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6 mars 2026Lynché et séquestré pendant 3 heures dans une épicerie de Perpignan : il avait dealé 20 euros de shit dans leur quartier
L’affaire devait être jugée devant une cour criminelle. Mais, après requalification, huit hommes, dont sept en détention provisoire et un sous contrôle judiciaire, âgés de 22 à 47 ans, ont finalement comparu ce jeudi 5 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Perpignan. Ils devaient répondre de l’agression avec une extrême violence d’un jeune homme dans le quartier Saint-Mathieu en décembre 2022. Sur fond de guerre de territoire entre dealers.
Trois jeunes hommes ont déposé plainte dans ce dossier. Or, ce jeudi, l’un a quitté la région par crainte de représailles. L’autre ne se présente pas, ni même son avocat. Et le dernier arrive dans le tribunal par une porte dérobée pour s’asseoir au premier rang secoué de tremblements. Puis il quitte la salle au bout de 20 minutes à peine. Pris par la peur, plus de trois ans après, face aux huit hommes qu’il a désignés comme les auteurs de son agression d’une violence rare, digne d’un scénario de guerre des gangs.
Le décor, lui, ne dépasse pas les limites du quartier Saint-Mathieu à Perpignan. Ce 7 décembre 2022, voilà quelques mois que la victime y écoule des stupéfiants. Après tout, personne n’y trouvera rien à redire, pense-t-il, le point de deal « officiel » est à l’arrêt. Ce jour-là, à un inconnu qui l’accoste, il revend pour 20 euros de shit. Quand un groupe de 5 à 6 individus lui tombe dessus rue Grande la Monnaie. Ils le rouent de coups, lui volent son vélo, sa sacoche, son casque, son cannabis et 150 euros en billets qu’ils déchirent devant ses yeux. Puis, ils l’entraînent de force dans une épicerie des environs.
« L’un d’entre nous va tirer une balle dans le genou d’un de vous deux. Tu choisis lequel »
« Là, ils m’assoient sur une chaise, ils ferment la boutique et ils me tabassent », racontera le jeune homme. Au total, l’enfer dure plus de trois heures. Pour qui charbonne-t-il ? Et avec qui ? Où cache-t-il sa marchandise ? L’interrogatoire commence, sous une pluie d’insultes, de menaces en tous genres, y compris de viol ou d’aller demander une rançon chez ses parents, mais aussi de gifles et de coups.« Toi, tu es blanc, tu n’as qu’à travailler à la mairie », lui lance l’équipe qui fouille son téléphone, appelle un de ses amis. « Si tu veux pas venir, ton collègue, tu le reverras pas. » Le copain arrive. Le déferlement de violences redouble. Avec tout ce qui leur passe sous la main, » boules de pétanque, béquilles, et une grande barre en fer pour frapper dans les genoux « , outre « les brûlures de cigarettes. »
« À un moment, un des gars a dit : « l’un d’entre nous va tirer une balle dans le genou d’un de vous deux. Tu choisis lequel », poursuit le jeune homme dans son audition. « J’ai dit : ‘vas-y, tire-moi dessus’. Il a répondu : ‘Ne joue pas le superhéros’ et ils ont recommencé à taper. » Les agresseurs changent de mode d’intimidation. Le chef de bande exige qu’il travaille pour eux à titre gratuit, « sinon, si on te croise dans la rue, on va te tuer à la kalach ». « Je joue le jeu pour éviter qu’ils ne me frappent à nouveau », confie encore la victime qui est amenée à un distributeur de billets pour retirer 450 euros, puis est déposée par deux des individus à proximité de l’hôpital. Dans un état « impressionnant », décrit le président. Quasi totalement défiguré, le nez fracturé, des ecchymoses et des lésions sur tout le corps, en état de sidération absolue, le jeune homme accepte de lâcher quelques mots : » C’est juste une histoire de territoire »…
« À la base, on était des enfants de la rue, on vendait la drogue entre copains »
Considéré comme « le donneur d’ordre », Medhi H.K., 17 mentions au casier et près de 10 ans de prison cumulés, s’est défendu d’avoir joué ce rôle tout en s’affichant dans le box comme un meneur. » Le four de Saint Mathieu c’est moi qui l’ai ouvert et c’est moi qui l’ai fermé. Je ne voulais plus qu’il y ait un vendeur de drogue dans le quartier », lance-t-il. « Pourquoi, vous êtes le justicier du quartier ? » rétorque le président. « À la base, on était des enfants de la rue, on vendait la drogue entre copains. Il y a eu une guerre avec les Marseillais. Ça allait trop loin. J’ai arrêté. Mais chez nous, il y a pas de chef ou de général. Là, je reconnais on a fait de la merde. Tout est parti en cacahuètes, j’ai cru pouvoir gérer mais non. Interdisez-moi de Perpignan, mettez-moi le plus loin possible « , poursuit-il, se tournant vers ses comparses. « On a été lâches. Ayons le courage d’assumer ce que l’on a fait. »
Sans grand succès. Houcine B. se dit « innocent ». Nassim B. et Tahar Y. maintiennent qu’ils n’étaient pas là. Tous deux issus de la cité Clodion, Kilyan T. et Mohammed S., racontent qu’ils passaient par là « acheter une boisson ». « J’ai posé une question à ce gars. Il m’a répondu arrogamment. Je lui ai mis trois gifles. Je me suis laissé emporter », explique le premier. « La seule chose que je me reproche c’est de ne pas être intervenu », assure le second. Et le gérant de l’épicerie Djamel B. ne sait toujours pas pourquoi il « n’a pas bougé ». « Ils s’amusaient à des jeux », dit-il. « C’est vrai que le jeune était un peu amoché. Mais je l’ai soigné, le lui ai donné à boire et à manger. » Seul, Achrafe H., endosse une petite part de responsabilité d’un air désabusé. « Je l’ai frappé mais que dans l’épicerie. »
Rien qui n’ait convaincu le tribunal. Après 11 heures d’audience, Medhi H.K. (défendu par Me Parra-Bruguière) a été condamné à 5 ans ferme (7 ans requis) et, selon ses voeux, à une interdiction de paraître dans les P.-O. durant 3 ans. Quatre autres (assistés par Mes Djorfe, Bardet – Barrau, Bissière et Beaufigeau) ont écopé de 3 ans ferme. Une peine de 30 mois a été prononcée contre deux d’entre eux (représentés par Mes Saidi et Sammartano). 4 ans avaient été réclamés contre chacun d’eux. Enfin, conformément aux demandes du parquet, l’épicier, défendu par Me Falchi, a été condamné à 20 mois de prison ferme, assorti d’une interdiction d’exercer une activité commerciale pendant 5 ans. Il est le seul à ne pas être écroué.
La victime, par la voix de son avocat Me Nicolas Nassier, a obtenu réparation de son préjudice moral et matériel.

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