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6 mars 2026Sur les noms de ses adversaires, Mélenchon réhabilite une (vieille) obsession de l’extrême droite
ED JONES / AFP
Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Perpignan le 1er mars.
C’est désormais établi. Pour attirer les projecteurs médiatiques pour mieux les diaboliser, Jean-Luc Mélenchon joue à fond la stratégie de la radicalisation, consistant à pondre une transgression par semaine. Dernier épisode en date, l’étrange ironie sur la prononciation du nom de Raphaël Glucksmann. « Monsieur Glucksman et je ne sais qui encore, Glucksmann pardon…, après j’en ai pour des heures », a-t-il lancé lors d’un meeting à Perpignan ce dimanche 1er mars, en butant sur la façon dont se prononce le nom du fondateur de Place Publique, dont le patronyme est de tradition juive. Rires dans la salle.
Ce qui a provoqué la colère de l’eurodéputé, qui estime que Jean-Luc Mélenchon s’inspire désormais de Jean-Marie Le Pen, lui-même connu pour avoir ironisé sur les noms de ses détracteurs, qu’il s’agisse du ministre Michel Durafour (surnommé « Durafour crématoire ») ou de Patrick Bruel (« le chanteur Benguigui »). « On ne joue pas (…) sur des noms à consonance juive ou à consonance étrangère. Ce n’est pas la tradition de la République », a fustigé ce lundi Raphaël Glucksmann, accusant le fondateur de la France insoumise de frayer « avec les pires codes de l’extrême droite française et de l’antisémitisme ».
Applaudi par Soral
Une référence à la sortie quelques jours plus tôt du même tribun, au sujet cette fois du nom de Jeffrey Epstein, et qui lui a valu une avalanche d’accusations en antisémitisme. En récidivant avec Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon a donc remis une pièce dans la machine. Pour le plus grand bonheur des antisémites les plus virulents. « Il est de mieux en mieux », s’est félicité sur X le polémiste multicondamné Alain Soral, avant d’ajouter : « il me rappelle Le Pen ». Sur le fond, force est de constater que l’importance accordée aux patronymes est contradictoire avec le discours universel porté par la gauche, dont le logiciel est ancré dans la lutte contre les assignations et les déterminismes.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’extrême droite nourrit, depuis plus d’un siècle, une véritable obsession pour la question patronymique. Fin XIXe, l’un des pères de l’antisémitisme français, Édouard Drumont, popularisait le terme « Gamberlé » pour désigner Léon Gambetta, afin d’en faire un agent d’un complot juif ourdi contre la France. Soutien du capitaine Dreyfus pendant l’affaire qui déchira le pays, Joseph Reinach fut rebaptisé « Youssouf Reinach » par la propagande anti-dreyfusarde. Léon Blum, quant à lui, sera affublé du nom « Karfunkelstein » à cette même époque. Un nom qu’il n’a jamais eu, mais qui permettait d’insister sur sa judéité.
Cette passion triste pour les noms a survécu au temps. Les campagnes « Ali Juppé » ou « Farid Fillon » lancées en 2017 par la fachosphère et reprises par le Front national en témoignent. Tout comme la promesse de campagne faite par Éric Zemmour lors de la présidentielle de 2022 : interdire aux parents français de donner des prénoms étrangers à leurs enfants. Certes, Jean-Luc Mélenchon (et heureusement pour son camp et ses soutiens) ne va pas si loin. Pour autant, il réhabilite l’idée qu’une discussion lancée sur la base d’un nom est acceptable dans le débat démocratique. Ce qui fait, logiquement, bondir la gauche intellectuelle.
Rare mea culpa
« La banalisation du racisme, la xénophobie ordinaire comme le vieil antisémitisme ont toujours fait commerce de la chasse au nom propre comme stigmate de l’origine. C’est une façon de renvoyer l’autre à une identité irréductible », s’alarme sur X le fondateur de Mediapart Edwy Plenel, qui dans un billet, analyse le virage pris par le leader insoumis comme une volonté manifeste de flatter « les instincts les plus bas, faisant droit aux passions plutôt qu’à la raison, aux préjugés plutôt qu’à la connaissance, aux ignorances plutôt qu’à la conscience ».
Même consternation exprimée par la gauche institutionnelle. « Tout ça finira mal… Je ne peux m’empêcher de penser à toutes celles et ceux qui ont suivi sincèrement la France insoumise et qui ne souhaitent pas être entraînés dans ce qui n’est plus un dérapage mais une stratégie qui dérive sur les eaux brunes de l’antisémitisme », déplore le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, à l’instar de plusieurs parlementaires de son parti. Une pression telle que Jean-Luc Mélenchon a fait quelque chose qu’il déteste faire en temps normal : battre en retraite.
Sur X, le candidat putatif à la présidentielle plaide l’erreur, et fait amende honorable : « J’ai déformé par erreur beaucoup de noms dans ce discours : celui de notre candidat Mickaël Idrac, Violette Spillebout, Raphaël Glucksmann, Clinton et Trump. Celui de Glucksmann provoque des réactions alors même que j’ai rectifié sur-le-champ. J’en suis le premier désolé pensant à ceux que cela blesse. Je retiens la leçon. On ne m’y reprendra pas ».
Un rare mea culpa qui tranche avec la position exprimée jusque-là par ses lieutenants, qui préféraient plutôt mettre l’accent sur une autre partie de son discours perpignanais. Celle où Jean-Luc Mélenchon proclame « nous sommes semblables » et répète que « la religion n’a rien à voir avec la politique ». Et, qu’en cela, il apporterait de manière éclatante sa pierre à l’édifice de la lutte contre l’antisémitisme. Comme si la haine antisémite s’abattait exclusivement sur des personnes pratiquantes et non, justement, sur la base de… patronymes.

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