/2026/04/27/69ef039e121ae558514803.jpg?w=150&resize=150,150&ssl=1)
La Chine menace l’Union européenne en cas d’adoption d’un plan « made in Europe » – franceinfo
27 avril 2026
Point recommandations des analystes: Dassault Systèmes, Accor, Worldline
27 avril 2026Emprisonnement du journaliste Mourad Zeghidi en Tunisie : ses soutiens dénoncent un « acharnement »
Analyse : Notre rédaction met en avant les points essentiels à retenir.
Quelques points clés à retenir concernant « Emprisonnement du journaliste Mourad Zeghidi en Tunisie : ses soutiens dénoncent un « acharnement » ».
Récap des faits principaux
Mourad Zeghidi a travaillé durant quatorze ans à Canal + en France, avant de partir en Tunisie et d’y exercer en tant que journaliste politique, notamment pour une émission de la radio IFM. Mais depuis deux ans, il est incarcéré près de Tunis, d’abord condamné pour ses prises de position à la radio, en vertu d’un décret-loi présidentiel visant à lutter contre les « fausses informations » puis pour « blanchiment d’argent et évasion fiscale ». Toutes ses demandes de libération conditionnelle ont été rejetées, sans motif précisé. Suite à son arrestation et celle de son collègue journaliste Bohren Bsaies, « L’Émission impossible », « l’une des plus écoutées du pays » d’après RSF, a pris fin définitivement. En cinq ans, la Tunisie est passée de la 72e à la 129e place dans le classement mondial de la liberté de la presse.
Mourad Zeghidi est jugé en appel ce mardi. Son avocat, Ghazi Mrabet a dénoncé un « procès politique », Reporters sans frontières, « un acharnement judiciaire ». Avec les proches du journalistes, ils réclament sa libération immédiate.
Entretien avec la fille aînée du journaliste, Yesmine Zeghidi.
Cela fait bientôt deux ans que votre père est emprisonné en Tunisie. Pourquoi a-t-il été arrêté ?
C’était le 11 mai 2024. J’étais avec mon père à ce moment-là, dans dans notre domicile à Tunis. Beaucoup de policiers sont venus le chercher à la maison et ils nous ont emmenés au commissariat où ils l’ont gardé en interrogatoire pendant plusieurs heures. Suite à cela, il a été en détention, puis il y a eu un procès et il a été condamné à un an ferme de prison, sur la base d’un texte-décret qui s’appelle l’article 54, qui vise à réprimer, à interdire la diffusion de fausses nouvelles qui peuvent porter atteinte à la sûreté de l’État ou semer la terreur parmi la population. C’est assez loin du travail de journaliste que mon père avait effectué. Ce qui lui a été reproché, ce sont des prises de position, des analyses qu’il avait faites dans le cadre de son travail à la radio, car il était journaliste et chroniqueur à la radio, et également des posts sur Facebook où il avait notamment défendu un collègue journaliste qui avait été arrêté quelques mois auparavant.
Il exerçait en tant que journaliste politique en Tunisie ?
Quand il est rentré en Tunisie [après avoir travaillé comme journaliste sportif pour Canal + en France jusqu’en 2014, ndlr], il a continué à travailler dans le sport pendant un petit moment. Il s’est réorienté au fur et à mesure vers du journalisme plus politique. Donc il était chroniqueur dans une émission sur la radio IFM qui s’appelait « L’Émission impossible », où avec d’autres chroniqueurs, il débattait de sujets politiques, de sujets de société.
Par ailleurs, mon père est connu au sein de la population tunisienne comme étant un spécialiste toujours modéré dans ses analyses, sans particulièrement d’appartenance politique. Il a pu lui arriver de critiquer le pouvoir, comme il a pu lui arriver de le féliciter pour ses actions. Il était toujours très juste dans ses analyses et n’était pas particulièrement un opposant politique.
Il a donc purgé cette première peine de prison et au moment de sortir, il a à nouveau été arrêté ?
En mai 2024, il a été condamné à un an de prison ferme et finalement à huit mois en appel. Donc, il était censé être libéré en janvier 2025. Nous commencions à préparer sa sortie, à le ré-accueillir parmi nous, après huit mois qui avaient déjà été très fatigants et très éprouvants pour notre famille. Et un mois avant sa date de libération, donc début décembre 2024, il est remis sous mandat de dépôt pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. Cela a vraiment été un choc. Et on a commencé à comprendre que cela n’allait pas s’arrêter là, qu’il y avait un acharnement qui visait à le maintenir derrière les barreaux. Suite à ce mandat de dépôt, il a donc passé un an de plus en détention provisoire.
Nous avons pleinement coopéré avec la justice, nous leur avons fourni toutes les preuves qui démontraient bien la vacuité de ces accusations, et qui ne reposaient sur absolument aucun fondement. Et au terme de cette année-là, en janvier 2026, son procès a enfin eu lieu et on pensait vraiment que le cauchemar allait prendre fin, après deux ans enfermé pour des choses qu’il n’avait pas commises, mais il a été condamné à trois ans et demi de prison. C’était vraiment un coup de massue pour lui et pour nous.
Le cas de votre père n’est pas unique, en 2024, il a d’ailleurs été arrêté en même temps que l’un de ses collègues journalistes ?
Je ne le savais pas à ce moment-là parce que j’étais avec lui dans le camion de police et on nous avait coupé de toute communication, on nous avait confisqué nos téléphones. Mais ce que l’on a su après, c’est qu’au moment où mon père se faisait arrêter, son collègue qui est chroniqueur avec lui sur IFM, Borhen Bsaies se faisait lui aussi arrêter et son autre collègue, l’avocate Sonia Dahmani, était également en train de se faire arrêter par la police. Ils ont tous été condamnés. D’ailleurs, une particularité de ces affaires est que celle de Borhen, son collègue, a suivi exactement les mêmes étapes. Ils ont été condamnés aux mêmes peines, les mêmes jours, les mêmes audiences. Et pour les mêmes accusations.
Ces infractions financières sont un moyen fortement utilisé pour justifier des incarcérations qui sont bien sûr injustifiées. Je pense que cela prouve aussi la vacuité de ces peines-là, parce qu’elles n’ont aucun sens et elles ne sont basées sur rien. Entretemps, son autre collègue, Sonia, a été libérée, mais elle vient d’être condamnée à un an et demi de prison. Donc la répression continue et même fortement.
Avez-vous l’impression qu’il existe une importante répression contre la liberté de la presse aujourd’hui en Tunisie ?
Depuis 2021, il y a eu un recul très net de toutes les libertés, pas uniquement de la liberté de la presse. Et je pense que c’est fort dommage pour un pays comme la Tunisie qui a pendant très longtemps incarné cette liberté, cette envie d’avancer, ce progrès. Et aujourd’hui, c’est toute la société civile, tous les avocats, tous les journalistes, tous les militants qui se retrouvent écrasés par cette répression.
Qu’espérez-vous désormais ?
Je veux que les gens réalisent et les autorités notamment, que pour eux, ce sont des jeux de pouvoir, c’est la politique. Pour nous, ce sont nos vies, la vie de notre père qui est en jeu. Nous, cela fait deux ans qu’on vit une demi vie en fait ! Ma sœur et moi, nous sommes jeunes, j’ai 24 ans, elle en a 22. Et notre vie est rythmée par les allers-retours à la prison, à la police, les appels avec les avocats, avec les autorités. C’est une situation qui ne peut pas continuer pour nous. On a épuisé toutes nos ressources à essayer de faire vivre notre père. Parce que, par exemple, nous sommes responsables de lui apporter de la nourriture en prison, nous sommes responsables de lui apporter ses affaires. C’est beaucoup de travail pour un homme qui est innocent ! Et aujourd’hui, nous en appelons à une mobilisation générale pour libérer un homme qui n’a rien à faire derrière les barreaux. On a demandé, bien sûr, l’aide de la France parce que mon père est franco tunisien mais elle ne nous est pas toujours apportée. On est conscients de l’indépendance, de la souveraineté de la justice en Tunisie. Mon père est aussi tunisien et est jugé en tant que tel. Alors, on en appelle aussi aux autorités tunisiennes de reconnaître que ces accusations sont infondées et que cet acharnement n’a pas lieu d’être.
Je voudrais terminer avec un message d’espoir. J’ai retrouvé il n’y a pas très longtemps une phrase que mon père a dit un jour, pendant une interview, c’était que « la plus belle qualité qu’un homme puisse avoir, c’est le courage ». Et aujourd’hui, je veux lui dire à lui aussi de continuer à faire preuve du courage dont il a déjà fait preuve depuis le début, malgré l’injustice, malgré l’enfermement. Je voudrais lui dire que sa droiture et son courage sont plus forts que ce qu’on lui impose et que j’espère qu’on en verra la fin bientôt. Je veux dire aussi à ceux qui lisent d’avoir le courage de ne pas détourner le regard sur cette situation, d’avoir le courage de porter la voix d’un homme, d’un reporter qu’on a voulu faire taire, et aux autorités tunisiennes surtout, d’avoir le courage de faire ce qui est juste et de rendre sa liberté à un homme qui aime son pays profondément, qui n’a fait que son travail et de le rendre surtout à nous et à sa famille qui l’attendons depuis deux ans et qui avons déjà beaucoup enduré.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Quelques éléments à garder en tête pour suivre cette actualité.

9999999