
Qui est ce Français qui risque la peine de mort en Malaisie ?
7 mars 2026
SAN-2026-01 – Décision de la commission des sanctions du 31 décembre 2025 à l’égard de la société M Capital Partners, de M. Rudy Secco et de Mme Stéphanie Minissier
7 mars 2026
MARTIN BERTRAND / Hans Lucas via AFP
Aux municipales 2026, le sujet brûlant de l’éclairage public nocturne est un « faux dilemme ». (Photo d’illustration, d’un rond-point illuminé, à Sainte-Marie-la-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, le 13 août 2023.)
• Des études montrent que l’extinction des lumières n’augmente pas la délinquance, mais le sentiment d’insécurité persiste, surtout chez les femmes.
• La pollution lumineuse nuit à la biodiversité, affectant insectes, oiseaux et plantes. Des projets comme LUNNE cherchent des compromis, proposant des solutions telles que l’éclairage LED ajustable et la modification des horaires d’extinction.
Un débat électrique. À dix jours des élections municipales, les 15 et 22 mars, certains sujets sont plus brûlants que d’autres, à l’instar de l’éclairage public nocturne. Pour faire des économies d’énergie ou répondre à un enjeu écologique, des milliers de maires ont choisi, au cours de leur dernier mandat, de plonger leur ville dans le noir quand les espèces crépusculaires sortent le bout de leur nez. Une décision qui n’est pas toujours comprise par les administrés.
Le sujet crispe par exemple à Bordeaux. Dans cette ville du sud-ouest, le maire écologiste Pierre Hurmic avait annoncé, en janvier 2023, éteindre « 57 % du parc lumineux entre 1 h et 5 h du matin ». En France, nombreuses communes avaient pris le même virage en 2022 et 2023, explique le chercheur Roland Brémond, spécialiste de la vision à l’Université Gustave Eiffel, au HuffPost : « avec la guerre en Ukraine et la hausse des prix de l’énergie, une vague de villes ont éteint ou réduit la période de l’éclairage artificiel ».
Trois ans plus tard, Pierre Hurmic a finalement fait marche arrière, car « nous n’avions pas mesuré le sentiment d’insécurité que cela allait engendrer », justifie l’élu à franceinfo. C’est pourquoi l’éclairage public à Bordeaux est prolongé jusqu’à 2 h 30 du matin depuis le 1er mars. Ce revirement intervient alors que le candidat d’opposition Thomas Cazenave, député Renaissance, promet -s’il est élu- de rallumer dans tous les quartiers.
Pas plus de délinquances, mais un vrai « sentiment d’insécurité »
L’« insécurité » est souvent citée comme argument pour faire fonctionner à nouveau les réverbères. Opposé à l’équipe écologiste sortante à Strasbourg, le candidat Modem-Horizon Pierre Jakubowicz écrit, par exemple, noir sur blanc dans son programme : « La lumière n’est pas un simple confort : elle est un facteur de sécurité. »
Cependant, cet argument a été démenti par une étude française publiée en février 2026. Menée par la doctorante en économie de l’environnement Chloé Beaudet, qui a analysé les statistiques de la délinquance des communes de plus de 1 500 habitants entre 2017 et 2023, elle démontre qu’éteindre la lumière la nuit en ville n’augmente pas les « dégradations et destructions volontaires, violences sexuelles, vols non violents, vols de véhicules et d’accessoires ainsi que le trafic et usage de stupéfiants. » Ses travaux relèvent toutefois un « effet limité » de l’extinction des feux sur le nombre de cambriolages, « avec environ un cambriolage supplémentaire par tranche de 3 000 logements ».
Si l’augmentation de la délinquance n’est pas donc pas vérifiée dans les communes ayant choisi d’éclairer moins, le « sentiment d’insécurité » est en revanche, lui, bien réel et ressenti par de nombreuses femmes. « Un discours latent persiste sur le fait qu’il est dangereux pour les femmes de sortir le soir. S’y ajoute l’expérience personnelle de beaucoup de femmes, ce n’est pas juste un fantasme ou quelque chose qu’elles ont vu à la télévision », rappelle Marie-Dominique de Suremain, sociologue et urbaniste, spécialiste des questions du rapport entre genre et espace public, interrogée par Le HuffPost.
L’urbaniste prône les « marches exploratoires », un dispositif qu’elle a pensé avec la sociologue Dominique Poggi. Cela consiste à déambuler aux côtés de femmes pour « identifier les endroits perçus comme dangereux qu’elles évitent, les stratégies d’évitement qu’elles développent », puis construire avec elles des « solutions » à soumettre aux élus locaux, avec des photos, des cartes, des propositions, etc.
Animaux et plantes ont leur mot à dire
Pour Marie-Dominique de Suremain, allumer la lumière nuit et jour n’est en tout cas pas la bonne solution pour rassurer les citoyennes. Car celle qui se présente aussi comme « écologiste » rappelle les méfaits de la pollution lumineuse sur la biodiversité.
« La lumière artificielle est l’une des manières dont l’Homme perturbe les milieux naturels depuis la Révolution industrielle », regrette aussi Roland Brémond, spécialisé dans l’étude des effets de la lumière artificielle nocturne. Ce chercheur ajoute que la lumière nocturne provoque un « déplacement d’équilibre dans un écosystème ». Avec un exemple concret, il détaille ce concept : « quand il y a des lampadaires, des insectes se massent et attirent des chauves-souris qui ne seraient pas venues sinon. La lumière a un impact indirect : elle attire certaines espèces, en repousse d’autres ».
Non seulement un piège à insectes, la lumière perturbe bien d’autres espèces. Le « halo lumineux » généré par les villes déroute les oiseaux migrateurs qui n’arrivent plus à s’orienter par rapport aux étoiles qui apparaissent moins brillantes, pointe Roland Brémond. Les poissons aussi sont affectés : « leur mélatonine est perturbée même avec une petite quantité de lumière » détraquant leur horloge biologique, souligne Kamiel Spoelstra, auteur d’un article de Science sur les conséquences du manque d’obscurité, auprès du Monde. Dans ce même journal, Jennifer Amsallem, ingénieure d’étude à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), appelle à ne pas oublier les effets néfastes sur les plantes : « certains végétaux s’épuisent s’ils sont près des lampadaires parce qu’ils sont constamment en photosynthèse. »
Mais comment concilier les maux des animaux et des végétaux avec les besoins des humains ? C’est justement l’objet de recherche du projet La Lumière la Nuit Nuit à l’Environnement (LUNNE), soutenu par l’Agence nationale de la recherche et coordonné par Roland Brémond. Ce dernier concède qu’il n’est pas aisé de trouver un compromis : « même les animaux entre eux n’ont pas les mêmes besoins. Certaines espèces sont plus sensibles aux UV, d’autres à la couleur bleue, par exemple. Si on fixe un enjeu de protection des hérissons et qu’on met en place un éclairage qui leur est favorable, ce sont les crapauds qui peuvent morfler ».
Un « faux dilemme »
Mais l’entente entre tous les habitants, humains comme non humains, n’est pas impossible, a pu constater le scientifique. Un faisceau de solutions existe : « réduire l’éclairage, modifier les horaires d’extinction, passer au LED, changer les couleurs d’éclairage (certaines couleurs perturbant moins les animaux ndlr), mettre des caches sur les lampadaires, utiliser la végétation comme masque… », cite Roland Brémond. Parfois, il suffit de « tailler les arbres ou les haies pour que l’éclairage préexistant soit plus efficace », complète l’urbaniste Marie-Dominique de Suremain.
Grâce aux fameuses ampoules LED, Strasbourg a notamment pu mettre en place la télégestion, qui permet d’ajuster l’éclairage à distance, rue par rue. Un moyen de répondre au sentiment d’insécurité de certains habitants, tout en n’éclairant pas les zones qui ne le nécessitent pas. L’expert en lumière artificielle met toutefois en garde contre la technologie LED, intéressante financièrement mais dont le succès est tel que ces lampes pullulent sur le territoire et ajoutent de la pollution lumineuse.
« L’enjeu est de s’adapter à chaque situation locale », analysent quatre scientifiques, dans une étude parue en juin 2025 dans la revue Nature Cities. Dans le journal The Conversation, ces chercheuses en économie de l’environnement exposent la nécessité de penser la ville comme un ensemble d’espaces aux besoins différents : l’extinction de l’éclairage doit être privilégiée dans les zones où les enjeux de biodiversité sont importants, tandis que la réduction de l’éclairage apparaît plus adaptée aux secteurs urbains et résidentiels. Dénonçant un « faux dilemme » politique, elles affirment que l’éclairage peut coexister avec la protection de la biodiversité.

9999999
