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8 mars 2026La série « Un Prophète » remet le grand drame carcéral de Jacques Audiard à jour et c’est une réussite
CANAL+/OCS
Moussa Maaskri et Mamadou Sidibé, deux des acteurs les plus marquants de la série adaptée du film de Jacques Audiard « Un Prophète ».
Réadapter le chef-d’œuvre de Jacques Audiard en série pouvait avoir l’air d’un geste cupide et intéressé. Après l’avoir vu, force est de constater que les ambitions de cette série étaient tout autres. La série Un Prophète, dont les deux premiers épisodes ont été dévoilés sur Canal +, reprend les ingrédients qui avaient fait du film de 2009 un triomphe et les remets au goût du jour dans une nouvelle fresque carcérale tendue qui n’a rien d’une copie conforme.
Oubliez le Malik El Djebena campé avec brio par Tahar Rahim dans le film aux neuf César. Car si l’histoire reste dans le fond la même, entre 2009 et 2026, la prison et les protagonistes ont bien changé.
Malik est désormais un jeune Mahorais arrêté en possession de drogue après un effondrement d’immeuble à Marseille. Envoyé directement en prison, il noue rapidement des alliances et s’impose subtilement pour ne pas se faire broyer par cet écosystème carcéral inhospitalier.
Découvrez ci-dessous la bande-annonce :
Les huit épisodes (la série suit un rythme de diffusion d’un épisode par semaine) d’Un Prophète dépeignent l’ascension de ce jeune homme mutique, forcé de pactiser avec un promoteur immobilier véreux impeccablement incarné par Sami Bouajila, qui reprend le flambeau de Niels Arestrup dans le rôle du mentor. Un échange de bons procédés (protection contre loyauté) qui fait évidemment écho à celui du film original, où le jeune Malik rejoignait les rangs corses de la prison malgré ses origines maghrébines.
Pari risqué après le film d’Audiard
Pour les scénaristes de la série Nicolas Peufaillit et Abdel Raouf Dafri, déjà à l’écriture sur le film d’Audiard, l’idée était de transposer le portrait de Malik dans la France et les prisons françaises d’aujourd’hui. En 2026, les Corses ne font donc plus partie de l’équation et c’est un jeune Mahorais qui rejoint cette fois un clan maghrébin impliqué dans le narcotrafic, entité tentaculaire présente dans chaque recoin des prisons hexagonales.
Malgré les réticences initiales à base de « pour quoi faire ? », « le film se suffit à lui-même » ou « on ne peut faire que de la merde », c’est la série Fargo de Noah Hawley qui a débloqué le duo de scénaristes, révèle Abdel Raouf Dafri lors d’une rencontre avec la presse. « J’aimais trop le film des frères Cohen pour regarder la série. Après avoir été convaincu d’y jeter un œil, j’ai découvert ce que Noah Hawley avait fait du film. Et je me suis : “oh merde, on peut donc faire une super série à partir d’un chef-d’œuvre !” »
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Un grand Sami Bouajila donne la réplique à l’acteur débutant mais néanmoins impressionnant Mamadou Sidibé.
Après des années de galère pour mener à bien ce projet, c’est l’Italien Enrico Maria Artale qui a été choisi pour mettre en boîte la série, tout en participant à l’écriture du scénario. Résultat ? L’atmosphère flottante de la série fonctionne à merveille et permet une prise de distance salutaire avec le réel. La réalisation offre d’ailleurs plusieurs séquences oniriques et stylisées particulièrement marquantes ainsi qu’une montée en tension très appréciable sur ses derniers épisodes.
Côté action, on se souviendra longtemps de la fameuse scène de meurtre auquel Malik se retrouve mêlé − comme dans le film − pour gagner sa place et s’endurcir. C’est d’ailleurs autour de cette scène que la série va progressivement s’éloigner de l’intrigue originale, mais sans jamais perdre de vue les liens thématiques qui unissent les deux propositions.
Les débuts de Mamadou Sidibé
Après trois épisodes aux airs d’introduction, le décor et les enjeux de la série sont plantés. Permettant au talent du jeune Mamadou Sidibé de monter en puissance. Car l’autre grand défi de la série était de trouver un nouvel acteur pour interpréter Malik.
Tahar Rahim, qui l’incarnait en 2009, était un inconnu avant d’exploser dans ce rôle. Pour cette réinterprétation, le choix s’est encore arrêté sur un comédien débutant : Mamadou Sidibé. Sa prestation est bluffante et tient presque du paradoxe tant son personnage est mutique durant les huit épisodes. Mention spéciale également au personnage de Rony Lahoud, incarné par Moussa Maaskri, premier véritable mentor de Malik derrière les barreaux, avec lequel il s’initie à la littérature (la lecture est presque un fil rouge de la série) autant qu’aux combines essentielles pour survivre en prison.
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Progressivement, le personnage de Malik campé par Mamadou Sidibé prend une ampleur particulièrement impressionnante à voir se déployer à l’écran.
En format sériel, Un Prophète se permet aussi d’explorer des sujets qui ne pouvaient pas l’être autant chez Audiard, comme l’illettrisme ou la place de la religion en prison. Quitte à en laisser d’autres sur le côté, comme celui de la surpopulation carcérale.
Bénéficiant d’un rythme lancinant et d’une narration, disons-le, parfois un peu trop étirée, le résultat reste captivant et de très bonne facture, sans oublier un casting impeccable. Et même si la série n’est pas en mesure de rivaliser avec le film de Jacques Audiard, elle laisse la porte ouverte à une seconde saison qui pourrait justement lui permettre de s’en émanciper totalement en explorant la vie de Malik… une fois la prison derrière lui.

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