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Un regard de nos journalistes sur l'article « les animaux exotiques, adulés mais malmenés ».
Éléments essentiels
Python, boa, mygales ou encore caméléons: les animaux exotiques attirent un nombre croissant de particuliers en Europe, qui en font leurs animaux de compagnie. Mais ces espèces fascinantes, souvent exigeantes, parfois dangereuses et encombrantes, sont ainsi pour certaines soumises à une réglementation stricte de détention. Pourtant, cette législation est régulièrement contournée, par manque de moyens ou de connaissances. Des dérives qui conduisent fréquemment à des abandons, lorsque les propriétaires se retrouvent dépassés.
La découverte d’un caïman à lunettes mort, enchaîné et lesté dans un canal à Roubaix, dimanche, soulève de nombreuses interrogations. Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort et tenter de retrouver son propriétaire. À ce stade, les circonstances de l’abandon de ce reptile d’un mètre de long restent à éclaircir, mais les enquêteurs s’orientent vers la piste d’un particulier qui aurait cherché à se défaire d’un animal devenu trop contraignant.
Un phénomène auquel les refuges, vétérinaires et associations de protection animale sont régulièrement confrontés, avec des cas d’animaux exotiques abandonnés ou saisis dans des conditions de détention inadaptées, comme le confirme Abel Jeudon, coprésident de l’association SOS P’tites bêtes, basée à Étampes (Essonne).
« On nous a déjà demandé de récupérer un anaconda »
Son refuge, qui peut accueillir plus d’une cinquantaine de reptiles, est régulièrement sollicité, même s’il ne peut pas encore prendre en charge les espèces trop grandes ou dangereuses. L’association est en cours de rénovation de ses locaux et prépare une demande de certificat de capacité. Il explique que parmi les espèces les plus fréquemment abandonnées figurent les petites tortues d’eau (longtemps vendues peu cher en animalerie), les couleuvres des blés ou encore les pythons royaux, eux aussi « vendus en masse ».
« On nous a déjà demandé de récupérer un anaconda (une espèce soumise au certificat de capacité (CPC) qu’on a pas pu garder. On a dû rediriger la personne vers des zoos ».
Et pour cause, en France, contrairement à d’autres pays européens, certaines espèces exotiques sont soumises à déclaration en préfecture. Certains animaux dangereux, rares ou très exigeants comme l’anaconda nécessitent un certificat de capacité (une autorisation officielle délivrée par l’État) pour être détenus légalement: une autorisation rarement délivrée à des particuliers, qui concerne plutôt les établissements d’élevage, de vente ou de présentation au public.
Passages illégaux aux frontières européennes
C’est pourquoi certains amateurs préfèrent s’affranchir de ces démarches administratives, jugées lourdes ou contraignantes. « On peut malheureusement s’en procurer assez facilement chez nos voisins européens, où la législation est totalement différente de celle de la France », affirme Alan, à la tête d’un élevage amateur à Perpignan (Pyrénées-Orientales).
« Ces animaux s’achètent sur des bourses aux animaux exotiques, comme à Barcelone, à Hamm en Allemagne ou encore en Belgique. Là-bas, les anacondas ou les caïmans, par exemple, ne sont pas soumis au certificat de capacité donc si vous arrivez à leur faire passer la frontière, il est possible de traverser la frontière avec puis de les détenir en France. C’est illégal, mais ça existe: il y a régulièrement des saisies de la police ».
Dans ce contexte, certains passionnés peuvent être tentés de franchir la ligne rouge. À mi-mots, le jeune Mathieu admet ainsi avoir envisagé de se procurer illégalement un python réticulé ou d’autres espèces venimeuses à l’étranger, avant de se raviser. Ce militaire amoureux des espèces rares, âgé de 24 ans, ne se cantonne plus qu’à des espèces autorisées en détention libre en France.
Aujourd’hui, ses animaux de compagnie ne sont autre qu’un python royal et un gecko. « Des animaux hors du commun, mal aimés comme je l’ai été pendant mon enfance », explique ce passionné, qui a déjà eu en sa possession araignées, mante religieuse, caméléon et autres couleuvres américaines. « Les gens en ont peur, ils ont des préjugés alors que ce sont des animaux fascinants quand on apprend à les connaître », défend Mathieu, qui vit avec ses reptiles dans un petit appartement du Bas-Rhin, en Alsace.
Des « achats coup de tête » lourds de conséquences
Passionné depuis l’enfance, il a déjà élevé araignées, mante religieuse, caméléon ou encore couleuvres américaines. Mais cette passion s’est aussi heurtée à des limites concrètes. « J’ai pensé à leur bien-être et je me suis raisonné à cause de mon manque d’espace, d’argent et de temps. Je savais que je n’étais pas en mesure de leur donner de bonnes conditions de vie », reconnaît-il volontiers.
Ces contraintes l’ont d’ailleurs déjà conduit à se séparer de l’un de ses pythons « par manque de moyens financiers ». Une décision qu’il dit avoir prise sans envisager de solution radicale: « Je l’ai confié à une dame qui s’en occuperait bien et pourrait lui apporter tout ce dont il a besoin », confie-t-il.
Une présence d’esprit que les propriétaires d’animaux exotiques sont loin de tous avoir. « Le problème, c’est l’achat coup de tête qui mène à beaucoup d’abandons, en particulier chez les serpents », confirme Alan.
L’éleveur amateur des Pyrénées-Orientales recueille lui aussi fréquemment des espèces exotiques, en particulier des pythons regus. « C’est un serpent en détention libre, qui ne requiert pas de formation particulière en France donc certains achètent ça en magasin comme s’ils achetaient une baguette de pain ». « Au début c’est petit et mignon, on le prend un peu sur un coup de tête ». Or, rappelle-t-il, « c’est un animal qui peut vivre 30 ans ».
« Après quelques temps les propriétaires se retrouvent dépassés et ne savent plus comment s’en débarasser », ajoute le fondateur de SOS P’tites bêtes. « Au départ ils prévoient une petite installation et du matériel qui convient très bien à un juvénile, sauf qu’il devient vite beaucoup trop gros. Sa dangerosité peut aussi être un motif d’abandon: après une attaque de l’animal, si la personne n’est pas formée aux normes de sécurité ».
« Les gens formés n’abandonnent pas leurs animaux »
Particulièrement chez les crocodiliens qui ont besoin de grands grands espaces, rappelle Alan: de l’eau pour nager, des espaces terrestres, une température assez précise avec un accès à des ultraviolets. « Ça demande vraiment des installations conséquentes et c’est vrai que dans un appartement ça n’a pas sa place », précise-t-il.
Néanmoins, les spécialistes s’accordent à dire que les solutions sont limitées pour les personnes souhaitant se séparer de leurs animaux exotiques. C’est pourquoi lorsque certains ne savent plus quoi faire de leur animal, ils les relâchent simplement dans la nature dans l’espoir de leur « laisser une chance ». Une fausse bonne idée, comme le rappelle l’Office français de la biodiversité, qui rappelle qu’un animal relâché dans la nature après être né et élevé en captivité a de très faibles chances de survie.
« Les papiers (requis par le certificat de capacité) ne sont pas là pour rien », poursuit le spécialiste. « Ce sont des animaux qui demandent un certain nombre de connaissances et il n’est pas inné de savoir s’en occuper », explique cet étudiant passionné en BTS GPN (gestion et protection de la nature).
Selon lui, les formations requises par le certificat de capacité font office de « filtre entre les personnes qui font ça pour l’égo ou parce que “c’est rigolo d’avoir un crocodilien chez soi”, et celles qui sont sérieusement passionnées et font les choses bien: ce sont souvent des profils très différents ».
A contrario, il affirme que « les gens qui prennent le temps de se former n’abandonnent pas leurs animaux: ils connaissent bien les espèces et ce que ça implique, quelle taille ils atteignent à l’âge adulte. Ils prévoient la place, l’argent et ça mène très rarement à des abandons. On n’a jamais eu d’abandons de personnes capacitaires qui avaient les autorisations nécessaires, par contre on a régulièrement des abandons de gens qui ne sont pas formés et n’ont pas les informations nécessaires au préalable ».
« Typiquement cinq, six, sept ans après l’achat, les centres d’intérêt de leurs maîtres peuvent changer et ils vont se rendre compte qu’ils ont encore l’animal sur les bras », déplore l’éleveur, qui a l’habitude de devoir gérer ce type de situations. « Souvent c’est un animal qui a pris de la taille, du poids, qui peut avoir pris du tempérament ». Alors, par ignorance ou faute de solutions concrètes, certains en viennent à des décisions radicales, comme cela a pu être le cas à Roubaix? Seule l’enquête permettra d’en déterminer les circonstances exactes.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : L’analyse sera enrichie dès que de nouvelles données seront disponibles.

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