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La mathématicienne, historienne des mathématiques et écrivain française Michèle Audin, lors de la 36ᵉ Foire du Livre le 12 novembre 2017, à Brive-la-Gaillarde, France. JEAN-MARC ZAORSKI / GAMMA-RAPHO / GETTY IMAGES
Quelques semaines avant sa mort, le 14 novembre 2025, elle travaillait encore sur « Berbessa. Mes ancêtres colons ». Un récit posthume, comme on dit – et elle n’aurait sûrement pas aimé cet adjectif mortifère. Ou plutôt une nouvelle trace laissée sur une lignée paternelle amputée trop vite. Michèle Audin avait déjà écrit deux premiers livres denses et émouvants sur sa famille : « Une vie brève » (L’Arbalète, 2012) consacrée à son père, le militant indépendantiste Maurice Audin, tué par des militaires français pendant la guerre d’Algérie à seulement 25 ans ; et « Oublier Clémence » (L’Arbalète, 2018), sur sa grand-mère paternelle, Clémence Janet, une ouvrière en soie lyonnaise qui n’a jamais dépassé l’âge de 21 ans.
Dans cette nouvelle enquête familiale, tout aussi touchante et intense, l’écrivaine et mathématicienne a essayé cette fois de renouer le fil avec les grands-parents et arrière-grands-parents de son père, « colons » en Algérie. C’est-à-dire des « propriétaires et cultivateurs de terres algériennes », tient-elle à préciser. Un jour de 1851, dernière année de l’éphémère Seconde République, Pierre-Marie Fort, sa femme Marguerite Bouvier, et ses deux frères, Joseph et Jean, sans doute pauvres, et sans doute aussi, parce qu’un « recruteur (un bonimenteur ?) français leur (avait) promis la richesse en Algérie », sont partis du Valais, en Suisse. Un périple à l’époque, des jours et des jours de voyage. Genève, Lyon, le Rhône en bateau jusqu’à Arles, le train direction Marseille, puis la traversée de la Méditerranée, probablement en corvette à vapeur, et Kolea enfin, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger, qui abrite le hameau de Berbessa. Ils ne trouveront jamais « la richesse » promise.
A leur arrivée dans la Mitidja, qui deviendra la grande plaine agricole de l’Algérie française, et où pousseront des kilomètres d’orangers, de vignes, et de champs de blé, l’armée française leur distribue des rations de nourriture, un emplacement pour construire une bicoque et sept hectares de terrains. L’année suivante, les deux frères Joseph et Jean meurent, sans que Michèle Audin n’ait su s’il fallait incriminer les scorpions, la variole, la tuberculose, le typhus, le choléra, ou le paludisme… Il y aura aussi, plus tard, une petite Eulalie, une des six enfants du couple, qui décédera peu de temps après sa naissance. Le quotidien des « ancêtres colons » de l’écrivaine est rythmé par un immense incendie de forêt, une sécheresse qui dure deux ans, un nuage de sauterelles qui dévore tout, jusqu’au linge des maisons, si elles ne sont pas suffisamment calfeutrées, un tremblement de terre… « Un autre fait m’a surprise, lorsque j’ai découvert l’état civil des Fort, c’est le nombre d’enfants morts. Les fils d’Adeline [une des belles-filles de Pierre-Marie et Marguerite, NDLR], en particulier », écrit Michèle Audin.
L’écrivaine clôt son récit par un chapitre intitulé « Vingtième siècle » et par un vers d’Alfred de Vigny, qui évoque ses aïeux, et que sa mère, Josette Audin, avait recopié sur un bout de papier : « Si j’écris leur histoire, ils descendront de moi. » Jusqu’à ses derniers jours, Michèle Audin aura tenté de recoudre la mémoire abîmée de sa famille paternelle. Elle avait 3 ans quand son père a été arrêté par les parachutistes et a « disparu » à jamais.
« Berbessa. Mes ancêtres colons », par Michèle Audin, EHESS, 153 p., 13,80 euros.

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