
Livraisons d’hydrocarbures paralysées au Moyen-Orient : qui sont les gagnants et les perdants ?
6 mars 2026
L’AMF révise les limites de position applicables sur le contrat dérivé saumon listé sur Euronext
6 mars 2026Après les frappes en Iran, le discours de Macron sur le nucléaire sera doublement scruté par les Européens
PHILIPPE MAGONI / AFP
Emmanuel Macron, ici à Istres pour ses voeux aux Armées le 15 janvier 2026.
Il n’y a pas que des Français qui scruteront l’Île Longue, au large de Brest, ce lundi 2 mars. Le président de la République Emmanuel Macron doit y prononcer un discours sur la doctrine nucléaire française, une tradition pour chaque mandat présidentiel. Six ans après sa première intervention sur le sujet, il se prête à nouveau à l’exercice, mais dans un contexte géopolitique radicalement différent entre le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et le conflit entre États-Unis, Israël et Iran déclenché 48 heures avant l’allocution présidentielle.
« C’est un discours qui se tiendra dans un contexte stratégique, avec la brutalisation du monde, avec un risque de prolifération nucléaire, avec un recul des Américains en Europe », a confirmé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, invitée du Grand Jury de RTL et Le Figaro ce dimanche 1er mars. La porte-parole du gouvernement se garde bien de placer l’Iran au centre du discours. Et pour cause : « La France fait très attention à ne pas réagir à chaud sur le nucléaire. Réagir au moindre événement montrerait une fébrilité et donc un manque de confiance dans notre outil », décrypte pour le HuffPost Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique sur les questions de dissuasion et de défense antimissile.
L’allocution s’inscrira donc dans la lignée du discours du 2020. À l’époque, Emmanuel Macron avait proposé aux Européens un « dialogue stratégique » sur le « rôle de la dissuasion nucléaire française » dans la sécurité collective de l’Europe, en plus d’exercices communs. À l’époque, il s’était heurté à un silence poli, alors que le « parapluie américain » paraissait amplement suffisant.
Un fossé à combler entre les Européens et l’allié américain
C’était sans compter le retour de l’imprévisible Donald Trump, beaucoup moins europhile que son prédécesseur Joe Biden et qui a multiplié les gestes et déclarations peu amicaux envers les Européens. Droits de douane, désengagement militaire et politique vis-à-vis de l’Ukraine ou plus récemment ambitions affichées de s’approprier le Groenland, pourtant sous autorité danoise et donc en théorie sous la protection de l’Otan et des États-Unis, le locataire de la Maison Blanche soigne sa différence.
D’autant que les frappes en Iran n’ont fait que renforcer les dissensions. Rapidement, le Royaume-Uni et la France ont pris soin d’indiquer qu’ils n’avaient été « ni prévenus, ni impliqués » dans la décision américaine de passer à l’action. Et si la majorité des dirigeants, Français en tête, ont pointé la part de responsabilité du régime de Téhéran dans l’attaque israélo-américaine, ils se sont bien gardés de soutenir ouvertement la méthode étasunienne, dont la conformité au droit international interroge.
Conséquence de ce fossé de plus en plus profond entre les méthodes américaines et européennes ? « L’allocution d’Emmanuel Macron sera probablement le discours d’un président français le plus attendu de ces dernières décennies. Car la France est le dernier pilier de stabilité pour de nombreux alliés », pointe Étienne Marcuz. Dans ce contexte, la proposition du chef de l’État d’intégrer « la dimension européenne » dans les « intérêts vitaux » de la France gagne en intérêt.
Rompant avec une Angela Merkel restée discrète, le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué le 13 février en marge d’un sommet à Munich ses « discussions confidentielles » avec le dirigeant français sur « la dissuasion nucléaire européenne ». La Pologne a aussi manifesté son intérêt, de même que la Suède, le Danemark et les Pays-Bas. Le Royaume-Uni, seul autre pays européen à posséder l’arme nucléaire, n’est pas en reste : fin 2025, les parties se sont retrouvées à Paris « pour faire avancer la coopération » dans ce domaine, selon un communiqué de l’Élysée.
Vers des « exercices » et une « coopération » avec des « pays-clés »
Aucune information sur le contenu des annonces de ce lundi n’a été divulguée. Quelques jours avant le discours, l’entourage du chef de l’État anticipait auprès de la presse « un moment important du mandat » avec « sans doute des bascules et des évolutions assez significatives ». Mais plusieurs dossiers, évoqués brièvement par Emmanuel Macron au cours des dernières semaines, peuvent être pressentis.
Tout d’abord, la poursuite de l’initiative ELSA, dont l’acronyme en français signifie « approche européenne sur les frappes de longue portée ». Le 15 janvier, lors de son discours aux armées à Istres, le chef de l’État avait annoncé « poursuivre le travail initié avec les Européens » sur ce projet qui « épaule notre dissuasion nucléaire. » Ensuite, sa volonté, évoquée le 13 février à Munich à la suite des déclarations de Friedrich Merz, d’« articuler » la « doctrine nationale » française grâce à des « coopérations spéciales, des exercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés ». Une augmentation de l’arsenal français, actuellement de moins de 300 armes nucléaires, est également envisagée par certains spécialistes, dans une possible rupture avec la position du chef de l’État qui assumait en 2020 leur réduction, « en cohérence avec le refus de toute course aux armements. »
Une chose, en revanche est certaine : « il n’y aura à aucun moment un partage de la dissuasion » nucléaire française, que ce soit au niveau de sa production ou de la prise de décision, a martelé Maud Bregeon à la veille du discours. Une tentative de clore le débat, vite réapparu dans l’opposition, sur un « partage » qui serait en réalité une perte de souveraineté nationale. À l’opposé, une source élyséenne contactée par le HuffPost à la lumière des frappes en Iran estime que « tout cela démontre bien que dans le monde qui advient, la puissance et la pleine indépendance seront deux forces indispensables. » Étienne Marcuz met cependant en garde sur une focalisation française : « Plutôt que de parler de dissuasion européenne, il faut parler d’architecture globale européenne. La dissuasion en est le socle, elle est nécessaire mais n’est pas suffisante et doit s’inscrire dans une dimension plus large. » Une donnée à prendre en compte, autant par la France que par les autres pays européens.

9999999
