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8 mars 2026Faire garder ses enfants pour travailler, un combat quotidien et précaire pour les mères célibataires
Halfpoint Images / Getty Images
« Avec le logement, la garde des enfants est le nerf de la guerre pour les parents célibataires », explique Johanna Luyssen, journaliste et autrice de « Mères solos. Le combat invisible »
PRÉCARITÉ – Sa séparation a beau remonter à la fin des années 90, Corine garde un souvenir intact de ses galères de mère solo. Parti du jour au lendemain, son ex-conjoint l’a laissée sans soutien financier pour s’occuper de leur fils de trois ans et de leur fille d’à peine trois mois. « Il ne les a jamais revus », souffle celle qui a aujourd’hui 57 ans.
Commencent alors des années compliquées, où Corine a dû affronter seule la difficulté de faire garder ses enfants tout en travaillant. « J’ai dû retirer ma fille de la crèche car ce n’était pas tenable financièrement, relate-t-elle. Je jonglais avec les baby-sitters, ma famille et l’étude à l’école, avant et après la classe. »
Près de trente ans plus tard, les mêmes obstacles persistent pour des milliers de mères célibataires. Car ce sont elles en première ligne, l’Insee l’a encore prouvé dans une étude datant de 2021 : une famille sur quatre est monoparentale, et dans 83 % des cas, il s’agit d’une femme élevant seule ses enfants.
Modes de garde et travail, l’équation impossible
Trouver une place en crèche ou chez une assistante maternelle, financer une garde périscolaire, concilier garde et horaires de travail… C’est donc largement aux mères seules que reviennent ces tâches coûteuses et chronophages. Margaux (le prénom a été modifié) peut en témoigner. Lorsqu’elle s’est séparée il y a cinq mois du père de sa fille, cette directrice marketing a dû revoir toute son organisation. « Les crèches étaient complètes, je paye donc très cher une nounou à domicile qui vient de 9h30 à 13h30 pour garder ma fille, détaille Margaux. J’ai dû demander à mon employeur de décaler mes heures et d’avoir un maximum de télétravail pour pouvoir prendre le relais quand ma fille se réveille de la sieste. C’est épuisant et très précaire. »
« Les difficultés structurelles liées à la garde des enfants s’appliquent à tous, mais les mères solos n’ont pas la possibilité de déléguer le temps et la charge mentale qu’implique la recherche d’un mode de garde. Ce sont aussi elles qui se chargent seules des déplacements, de la logistique », analyse la socioéconomiste et doctorante à l’université de Lille Oriane Lanseman, dont les travaux portent sur les liens entre pauvreté et emploi pour les mères de familles monoparentales. « Avec le logement, la garde des enfants est le nerf de la guerre pour les parents célibataires, abonde de son côté Johanna Luyssen, journaliste à Libération et autrice de Mères solos. Le combat invisible (éd. Payot). Le problème, c’est que la France connaît une crise de la petite enfance et que les politiques publiques ne prennent pas suffisamment en compte les problématiques des familles monoparentales. »
Des aides encore insuffisantes
Ce n’est pourtant pas faute de s’être penchés sur le sujet. En septembre dernier, un rapport du sénateur Renaissance Xavier Iacovelli soulignait les spécificités des familles monoparentales et donnait des pistes pour améliorer les aides financières existantes. Six mois plus tard, elles restent « insuffisantes et pas assez adaptées aux besoins des familles monoparentales », estime Oriane Lanseman. Seule consolation pour les parents solos : l’extension à partir de septembre 2025 du complément de mode de garde (CMG) jusqu’aux 12 ans de l’enfant, contre 6 actuellement. « Une avancée », reconnaît l’économiste, mais qui ne révolutionnera pas pour autant le quotidien des mères célibataires, qui « restent fortement touchées par la précarité financière ». 40 % d’entre elles vivent actuellement sous le seuil de pauvreté.
L’autre problème, pointe Oriane Lanseman, est que ces prestations d’accueil du jeune enfant (la Paje, dont fait partie le CMG) nécessitent d’avancer les frais, avant d’être remboursées par la CAF. « J’ai dû sortir énormément de trésorerie, ça m’a mise dans le rouge pendant des années, témoigne Johanna Luyssen. J’ai choisi des heures de garde très peu étendues car je n’avais pas les moyens. Résultat, je devais partir du bureau plus tôt, ça m’a beaucoup pénalisée professionnellement. »
Un impact sur l’emploi et la carrière
Des contraintes de garde qui fragilisent la situation professionnelle des mères solos. Margaux en est consciente : « J’ai la chance d’avoir un employeur compréhensif, mais j’ai bien conscience que je pousse un peu. Je me demande tout le temps ce qui se passerait si je perdais mon boulot. »
« Les mères seules restent pauvres, même si elles ont un emploi », confirme Oriane Lanseman, qui pointe leur surreprésentation dans les secteurs précaires à prédominance féminine comme les services. « Ce sont des emplois de mauvaise qualité, avec des bas salaires, du temps partiel subi, et souvent des horaires décalés, qui ne correspondent pas à ceux proposés par les modes de garde classiques », énumère l’experte.
À ces difficultés structurelles s’ajoutent les stéréotypes qui freinent leur accès à l’emploi. « Les employeurs présupposent qu’elles seront moins disponibles, étant donné qu’elles doivent gérer seules les enfants et n’ont pas de relais », souligne l’économiste. Ce qui, de fait, n’est pas totalement faux, observe Aurélie. Cette « maman solo par choix » a préféré le statut précaire de freelance à celui de salariée, plus sécurisant mais contraignant en termes d’horaires. « Quel employeur accepte toute la souplesse que demande la maternité solo ? Aucun », lâche-t-elle.
Un enjeu pour les entreprises et les politiques publiques
« Rien n’empêche les entreprises d’avoir une politique volontariste », assure de son côté Johanna Luyssen, qui aimerait par exemple voir les voir davantage mobilisées pour aider les parents solos dans leurs effectifs. De fait, le rapport Iacovelli listait quelques pistes d’aide à la garde d’enfants (élargissement des conditions d’accès au CESU préfinancé, mise à disposition de places en crèches), pour le moment laissées lettre morte.
Les politiques publiques familiales doivent mieux les soutenir, insiste Oriane Lanseman. L’économiste plaide notamment pour une réévaluation du niveau de vie des mères seules, largement surestimé dans le calcul des aides. « On ne prend pas aujourd’hui en compte le coût de la monoparentalité, comme la perte de revenus ou les sacrifices professionnels. » Un ciblage des parents solos dans le mode d’attribution des places en crèche, des structures aux horaires élargis ou encore un CMG versé sans besoin d’avancer les frais pourraient aussi grandement aider les plus précaires.
Mais si on veut vraiment faire baisser la pauvreté des mères seules, c’est surtout à la revalorisation des salaires, et en particulier du Smic qu’il faut s’attaquer. « En leur permettant d’avoir un salaire décent, elles pourront aussi accéder à un mode de garde. C’est un cercle vertueux », conclut Oriane Lanseman.
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