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9 mars 2026Paris Fashion Week : Mossi Traoré transforme son défilé automne-hiver 2026-2027 en procès à la Cour d’Appel de Paris
Dans le lieu institutionnel chargé d’histoire de la Cour d’Appel de Paris, Mossi Traoré a imaginé pour sa collection automne-hiver 2026-2027 un dispositif inédit, pensé comme une expérience immersive, avec une mise en scène où la mode rencontre l’institution.
Lauréat du prix Pierre Bergé de l’Andam 2020 et du Grand Prix de la création de la ville de Paris 2024, outre son prêt-à-porter féminin de luxe et ses collaborations avec des institutions – La Redoute, Lalique et Adidas -, Mossi Traoré propose un projet social et solidaire tourné vers la formation et l’intégration de jeunes défavorisés grâce à ses programmes de couture avec Les Ateliers Alix.
Connue pour son approche avant-gardiste, inclusive et éthique, la marque associe les traditions de la couture française à des influences mondiales provenant de pays comme l’Inde, le Japon et le Mali. Le créateur réinvente les codes en alliant un design sophistiqué à un savoir-faire pointu pour ses collections conçues et produites en banlieue de la capitale.
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Né en région parisienne d’un père éboueur et d’une mère femme de ménage, Mossi Traoré souhaite créer depuis toujours. Sans moyens de faire une école de mode, il démarche les directeurs artistiques en direct, se faisant même passer pour son propre attaché de presse auprès du magazine Vogue car il n’a pas l’argent pour s’offrir un RP [relations presse].
En dépit des refus, il se débrouille : il suit, entre autres, ses amis de quartier, toujours bien habillés, qui volent dans les grands magasins, selon la note d’intention, et comprend, avec le butin, comment monter un pantalon. Il se connecte au réseau d’électricité Chanel pour organiser son premier défilé dans la rue en contournant les autorisations. Pour la saison automne-hiver 2026-2027, le créateur français d’origine malienne a présenté le 5 mars un défilé à la forme singulière, celle d’un procès à la Cour d’Appel de Paris.
À travers cette présentation, Mossi Traoré met en lumière son parcours de manière inattendue. Le défilé se construit comme un procès symbolique où la création, l’histoire individuelle et le regard critique sur la mode se croisent. L’idée ici est de le juger pour son refus des codes établis, ses petites infractions et sa manière de questionner les règles de la mode.
Le créateur a pensé cet événement sous la forme d’une pièce de théâtre et pour recréer un procès réaliste qui s’est tenu, fait extrêmement rare, à la Cour d’Appel de Paris. Les invités du show avaient reçu une demande de renseignements à remplir pour y accéder et l’interdiction de prendre des photos pendant toute la tenue du « procès ». Le carton d’invitation prenant la forme d’une convocation pénale avec mandat de comparution pour Monsieur Mossi devant le Tribunal sous peine de poursuites judiciaires.
La scénographie reproduit fidèlement la configuration d’un véritable tribunal : juge, procureur, avocat, greffier et audience. Les interventions, les prises de parole et le déroulé suivent la structure d’un procès, tout en conservant un ton volontairement irrévérencieux. Des experts complètent cette configuration en participant au débat comme autant de témoins appelés à la barre.
À la place des jurés : les amis de la maison, des femmes élégantes et actives qui font descendre la couture dans la rue. Parmi elles, Rokhaya Diallo, l’ancienne miss France Flora Coquerel, l’influenceuse Emmanuelle Koffi, l’actrice Nadège Beauson Ndiagne, Rose Ameziane. Ici pas de catwalk, chaque mannequin, vêtue d’une pièce du vestiaire de la collection automne-hiver 2026-2027, incarne un personnage – la présidente, les témoins, la défense, l’accusation – et vient l’accabler ou plaider sa cause. Même la dessinatrice de presse est présente.
L’audience a été publique. Les témoignages ont été entendus, les chefs d’accusation lus et l’intéressé jugé.
Dans ce théâtre judiciaire, chaque silhouette vient illustrer les arguments de l’accusation et de la défense, faisant de la collection le cœur même du débat. La mode devient le sujet, le langage et la preuve. La collection s’inspire de la garde-robe de la magistrature, robes de juges, silhouettes d’avocats et de procureurs, réinterprétées. Les volumes structurés dialoguent avec le plissé signature de la maison tandis que certaines formes sculpturales évoquent l’univers de l’artiste sud-coréenne Lee Bul.
Ici, le créateur ne présente pas seulement une collection, il plaide une cause : merci, Mossi, pour cette mise en scène du procès du système de la mode avec ses inégalités sociales, son manque d’inclusion pour les jeunes de banlieue et les personnes d’origine culturelle différente. Loin des shows de 10 minutes avec musique tonitruante, ce défilé spectacle a reflété le parcours d’un créateur issu de banlieue, autodidacte, qui a dû se débrouiller seul pour s’imposer. Quand certains jouent la carte du luxe pour dévoiler leur vestiaire, d’autres se montrent simplement plus imaginatifs.
La vidéo filmée de cette collection sera visible dans le cadre de l’exposition Mossi Traoré, la mode aussi au Mucem à Marseille, du 20 mai au 16 novembre. Pensée en collaboration avec le styliste, elle proposera une immersion dans un univers où la mode dialogue avec les cultures populaires, les arts urbains et les savoir-faire traditionnels. Silhouettes sculpturales, vidéos, textiles – en interaction avec les collections du musée et gestes artisanaux – jalonneront un parcours en partie immersif invitant le visiteur à se projeter dans la reconstitution de l’atelier de Mossi Traoré et dans les réserves du Mucem, en l’incitant à toucher les matières, écouter, créer, ressentir.
L’exposition réunira 105 œuvres avec la moitié des créations de Mossi Traoré. Ses pièces côtoyant des œuvres et des artistes qui l’inspirent tels que Madame Grès, Lee Bul, Hassan Massoudy, Lee Bae, Ibrahim Ballo, les actrices bollywoodiennes Aishwarya Rai et Kalki Koechlin, les danseuses étoiles Marie-Agnès Gillot et Léonore Baulac, le danseur de hip-hop Abdoulaye Barry, le rappeur Sefyu. L’ensemble dialogue avec des objets issus des collections du Mucem : textiles, costumes et accessoires témoignant des savoir-faire liés à la mode ou relevant des cultures populaires.
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