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2 mai 2026Analyse : Notre rédaction partage quelques observations générales.
Notre équipe propose un aperçu rapide des éléments de « L’Iran, hier et aujourd’hui | France Culture ».
Résumé pour le lecteur
Cette semaine, Alain Finkielkraut reçoit Stéphanie Roza, chargée de recherche en philosophie politique, et l’islamologue Christian Jambet. « Depuis plus de 45 ans maintenant, le peuple iranien vit sous le joug d’une théocratie inflexible, où toute liberté d’opinion et d’expression, toute égalité des sexes, toute mixité, et même toute joie de vivre, sont pourchassées et punies férocement« , écrivent Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli dans Lumières et anti-Lumières en Iran (PUF, 2026). Comment en est-on arrivé là ? Pour répondre à cette question, il faut revenir à 1979 : le retour triomphal de l’ayatollah Khomeini à Téhéran, la chute de la monarchie Pahlavi, puis la fondation de la République islamique après un référendum remporté avec 99 % des voix.
1979 : la révolution confisquée
Pour Stéphanie Roza, la chute du Chah s’explique d’abord par le rejet d’ »une dictature, certes modernisatrice, mais une dictature qui enferme les opposants politiques, qui les pourchasse, qui les assassine« . À ce rejet s’ajoute, dit-elle, le rôle d’ »une partie du clergé chiite, lié aux Frères musulmans d’un facteur de vue idéologique« , qui a pu organiser la résistance au Chah à partir des années 1960. La gauche iranienne, elle, « n’a pas su s’opposer à la vague montante des khomeinistes« .
Christian Jambet revient sur ce que Michel Foucault avait appelé la « volonté collective » du peuple iranien. Il y voit une réalité « ponctuelle et unifiée« , mais trompeuse, puisqu’elle « cachait la vérité qui allait apparaître très vite« . Selon lui, Khomeini n’incarne pas le chiisme dans son ensemble : il est « l’inventeur d’une innovation théologique« , celle de « l’autorité du juriste suprême« , soit « la réduction de la religion à l’application stricte de la charia comme constitution de l’État« .
Lumières iraniennes, anti-modernité islamiste
L’Iran n’est pas étranger à la modernité politique. Stéphanie Roza rappelle qu’il est « le premier pays du Moyen-Orient à connaître une révolution constitutionnaliste« , avec un code civil inspiré des législations européennes. Mais cette volonté modernisatrice est ensuite « confisquée par le Chah« , puis compromise par l’ingérence des puissances étrangères, notamment autour du pétrole. Le renversement de Mossadegh, après la nationalisation du pétrole, devient pour une génération d’intellectuels iraniens la preuve que « la modernisation n’est pas pour l’Iran« , qu’elle serait synonyme « d’aliénation économique, mais aussi culturelle« .
Christian Jambet revient sur la structure historique du pouvoir en Iran. Il rappelle qu’il existe « deux grands principes de souveraineté« , « la monarchie d’une part, le pouvoir religieux au nom de l’imam d’autre part« , qui ont longtemps cohabité, la figure royale s’accommodant « d’un certain rapport avec des religieux qui ne voulaient pas intervenir en politique« . Cet équilibre est rompu au XXe siècle lorsque le clergé adopte une ambition politique directe : la révolution iranienne marque alors « le triomphe provisoire » du pouvoir religieux et l’avènement « d’une politique qui fait mine d’être le véhicule de réalités spirituelles, mais qui en réalité est une politique dictatoriale« .
C’est dans ce contexte qu’une partie des opposants cherche une autre voie dans l’islam. Pour Stéphanie Roza, l’islamisme n’est pourtant pas un retour pur et simple à la tradition, l’islam politique étant « une création moderne« . Il naît en réaction à la modernité, mais qui est aussi inspiré par « la structure politique des organisations fascistes, par leurs manières de militer, par leur culte du chef, et bien évidemment par l’antisémitisme« .
Le peuple iranien contre la République islamique
Aujourd’hui, la République islamique ne suscite plus l’élan de 1979. Stéphanie Roza évoque « une résistance incroyable du peuple iranien à tout ce que le régime leur déverse comme propagande« . Elle rappelle que « les Iraniens ne veulent plus aller à la mosquée« , que « 50 000 mosquées ont fermé en quinze ans« , et que les femmes non voilées sont souvent défendues dans la rue. Le slogan « Ni Gaza, ni Liban, ma vie pour l’Iran » dit, selon elle, le rejet d’une politique étrangère qui finance des organisations armées au détriment du pays.
Christian Jambet insiste lui aussi sur ce divorce profond entre le régime et la société. « Personne n’a en tête les peuples de l’Iran« , déplore-t-il, pointant l’angle mort du regard occidental. Il rappelle que les Iraniens sont « des peuples cultivés« , lisant « Derrida » ou « Ricœur« , et souligne la « forme de solitude » dans laquelle ils se trouvent face à une répression qui continue. S’interrogeant sur « l’insensibilité à la répression et à la violence extrême » du régime, il juge qu’ »identifier de quelque manière que ce soit la République islamique à une forme d’émancipation est une imposture évidente« .
Pour Stéphanie Roza, cette absence de solidarité tient à un vieux réflexe idéologique : « la solidarité avec le peuple iranien ne permet pas de blâmer les États-Unis et Israël« . Elle ajoute que « le schéma classique anti-impérialiste est mis à mal par le peuple iranien, qui ne rentre pas dans le narratif anti-occidental et anti-impérialiste caricatural auquel malheureusement on est confronté« , alors que « l’Iran des mollahs est un impérialisme qui joue un rôle déstabilisateur, dangereux, meurtrier dans toute la région« .
Sources bibliographiques
- Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran, PUF, 2026.
- Christian Jambet, L’ordre de l’être. Providence et platonisme dans la philosophie iranienne, CNRS éditions, 2025.
- Ferghane Azihari, L’Islam contre la modernité, Presses de la Cité, 2026.
- Michel Foucault, Dits et écrits. 1954-1988, tome III : 1976-1979, Gallimard, 1994.
La semaine prochaine, Alain Finkielkraut recevra Élie Barnavi et Elias Sanbar, dans une émission intitulée « Israël/Palestine, avec Élie Barnavi et Elias Sanbar ».
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Notre équipe continuera à suivre l'évolution de cette actualité.

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