
Sébastien Lecornu Premier ministre
6 mars 2026Wall Street vue en baisse avec le Moyen-Orient, l’Europe vers sa pire semaine en près d’un an
6 mars 2026
Face à la multiplication des scandales alimentaires, de nombreux Français ont développé une véritable nutri-anxiété en allant au supermarché. Désormais, ils surveillent de près toutes les étiquettes.
Après l’éco-anxiété, le fait d’être angoissé face au changement climatique, voici la nutri-anxiété, l’inquiétude face à ce que l’on retrouve dans son assiette. Et les Français sont de plus en plus angoissés par leur nourriture.
Selon une étude publiée par la fondation Jean-Jaurès durant l’été 2025, deux Français sur cinq estiment que la qualité des produits qu’ils consomment s’est dégradée ces cinq dernières années. La faute notamment à l’hyperindustrialisation et aux nombreux scandales sanitaires comme l’affaire Buitoni ou encore les cas d’intoxications alimentaires à la bactérie E. coli dans l’Aisne, qui avaient fait des victimes chez des enfants.
« On constate que 8 produits sur 10 sont ultratransformés en France. Il y a des problèmes sur la qualité de l’offre alimentaire », souligne Pierre Slamich, cofondateur de l’associaton Open Food Facts, au micro de RMC.
« Il y a quand même une bonne nouvelle: avec l’instauration du Nutri-score, les industriels commencent à reformuler en reduisant le sel, le sucre, le gras et les additifs », souligne-t-il.
Le cauchemar du supermarché
Cette anxiété alimentaire est assez simple à constater. Dans un supermarché bio de Rennes (Ille-et-Vilaine), les clients sont devenus particulièrement attentifs à leurs achats. Ils sont nombreux à scruter de près la composition des aliments.
« J’ai acheté ce paquet de jambon sans sel nitrité parce que j’ai lu que ce n’était pas bon et potentiellement cancérigène », explique un client au micro de RMC Story.
« Je suis enceinte. Évidemment, on n’a pas envie de leur donner n’importe quoi. C’est assez dingue de trouver encore des choses dans les rayons bourrées de sucres, d’additifs et de colorants », souligne une passante qui a deux enfants.
« On a pris la décision de faire plus attention aux étiquettes et aux provenances. J’étais angoissée, mais moins aujourd’hui », souligne-t-elle.
Parmi les nombreux problèmes de santé liés à l’alimentation à base de produits ultratransformés, l’obésité est l’un des plus graves. En l’espace de deux décennies, le taux d’obésité est passé de 8,5 % chez les adultes en 1997 à 17% en 2020.
Pour lutter contre cette prolifération, les gouvernements poursuivent depuis 2001 le Programme national nutrition santé (PNNS). Sa cinquième version, initialement attendue en 2025, est toujours en cours d’élaboration et devrait se prolonger jusqu’en 2030. Ses grandes lignes ont été dévoilées avec la Stratégie nationale pour l’alimentation, publiée le 20 février 2026: elle fixe notamment l’objectif d’augmenter la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, et vise une cible de 12% de consommation de produits bio en moyenne pour l’ensemble de la population.
Les consommateurs misent sur l’autosuffisance
Dans les campagnes, certains consommateurs vont encore plus loin. À Lamballe (Côtes-d’Armor), le jardin de Florence Goulley s’est transformé en véritable pépinière.
« Je fais mon propre compost. Théoriquement, je pourrais l’utiliser, mais il faut laisser la nature faire », présente-t-elle au milieu de son terrain verdoyant, même en plein hiver.
Cette ancienne enseignante en lycée agricole s’est installée il y a vingt ans sur ce terrain de trois hectares. Aujourd’hui, grâce à son verger, ses oies, ses ruches et son potager, elle vit quasiment en autonomie alimentaire.
« On ne sait pas ce qu’on a dans notre assiette. Est-ce que c’est bon à manger? », s’interroge-t-elle. « On est pieds et poings liés avec la grande distribution. J’ai voulu retrouver une certaine liberté et savoir ce que je mets dans mon assiette! »
« On peut continuer à se souhaiter bon appétit et non pas bonne chance »
De plus en plus éloignés dans la chaîne de production, les consommateurs ne savent plus vraiment comment les aliments sont fabriqués. Mais malgré la multiplication des scandales et la profusion d’informations sur le sujet, il est important de relativiser.
« Pour ce qui est de la sécurité sanitaire des aliments, le risque de mourir d’une intoxication bactérienne est infiniment moins important qu’il y a encore quarante ans », explique Eric Birlouez, sociologue de l’alimentation, au micro de RMC. « En France, on peut continuer à se souhaiter bon appétit à table et non pas bonne chance. »
Certes, à long terme, l’impact de certaines molécules est encore assez méconnu, reconnaît le spécialiste. Pour éviter les risques, il recommande, comme beaucoup d’autres, de limiter les produits transformés et de privilégier le fait maison pour se rassurer.

9999999
