition de donner des clés de lecture, d’éclairer différents niveaux de la sociabilité en ligne : entre la présentation de soi, l’interaction avec les autres, les moyens de faire société. le indication, c’est plutôt d’apporter des clés de lecture qui permettent de nuancer dans un sens comme dans l’autre. Par exemple, l’œuvre de l’artiste belge Katherine Longly, Failed I Have, In Exile I Must Go (2020-2023), sur les hikikomori [des personnes vivant coupées du monde et des autres, cloîtrées le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années] nous rappelle que cet enfermement et ce repli en ligne provient aussi d’un malaise avec une sociabilité hors ligne. Là, en fait, cette articulation entre ces deux types de sociabilité est beaucoup plus nuancée que d’attribuer à ce repli en ligne une cause essentiellement en ligne.
RFI : Les réseaux sociaux et nos vies en ligne ont-ils pris le contrôle total de nos vies ?
Aurélie Clémente-Ruiz : Non, justement, on ouvre l’exposition avec Panoptes (2026), de Laurent Grasso, où l’on voit ces yeux en néon qui nous observent et qui nous épient. Effectivement, en étant tout le temps connecté, on est tout le temps sous le regard des autres et on regarde tout le temps les autres. Donc on se met finalement très souvent en scène. Cela redéfinit une sorte d’intimité et de rapport aux autres où les frontières sont plus floues. Mais cela ne vient pas totalement bouleverser nos rapports sociaux, ça vient créer d’autres interactions et c’est ça qui est intéressant.

RFI : Pourquoi l’artiste américain Ben Grosser s’est penché sur le phénomène TikTok ?
Camille Roth : L’œuvre de Ben Grosser, Not For You (2020), met en scène TikTok dans une version très biaisée en un sens et très « débiaisée » aussi. Il s’agit de retirer l’effet de l’algorithme. On attribue aux algorithmes de recommandation beaucoup de propriétés qui auraient tendance à guider notre regard. Là, cette œuvre montre qu’en enlevant l’algorithme, on se retrouve aussi exposé à toute la diversité des contenus et dans toute leur diversité de qualité et de pertinence. C’est-à-dire à beaucoup de contenus qui sont de qualité très moyenne et qui ont une pertinence pour soi assez nulle. Ils ne correspondent pas aux choses qu’on est venu chercher sur la plateforme. Via cette œuvre, on voit une sorte d’illustration de la dualité de l’algorithme de recommandation qui est à la fois restreint et, en même temps, focalise notre attention.
RFI : Moi et les autres, qu’est-ce qui a changé le plus dans le regard des artistes ?
Aurélie Clémente-Ruiz : Finalement, ces nouvelles technologies, ces nouveaux outils qu’on utilise tous au quotidien, les artistes en ont aussi fait les leurs. Ils arrivent à les utiliser, les transformer, parfois avec un regard acerbe, parfois avec beaucoup d’ironie. C’est ça que je trouve intéressant, c’est comment la création artistique se nourrit avec tout ça et crée quelque chose de totalement nouveau, qui ne pouvait pas exister avant les réseaux sociaux. La création se renouvelle perpétuellement.
RFI : Nos vies en ligne, sont-elles aujourd’hui encore de « vraies » vies ? Où s’agit-il plutôt d’une communication avec des 1 et des 0 ? De plus en plus de personnes communiquent avec l’IA comme avec de véritables hommes et femmes, voire avec de vrais amis. Comment voyez-vous le futur de nos vies en ligne ?
Camille Roth : Le futur a aussi un présent, c’est-à-dire d’une part s’interroger sur la dichotomie habituelle entre le réel et le virtuel : il y aurait un réel et il y aurait un virtuel. Et tout ce qui est en ligne serait virtuel. Moi, je préfère la dichotomie entre la vie en ligne et le hors ligne. C’est-à-dire c’est toujours réel, c’est toujours notre vraie vie ! Ce sont des interactions qui ont vraiment lieu, mais elles ont lieu par des outils différents. On aurait du mal à attribuer au téléphone – qui, pourtant, est totalement virtuel en un sens -, des propriétés de virtualité. De téléphoner à quelqu’un, ce n’est pas réel ? On ne fait pas ça pour Internet. En vérité, on peut apporter le même questionnement.

Existe-t-il encore des cultures différentes par rapport à nos vies en ligne ? Les vies et les cultures en ligne restent-elles différentes en Europe, en Asie ou en Afrique ? Ou est-ce qu’on est en train de vivre une homogénéisation ?
Camille Roth : Il y a beaucoup moins de travaux dans ce domaine où règne souvent un « occidentalo-centrisme ». Il y a assurément des différences culturelles, pas seulement dans les pratiques, mais aussi dans les outils. Il y a différentes façons d’interagir, même avec le téléphone portable qui existent déjà depuis des décennies. Par contre, une partie de la sociabilité sur ces outils numériques est probablement plus influencée par des critères socio-démographiques, qu’on appelle souvent « la fracture numérique », que par des différences culturelles. Même au sein d’une même société, il y a des variations entre la culture Wikipédia, la culture Facebook, la culture TikTok, la culture Instagram… On a déjà des mondes qui se déploient.
Moi et les autres – regards d’artistes sur nos vies en ligne, exposition à la Fondation EDF, à Paris, jusqu’au 27 septembre 2026.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Quelques points à garder à l'esprit selon notre rédaction.

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