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5 mars 2026La justice reconnaît un « lien direct » entre le cancer du sein d’une infirmière et son travail de nuit
Le tribunal administratif de Marseille juge que, dans ces conditions, « existe une probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la pathologie dont a été atteinte l’infirmière et ses conditions de travail de nuit à l’origine du développement de cette maladie ».
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Deux décennies de travail de nuit ont contribué à l’apparition de la maladie. Le tribunal administratif de Marseille a reconnu, mardi 3 mars, l’existence d’un « lien direct » entre le cancer du sein d’une infirmière et ses conditions de travail de nuit pendant près de 25 ans, estimant que sa maladie était imputable à son service. En conséquence, le tribunal a annulé la décision du directeur du centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône) qui avait rejeté en 2021 la demande de « reconnaissance d’imputabilité » formulée par l’infirmière, qui s’était également vu refuser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle en 2019.
Dans sa décision, le tribunal rappelle qu’« une maladie contractée par un fonctionnaire est imputable au service public hospitalier si elle présente un lien direct avec ses conditions de travail, permettant son développement, sauf si des circonstances particulières en sont à l’origine ». Or, détaille le tribunal, « alors que la plupart des causes à l’origine de la maladie restent ignorées, les études scientifiques dès 2007 révèlent les effets du travail de nuit sur les fonctions hormonales de la femme, entraînant une majoration du risque de cancer ».
L’infirmière, diagnostiquée d’un cancer en 2014, a exercé à l’hôpital de Martigues pendant près de 25 ans « exclusivement de nuit, avec une moyenne de 140 nuits par an », souligne le tribunal, qui relève que « les autres facteurs de risques connus tels que génétiques, hormonaux et les facteurs environnementaux et hygiéno-diététiques sont, chez cette infirmière, faibles, voire absents ». Il juge que, dans ces conditions, il « existe une probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la pathologie dont a été atteinte l’infirmière et ses conditions de travail de nuit à l’origine du développement de cette maladie ».
Le tribunal « enjoint donc au centre hospitalier de reconnaître l’imputabilité de la maladie au service ». L’avocate de l’infirmière, Elisabeth Leroux, s’est félicitée d’une « très bonne décision », grâce à laquelle sa cliente pourra bénéficier d’une « rente à vie calculée en fonction du taux d’incapacité permanente ou partielle » qui lui sera accordé. « C’est très important car souvent, elles tombent malades jeunes », a-t-elle précisé.
Cancer le plus meurtrier chez les femmes en France, avec 12 000 morts par an, le cancer du sein est une maladie dont on n’a pas fini d’explorer les facteurs de risques : le travail de nuit a été jugé « probablement cancérogène » en 2007 par le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l’OMS qui a aussi classé « cancérogènes avérés » les rayons X et Gamma. Travailler de nuit plus de deux nuits par semaine pendant plus de 10 ans multiplie le risque par trois, avait estimé l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en 2018.
Jusqu’ici, très peu de femmes ont obtenu la reconnaissance de leur cancer du sein comme maladie professionnelle, ce qui ouvre droit à une indemnisation. La première, en 2023, était une infirmière mosellane exposée à des rayons et travaillant de nuit à l’hôpital pendant 28 ans. « On a encore beaucoup de mal à obtenir cette reconnaissance malgré une littérature scientifique concordante », déplore Elisabeth Leroux, l’avocate de l’infirmière des Bouches-du-Rhône. Si plusieurs procédures ont déjà été gagnées, à l’amiable ou en justice, pour des infirmières et aides-soignantes, cumulant le plus souvent une polyexposition (travail de nuit et rayons ionisants), des procédures sont aussi en cours pour faire reconnaître le cancer de la prostate (cancer également hormono-dépendant) comme maladie professionnelle chez des travailleurs de nuit, précise l’avocate.

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