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7 mars 2026Agression sexuelle, démission de Véronique le Floc’h… La Coordination rurale dans la tourmente
VALENTINE CHAPUIS / AFP
L’ex-présidente Véronique Le Floc’h, lors du 32e congrès national de la Coordination rurale, à Auch, dans le sud-ouest de la France, le 19 novembre 2025.
Un climat très lourd. La Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole en France après la FNSEA, traverse une période particulièrement difficile. Déjà éprouvés par leur mobilisation contre la gestion par le gouvernement de la dermatose nodulaire bovine à la fin de l’année 2025, les « bonnets jaunes » ont également dû faire face à des tensions internes.
En novembre, l’emblématique présidente de la CR (classée proche de l’extrême droite) Véronique le Floc’h a perdu l’élection syndicale au terme d’un congrès tendu à Auch. La Bretonne a laissé sa place à Bertrand Venteau, partisan d’une ligne encore plus dure.
À l’adresse de ses soutiens, la frange dure et puissante du syndicat dans le Sud-Ouest, Bertrand Venteau avait promis de continuer la mobilisation sur le terrain et de « combattre » les écologistes. « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau », avait-il lancé de manière guerrière sous les applaudissements, quelques minutes après son élection. Une charge qui a ensuite valu au responsable syndical de faire l’objet d’une enquête du chef de « provocation publique non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ».
« Je pense que certains agriculteurs sont un peu misogynes »
La campagne pour la présidence du syndicat, qui se déroulait lors des mobilisations agricoles, avait déjà été plus que tendue et des menaces de mort avaient été signalées contre la direction sortante du syndicat. À l’époque, Véronique le Floc’h avait préféré faire le dos rond, en affirmant à l’AFP : « Je ne fais pas deux mètres ni cent kilos ». Le débat ne se fera pas sur le terrain des gros bras mais sur « le fond des dossiers ».
Malgré sa défaite, Véronique le Floc’h avait conservé sa place dans le comité directeur, mais elle a finalement préféré démissionner en début de semaine et renfiler ses bottes d’éleveuse pour s’occuper de ses vaches dans le Finistère.
Après trois ans à la tête du syndicat, la productrice de lait témoigne d’un mandat houleux : « ça n’a pas été simple d’être une femme, d’être une éleveuse et d’être en bio ! Je pense que certains agriculteurs sont un peu misogynes », déclare-t-elle à nos confrères de la locale de France 3. Véronique le Floc’h se défend de ne pas aimer, contrairement à son successeur Bertrand Venteau, les actions coups de poing : « revendiquer, c’est bien mais creuser les dossiers, c’est encore mieux ! »
Démission sur fond d’affaire d’agression sexuelle au Salon de l’agriculture
Quelques jours après la démission de Véronique le Floc’h, nos confrères de la radio ICI Touraine ont révélé qu’un autre membre du syndicat, « soupçonné d’agression sexuelle pendant le Salon de l’agriculture », avait donné sa lettre de départ le 4 mars pour « raisons personnelles et médicales ».
D’après les informations de franceinfo, Jérôme Lespagnol, élu de la Coordination rurale en Indre-et-Loire, et jusqu’ici troisième vice-président de la chambre d’agriculture du département, est accusé d’avoir posé ses mains sur les fesses d’une salariée. Il lui aurait aussi envoyé des messages à caractère sexuel. Bertrand Venteau a annoncé une enquête interne.
L’ex-présidente du syndicat n’a pas voulu commenter l’affaire, mais cela réveille chez elle de douloureux souvenirs : « Le harcèlement, je l’ai subi, et je le subis encore. Tout ça doit remettre au goût du jour le traitement des femmes dans l’engagement. Chacun a le droit au respect. » Elle précise aussi que l’affaire n’a pas conduit « directement » à sa démission. « Je ne trouve pas comment je peux être utile et on ne m’en donne pas l’occasion. J’étais dans le comité directeur, mais sans aucune fonction, sans même un dossier quelconque. Donc, comme j’ai fait ma part, je me dis que c’était le moment de partir ! », a-t-elle en revanche justifié auprès de France 3.
« Crise de croissance »
« J’avais pris la décision de quitter le comité directeur avant le Salon de l’agriculture (qui s’est achevé le 1er mars, NDLR). J’ai reçu beaucoup de messages m’incitant au départ, ça devenait invivable », a-t-elle aussi déclaré à l’AFP. Notamment de la part de responsables syndicaux de son propre département, le Finistère. « C’est grave, j’ai reçu des messages qui me laminent, et je n’ai pas à tomber malade (…) Si je deviens le boulet, je préfère m’éloigner », a-t-elle dit.
S’opposant à la nouvelle présidence de CR, Véronique le Floc’h préfère désormais rester en retrait : « Ils savent où ils veulent aller et je vais laisser faire, en espérant que ça soit le plus efficient possible, mais ça devient trop pesant pour moi. »
Véronique le Floc’h et Bertrand Venteau partagent en tout cas le même diagnostique : la CR vit une « crise de croissance » qui s’explique, selon eux, par la progression presque trop rapide du syndicat ces dernières années. Deuxième syndicat agricole avec 29 % des voix (contre 21,5 % en 2019), la Coordination rurale a réalisé en effet il y a un an une percée historique, après une campagne de « dégagisme » visant l’alliance FNSEA-JA.
La CR est aussi de plus en plus considérée comme le syndicat qui défend le plus radicalement les agriculteurs, avec des actions de blocage spectaculaires, des discours très critiques envers l’Union européenne et les normes environnementales. Un ton offensif qui plaît à certains agriculteurs, lassés de ce qu’ils perçoivent comme un manque d’écoute de la part du gouvernement. Mais cette popularité croissante ne suffira pas à apaiser les tensions internes.

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