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Notre équipe met en lumière les éléments clés de « Proche-Orient: le Golan syrien, autre front de la colonisation israélienne ».
Résumé des éléments principaux
Alors que Damas dit envisager des négociations avec Tel-Aviv au sujet du plateau du Golan, le gouvernement israélien vient d’approuver un plan allouant 334 millions de dollars à l’installation de nouveaux Israéliens sur le territoire occupé. Un signe supplémentaire de la poursuite sans précédent de la colonisation israélienne en toute impunité.
« Israël viole l’accord de désengagement de 1974*, et aujourd’hui nous œuvrons à parvenir à un accord de sécurité qui garantisse son retrait des territoires qu’il a occupés après la chute du régime et son retour aux lignes de 1974 », déclare le 17 avril dernier Ahmed el-Charaa lors d’un forum diplomatique en Turquie.
Une déclaration qui a tout l’air d’un coup d’épée dans l’eau au vu des prétentions d’Israël à étendre toujours plus son territoire dans le cadre de sa politique expansionniste. Depuis la chute en décembre 2024 du président Bachar el-Assad et la prise du pouvoir par une coalition islamiste en Syrie, Israël a envoyé illégalement des troupes dans une zone tampon patrouillée par l’ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.
Israël occupe la majeure partie de ce territoire syrien, quelque mille kilomètres carrés, lors de la guerre de 1967, puis l’annexe en 1981. Depuis le 7 octobre 2023, Tel Aviv s’est approprié 400 kilomètres carrés de terres syriennes supplémentaires.
Israël impose ses velléités d’appropriation sur le Golan
Depuis plus d’un an, les forces israéliennes occupent le territoire syrien au-delà de la ligne de désengagement de 1974, elles établissent plusieurs positions militaires à l’intérieur de la Syrie et mènent des raids terrestres, des frappes aériennes, etc. Et depuis 1967, Israël refuse aux Syriens déplacés le droit au retour dans leurs logements sur le plateau du Golan. D’après le gouvernement de Damas, des centaines de milliers de Syriens ont ainsi été déplacés.
De nombreux témoignages recueillis par RFI dans le sud de la Syrie font état de tirs d’obus meurtriers, de terres délibérément brûlées au glyphosate, de multiplication des check-points israéliens, etc. De son côté, Human Rights Watch rapporte le déplacement forcé de résidents syriens de villages situés dans la zone nouvellement occupée : des soldats israéliens entrent dans des villages proches de la ligne de séparation, en menaçant des familles avec leurs armes ; ils forcent des habitants à partir sans leur permettre d’emporter leurs biens, des bulldozers israéliens rasent ensuite des maisons pendant la nuit, détruisant les vergers et les jardins qui les entouraient. Les forces israéliennes arrêtent également arbitrairement des civils syriens, et les transfèrent en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret en violation de toutes lois et conventions.
Bientôt 3 000 nouvelles familles de colons
Et Israël ne semble pas près de s’arrêter. D’autant que pour Tel-Aviv, le plateau du Golan est un territoire stratégique à plus d’un titre : il garantit le contrôle de ressources hydriques du lac de Tibériade et des sources du Jourdain situées sur le flanc occidental du Mont Hermon. Aussi, sur le mont Hermon, un poste militaire israélien, surnommé « les yeux d’Israël », a été installé à 2 200 mètres d’altitude afin de contrôler les activités militaires libanaises et syriennes.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu signifie régulièrement qu’il n’a aucune intention de restituer à la Syrie la partie du Golan conquise illégalement. En décembre 2024, il déclare ainsi que ce territoire appartient à Israël « pour l’éternité ».
Preuve en est du dernier événement en date. Ce 17 avril, jour même de la déclaration du président syrien qui envisage des négociations avec Tel-Aviv, le gouvernement israélien approuve un plan quinquennal allouant 334 millions de dollars à l’installation de milliers de civils israéliens – environ 3 000 nouvelles familles de colons – vers le plateau du Golan.
Le projet consiste à développer la colonie de Katzrin, créée en 1977, pour en faire ce que les responsables décrivent comme la « première ville » du Golan. Israël envisage de financer des infrastructures, des logements, des services publics, des établissements universitaires et des établissements médicaux spécialisés.
Vers un énième crime de guerre
Quelques jours après l’annonce de plan, le 22 avril, une quarantaine d’Israéliens pénètrent en Syrie. Selon la télévision publique israélienne Kan, il s’agit de militants appartenant au groupuscule « Les pionniers de Bashan », qui prônent l’établissement de colonies israéliennes dans le sud de la Syrie. Sur X, ils postent une vidéo ainsi qu’une photo montrant leurs militants sur un toit près du village syrien de Hader en indiquant : « Sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme. Nous sommes ici jusqu’à ce qu’ils laissent nos familles entrer pour y vivre ». Si l’armée israélienne appréhende ces hommes et condamne « fermement cet incident », le plan annoncé de développement de la colonie de Katzrin semble pourtant aller dans le sens de cette volonté d’extension sans limites, illégale au regard du droit international.
Car cette décision constitue clairement une déclaration d’intention de commettre des crimes de guerre. « Le gouvernement israélien vient d’allouer des fonds publics à ce qui constituerait un crime de guerre en Syrie (…) Un transfert permanent de population vers le territoire syrien violerait le droit international, et aurait de graves implications pour les Syriens déplacés de longue date », déclare dans un communiqué de presse Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch.
Si les États-Unis sont, depuis 2019, le seul pays au monde à reconnaître l’annexion présumée de ce territoire par Israël, l’UE et ses États membres reconnaissent le plateau du Golan syrien comme un territoire occupé, conformément à la résolution 497 de l’ONU de 1981. Et au regard du droit international, le plateau du Golan reste aussi un territoire occupé.
Des méthodes similaires au-delà de la Syrie
Au-delà de la Syrie, Israël applique des méthodes similaires de déplacements massifs des populations et d’occupation à ses frontières. Au Liban, l’État hébreu ne cachait pas fin mars son intention d’occuper le sud du pays jusqu’au fleuve Litani, situé entre 4 et 30 kilomètres de sa frontière, soit 10% de la superficie du Liban. Au moins 2 490 personnes ont été tuées et 7 725 blessées depuis le « cessez-le-feu » du 2 mars, selon un bilan établi le 24 avril par le ministère de la Santé libanais. Ce 28 avril, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, affirme que le sud du Liban est désormais « traité comme Gaza ». En quelques semaines, Israël est parvenu à occuper plus du Liban que la Russie n’occupe d’Ukraine depuis 2022.
Dans la bande de Gaza dévastée par plus de deux années de bombardements, Israël envisage de garder le contrôle sur environ 53% du territoire de 365 km², instituant une zone tampon permanente interdite à tout Palestinien. En Cisjordanie, l’expansion n’a jamais été aussi violente et rapide. Début avril, Israël approuve la construction de 34 nouvelles colonies, soit la plus importante expansion de ce type en Cisjordanie à ce jour. Depuis 2022, date à laquelle est entré en fonction l’actuel gouvernement israélien, le nombre total de colonies illégales a augmenté de 80%, passant de 127 à 229. Quelque 500 000 colons juifs sont actuellement installés illégalement en Cisjordanie occupée, où résident plus de trois millions de Palestiniens. Ils sont 350 000 à Jérusalem-Est. Cette colonisation sans précédent s’inscrit dans une ligne assumée par les ministres d’extrême droite Smotrich et Ben Gvir, tous deux partisans de l’annexion.
Qui pour arrêter Israël ?
Rien ne semble stopper Israël dans sa course expansionniste. L’UE, qui dispose de puissants outils de pression – accords commerciaux, transferts d’armes etc. –, se refuse toujours à les utiliser. Mi-avril, une initiative citoyenne européenne (ICE) demandant la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël a pourtant franchi le cap symbolique du million de signatures.
Quant au président des États-Unis Donald Trump, il répond en février à un observateur qui lui demande s’il est favorable à une annexion de la Cisjordanie par Israël : « Je ne vais pas parler de cela », ajoutant néanmoins qu’Israël est « un très petit pays en termes de territoire ». Le territoire actuel d’Israël – environ 22 000 km² – est aujourd’hui plus étendu de 57% que le territoire de l’État juif de 1947.
« Le plan israélien du 17 avril [dans le Golan, NDLR] est le résultat prévisible lorsqu’une puissance occupante est convaincue que son impunité perdurera », insiste HRW. Dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban ou en Syrie, Israël poursuit donc au grand jour son expansion dans une logique de conquête territoriale. Les partisans du « Grand Israël » redessinent ainsi les contours du Proche-Orient, et ce en toute impunité. Cette colonisation est régulièrement dénoncée par les Nations unies, non seulement comme illégale, mais aussi comme l’un des principaux obstacles à une solution de paix durable entre Israéliens et Palestiniens. Une dénonciation qui s’applique plus que jamais aujourd’hui au Liban et à la Syrie.
*Signé le 31 mai 1974, l’accord entre Israël et la Syrie a officiellement mis fin à la guerre du Kippour. Il stipule que les deux pays maintiennent le cessez-le-feu et restituent les prisonniers de guerre des deux côtés.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : L’équipe éditoriale restera vigilante et partagera ses observations.

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