
l’accusé reconnaît avoir mis le feu
9 mars 2026
de nouvelles frappes sur toute la région, Emmanuel Macron attendu à Chypre
9 mars 2026ENQUETE. Un cadre de la mairie de Tremblay-en-France accusé de harcèlement moral et sexuel et d’agression sexuelle
Ce sont des accusations lourdes qui visent un directeur de service de la mairie de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Deux agentes de la municipalité ont porté plainte contre leur supérieur hiérarchique, en décembre 2025 et en janvier 2026, pour harcèlement moral et sexuel, et un fait d’agression sexuelle.
Un environnement de travail délétère déjà dénoncé en interne depuis plusieurs années. En cinq ans, six autres femmes de ce service ont signalé les agissements de cet homme – pourtant toujours en poste – au maire François Asensi et à son conseil municipal.
L’affaire éclate en juin 2025, après la « violence de trop » pour Lucie*, l’une des deux plaignantes. Dans le secret d’un bureau, la jeune femme de 33 ans se confie à deux autres collègues sur l’agression sexuelle dont elle aurait été victime quelques jours plus tôt. Alors qu’elle est seule dans le service avec son directeur, il lui aurait indiqué nourrir un fantasme sexuel à son égard. « Il m’a dit se faire un film avec moi », raconte Lucie*, « je serais en talons et en petite tenue, les yeux bandés, et il me prendrait comme ça… Et il m’a saisie par la gorge. » Son directeur serait à ce moment-là debout face à elle, bloquant le fauteuil sur lequel elle est assise. « Il m’a relâché après plusieurs secondes, prétextant plaisanter avec moi. » Elle s’enfuit aussitôt et s’effondre, choquée, en larmes dans sa voiture. « Ça a été pour moi le point de bascule. »
Deux semaines plus tard, elle sollicite par mail ce supérieur pour planifier « un temps d’échange »afin de lui communiquer le mal-être permanent qu’elle ressent depuis. Sans réponse de sa part.
Le récit de Lucie* va remonter jusqu’aux oreilles de sa directrice des ressources humaines (DRH), qui la reçoit en entretien le 19 juin 2025.
À cette supérieure, l’agente témoigne du harcèlement sexuel qu’elle subirait de la part de son directeur de service depuis sa prise de poste en novembre 2024. « Je reçois des remarques quotidiennes sur mon physique ou sur ma tenue. J’appelle ça le ‘scanner du matin’ Si j’arrive en robe, il va me dire : ‘Aujourd’hui, tu veux pécho toi’ Et, au contraire, se moquer de moi, le lendemain en me comparant à un maître-nageur parce que je porte un t-shirt et un pantalon. À chaque jour sa critique. » « Tu veux chauffer aujourd’hui là ? » ou « Attention c’est elle la plus belle, hein » sont parmi les exemples cités dans sa plainte déposée le 7 décembre 2025, que nous avons pu consulter. « Il me force aussi souvent à recevoir ses câlins, soi-disant pour me remonter le moral lorsqu’il me sent tendue, poursuit-elle. Un jour, alors que nous sommes seuls en voiture pendant un déplacement professionnel, il me demande si je connais la position sexuelle du camion et il me touche la cuisse. Je suis sidérée. Je lui répète pourtant que son attitude me met mal à l’aise mais il continue. » Jusqu’à cette agression sexuelle présumée de la fin mai 2025.
La DRH oriente Lucie* vers un médecin, et lui propose de déclencher une enquête administrative. « Elle m’explique tout le déroulé. Je lui réponds que c’est trop long, que je ne vais pas tenir. Je lui demande de me sortir de là. J’insiste encore : si vous m’entendez, sortez-moi de là. » Dans un courrier du 24 juillet 2025 intitulé « Demande d’intervention urgente et de diligences », un document syndical estime qu’étant donné la situation, la direction des ressources humaines aurait dû immédiatement signaler « de tels faits ».
Plus surprenant encore, Lucie* est invitée à reprendre son poste en attendant les conclusions du médecin, sous la hiérarchie de son agresseur présumé. « Puis plus de son, plus d’image », déplore-t-elle.
Le 4 juillet 2025, soit deux semaines après l’entretien avec sa DRH, Lucie* est déclarée « inapte temporairement »par le médecin mandaté par la municipalité, avec la « nécessité absolue de changement d’affectation », ordonnant enfin le retrait de l’agente de son poste de travail. « Ce médecin m’a d’abord proposé un aménagement de mon temps de travail sur le rythme de trois jours de télétravail et deux jours de présentiel par semaine, toujours sous la hiérarchie de [son agresseur présumé] », relate, abasourdie, la plaignante. « Je tombe des nues. Je suis hors de moi car il est inenvisageable pour moi d’y retourner après tout ça. »
Un compte rendu rédigé par sa médecin généraliste trois jours plus tôt renseigne sur la détresse absolue dans laquelle elle se trouve à ce moment-là. Ce document fait notamment état de « pleurs incessants au cours de la consultation » et « recommande un suivi psychologique » pour la patiente, à qui sont également prescrits des anxiolytiques. L’affaire aurait pu s’arrêter là.
Mais pas pour Lucie*. Avertie par ses collègues, la jeune femme apprend que son supérieur aurait justifié sa mise en arrêt de travail auprès du service par une « prétendue inaptitude – de Lucie* – à exercer des fonctions à responsabilités ». C’en est trop pour elle. Dans un mail du 30 juillet 2025, elle réitère par écrit ses accusations contre ce directeur de service, avec la volonté de déclencher cette fois-ci l’enquête administrative qu’elle n’a pas eu la « capacité émotionnelle » d’appuyer lors de son entretien du 19 juin 2025.
C’est seulement le 31 juillet 2025, c’est-à-dire plus d’un mois après ses premières déclarations à sa DRH, qu’elle apprend la mise en place d’une « cellule de signalement » qui l’invite à « communiquer dès à présent l’ensemble des éléments complémentaires susceptibles d’attester ou de préciser les propos dont [elle dit avoir] été victime, ainsi que les noms des personnes susceptibles d’en témoigner ».
Pourquoi a-t-il fallu attendre ce signalement écrit pour déclencher une enquête administrative interne à la municipalité ? Pourquoi n’a-t-elle pas été retirée de son poste dès sa première alerte en juin 2025, tandis que son agresseur présumé conservait ses fonctions ? Malgré ces interrogations, Lucie* espère que l’enquête lancée par la mairie la confortera dans son témoignage.
La jeune femme, mère célibataire de trois enfants, subit de plein fouet la précarité de sa situation. En octobre 2025, trois mois après le début de son arrêt de travail, sa rémunération passe en demi-traitement – soit 45% de son salaire réel – dans l’attente de sa requalification hypothétique en accident de service. « Je suis épuisée moralement, psychologiquement et physiquement », alerte l’agente dans un mail à l’attention de l’assistante du maire François Asensi, le 29 octobre 2025. « Je me vois dans l’impossibilité de poursuivre mes séances de suivi psychologique […], faute de moyens. »
Le 7 décembre 2025, presque cinq mois après son signalement et six mois après ses premières révélations, à bout de forces, Lucie* porte plainte contre son directeur de service pour harcèlement moral, sexuel et agression sexuelle. Six semaines plus tard, le 20 janvier 2026, une autre jeune femme, âgée elle de 35 ans, Sarah*, porte plainte pour « harcèlement moral » à caractère sexuel contre ce même supérieur. Elle était chef de projet, et se met en arrêt en octobre 2024. Un mois plus tard, Lucie* arrive dans la structure.
Pendant les quatre années où Sarah* travaille sous son autorité, elle décrit un directeur qui aurait pour habitude de « souffler le chaud et le froid, en alternant attitudes amicales et dévalorisantes », avec ses collègues de travail. « Il a toujours une boîte de mouchoirs dans son bureau. Il met la pression au début de l’entretien, et quand la personne commence à craquer, il la lui tend. Je me sentais constamment manipulée, nous étions montés les uns contre les autres. » Fausses promesses d’embauche ou d’évolution au sein du service, double discours à propos de la validation de budget ou de projet – les annulant parfois à la dernière minute -, un caractère imprévisible et sujet à de brusques colères : les quinze témoins interrogés par la cellule investigation de Radio France parlent eux aussi de management toxique.
Parmi eux, quatre ont déclaré un accident de service – c’est-à-dire survenu dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions – et un a été reconnu en maladie professionnelle sous sa direction. Des femmes exclusivement. « Je souffre de cardiomyopathie », explique l’une d’elles, travaillant toujours sous ses ordres. Elle se souvient notamment de ce jour de juillet 2025 où elle a été prise d’un malaise avec une douleur thoracique « tellement il a crié fort sur moi ».
À ces violences, s’ajouteraient pour ces femmes des remarques sexistes ou sexuelles « quasi quotidiennes ». « Il apprécie ou critique mes tenues quand j’arrive le matin, et veut me faire tourner sur moi-même pour me reluquer de haut en bas lorsqu’il me trouve sexy. » « Il parle de mon corps, de mes formes. Me suggère de porter des jupes. » « Si j’arrive en robe, il dit des trucs comme « Ouhlala, on est à Ibiza ou quoi ? »ou « J’ai envie de te manger, de te croquer », et compare nos corps pour déterminer qui est la plus belle. » Des témoignages identiques, quasiment au mot près, livrés par des agentes employées par le service de ce directeur à la mairie de Tremblay-en-France sur des périodes différentes, et qui ne se sont, pour certaines, jamais rencontrées. Toutes racontent aussi des rapprochements physiques non consentis : « caresses sur la main », « câlins et bises forcés », « bras saisis pour te tirer vers lui et te faire zouker ». Les mêmes attitudes décrites par le signalement et la plainte de Lucie*.
« Si je devais par exemple lui montrer quelque chose sur l’écran de mon ordinateur, reprend Sarah*, il venait systématiquement se placer derrière moi, sa tête presque au contact de mon épaule. Il sentait mon parfum et pouvait dire : ‘Il m’enivre’, ou un truc du genre. » Dans un texto daté du 30 mars 2021 à 8h05, et constaté par huissier, il écrit à Sarah* « [Coucou] il fait beau jupe lol ». « Je n’ai pas répondu. Lui justifie tout ça par l’humour. »
L’homme mis en cause a pris la direction du service en 2020. Depuis 2021, huit femmes, dont les deux plaignantes, ont, selon nos informations, alerté sur leur situation auprès d’un ou plusieurs membres de la municipalité de Tremblay-en-France. « [Il] ne fait pas office de sens moral et de compassion humaine. » « Des situations de souffrance, de mal-être mais surtout d’épuisement physique, mental et émotionnel. » « Il m’est impossible de continuer à faire face à certains propos […]. Je [le] cite : les femmes sont chiantes. » « J’éprouve un profond mal-être au travail. Cette journée a été celle de trop. »
Pourtant, seul le signalement de Lucie*, daté du 30 juillet 2025, finira par déclencher une enquête interne. Toutes les autres personnes qui se sont manifestées pour dénoncer le comportement de ce cadre ont été soit arrêtées pour accident de service, soit déclarées inaptes ou libérées de leurs obligations professionnelles par une rupture conventionnelle. Mais le directeur de service semble quant à lui n’avoir jamais été inquiété.
Si Sarah* a enduré jusqu’à présent les agissements de son directeur, l’embauche en mars 2024 d’un nouveau chef de division, placé sous la hiérarchie du premier, va accentuer plus encore les tensions du service. En octobre de la même année, une de ses collègues, une femme diabétique de 50 ans, l’alerte sur la « situation de souffrance »qu’elle vivrait « dans le cadre de ses fonctions » depuis qu’elle a confronté ce nouveau supérieur à son changement de planning, non conforme à ses recommandations de santé. « Elle est exclue de tous les projets d’équipe, témoigne Sarah*, elle n’est plus prévenue de nos réunions. Je lui conseille de solliciter un échange avec le principal concerné pour en discuter avec lui, et l’autorise à me mettre en copie.«
Dans un signalement daté d’avril 2025, cette agente fait remonter au maire François Asensi et à ses adjoints « la situation de souffrance » qu’elle vivrait au travail depuis six mois. « Je subis un management toxique qui a eu de lourdes répercussions sur ma santé physique et mentale. Lors de certains épisodes particulièrement difficiles, mon taux de glycémie s’est dangereusement élevé », dit-elle, en demandant une rupture conventionnelle. « Il fallait que je parte sinon, j’allais mourir », déclare-t-elle à la cellule investigation de Radio France.
Sarah*, également malmenée, selon elle, par ce nouveau chef de division, signale à son directeur de service le 15 octobre 2024 « la journée de trop ». Elle décrit un « stress et l’appréhension quotidienne à l’idée de venir travailler », et presse son supérieur de trouver urgemment « une solution ». Elle est arrêtée deux jours plus tard.
Le 23 juillet 2025, on lui notifie son licenciement par courrier pour « inaptitude » à occuper son emploi. « Je ne suis pas inapte à travailler, assure Sarah*, je sais même très bien faire mon travail. C’est cet environnement professionnel toxique qui m’a poussé dehors. »
Cinq ans plus tôt, ce chef de division était licencié de son ancien employeur pour « faute grave » pour avoir fait subir à plusieurs salariés de fortes pressions managériales.
En octobre 2025, une dizaine de témoins, en plus de Lucie* et de son directeur de service, sont interrogés par l’avocate mandatée par la municipalité, après le déclenchement de l’enquête administrative. Ces entretiens ont pour « seul but de déterminer ou non la matérialité des faits », indique la direction des services de Tremblay-en-France dans ses convocations. Ils ne se substituent pas à une procédure disciplinaire. La mairie aurait annoncé un retour sur les conclusions rendues mais jusqu’ici, toujours rien.
Entre le 11 janvier et le 10 février 2026, Gwénaël Poirier, l’avocat de Lucie* relance quatre fois le maire François Asensi et sa direction générale des services. Sans résultat. « J’ai dû répéter, et répéter encore mon histoire, pour rien, puisque nous sommes toujours dans l’attente », regrette sa cliente. « Qu’est-ce que je réponds aux collègues auditionnés qui me demandent des nouvelles et me rapportent les intimidations qu’ils disent subir au service depuis ? Je ne vais pas me mettre en mode avion. Alors j’éponge leurs angoisses, car finalement ils se sont mouillés pour moi. Mais tout ça me plonge dans une anxiété monstre. Aujourd’hui, je suis sous anxiolytiques et antidépresseurs et j’ai pris dix kilos. »
Le seul retour obtenu jusqu’alors par Lucie* est un courrier signé du maire François Asensi, en date du 9 février 2026, en réponse à son mail envoyé un mois plus tôt faisant état du « sentiment de sidération, d’injustice et de colère »ressenti par la jeune femme depuis son signalement « et les suites qui lui ont été données ». « Cette enquête a permis de révéler des comportements inappropriés de Monsieur X.* », lui répond l’édile, sous « la forme de plaisanteries à caractère graveleux ou obscène et de familiarités à l’égard d’agentes placées sous son autorité, ainsi qu’une posture managériale inadaptée. […] Si ce type de comportements n’est pas admissible au sein d’une collectivité, […] l’enquête administrative n’a toutefois pas permis de caractériser un manquement disciplinaire justifiant de sanctionner Monsieur X.* »
Interrogé par la cellule investigation de Radio France sur tous ces témoignages, l’avocat de la ville Maître Jean-Louis Peru explique que « ce responsable a une attitude pour le moins cavalière », en étant « tactile » et faisant des « câlins ». Autant d’éléments corroborant le signalement de Lucie*. Toutefois l’avocat estime que ces témoignages « n’incriminent pas directement le responsable dans ses liens avec la victime » et que par conséquent « le conseil de discipline ne prononcera jamais une sanction sévère contre cet agent. »
À propos du message envoyé à Sarah*, et constaté par huissier, suggérant à l’agente de mettre une jupe, Me Jean-Louis Peru répond : « C’est du harcèlement sexuel, mais est-ce que cet élément est suffisamment important pour obtenir du conseil de discipline une sanction d’exclusion ? Non. » La ville préfère attendre les suites pénales qui seront données aux plaintes des deux jeunes femmes pour éventuellement statuer sur « des sanctions disciplinaires allant jusqu’à l’exclusion ». « Mais la ville ne fait pas rien !, insiste Me Jean-Louis Peru. Le responsable a été convoqué et informé que son attitude est intolérable, et qu’elle doit cesser. »
Dans un courrier recommandé daté du 15 février 2026 adressé au maire François Asensi, l’avocat des victimes présumées maître Gwénaël Poirier déplore « l’inaction de la commune, qui au-delà d’être fautive, est incompréhensible ». « On comprend mal pourquoi des formations relatives à la prévention des conduites inappropriées, au harcèlement moral et sexuel ont depuis été imposées à X.*, s’il n’était pas fautif », argumente l’avocat. « De plus, le droit pénal et le droit disciplinaire sont tout à fait indépendants », ajoute Me Poirier. « Une procédure disciplinaire aurait pu être mise en place. »
« Qu’est-ce qu’il fait encore là ? » C’est la question posée par Lucie* qui ne cache pas son inquiétude quant à la sécurité des agentes de ce service en poste ou celle des futures embauchées. « On m’a déclaré inapte, donc demain quelqu’un me remplacera. Ça veut dire potentiellement exposer une autre victime. » Contacté par la cellule investigation de Radio France, le cadre concerné n’a pas souhaité répondre à nos questions. Maître Gwenaël Poirier entend quant à lui saisir le tribunal administratif afin d’interroger, dit-il, l’inaction de la mairie à l’égard de ses salariés, vécue par Lucie* comme une nouvelle violence. « Il est bras dessus, bras dessous avec Monsieur le maire en meetings, aux repas de fin d’année, sur les évènements… C’est vraiment injuste. »
Nous transmettre une information de manière anonyme et sécurisée : alerter.radiofrance.fr
Nos réseaux sociaux :

9999999/2026/03/06/francois-asensi-69ab1544ca318872632607.jpg?w=1200&resize=1200,480&ssl=1)
/2026/03/09/nantes-69aec829c688c847506272.jpg?w=960&resize=960,750&ssl=1)