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10 mars 2026« Redéployer le pastoralisme sur les espaces incendiés » à l’été 2025 dans l’Aude : pourquoi la préfecture ouvre une dérogation à une interdiction de pâturage qui courait sur 10 ans
Le jeudi 5 mars 2026, le préfet de l’Aude a signé un arrêté « portant réduction de la période d’interdiction de pâturage » sur une partie des zones touchées par les incendies majeurs de l’été 2025, avec notamment le mégafeu de Ribaute. Une dérogation au code forestier, qui interdit, sur les parcelles ne relevant pas du régime forestier, le pâturage pendant 10 ans à compter du passage d’un incendie.
Quelques jours à peine après l’incendie qui avait parcouru 17 000 hectares et brûlé 11 133 ha au mois d’août 2025 dans les Corbières, le sujet avait agité le monde agricole audois. Et tout particulièrement la filière élevage, consciente des potentielles conséquences de l’application de l’article L322-10 du code forestier : un texte qui stipule que « le pâturage après incendie dans les bois, forêts, plantations et reboisements ne relevant pas du régime forestier (et donc n’appartenant pas à l’État, aux collectivités territoriales ou à un établissement public, Ndlr) est interdit pendant une durée de dix ans ». Dit autrement, aucun animal, caprin, ovin, bovin ou équin, n’aurait pu pâturer sur une très grande majorité des zones frappées par le mégafeu jusqu’en août 2035. Hautement problématique, sur des secteurs où le pastoralisme est, malgré le recul massif des troupeaux installés, un des outils les plus précieux pour lutter contre la fermeture des milieux et le développement des friches.
Les Corbières, mais aussi les secteurs du Narbonnais et de Sigean
C’est en ce sens que la chambre d’agriculture de l’Aude avait engagé une demande relative à cette interdiction, « afin d’assurer la continuité des activités pastorales en place et de redéployer le pastoralisme sur les espaces incendiés durant la période estivale 2025 ». Une démarche consacrée aux Corbières, bien sûr, mais aussi aux autres zones frappées par le terrible enchaînement d’incendies survenu lors de l’été 2025, à Narbonne le 7 juillet (1 551 ha) et Sigean le 26 juillet (315 ha). Un rapport du service de restauration des terrains de montagne (RTM) de l’office national des forêts (ONF) daté du 30 septembre 2025, un avis de la commission départementale de pâturage du 11 février 2026, et enfin un avis du conseil national de la propriété forestière (CNPF) en date du 13 février 2026, ont ouvert la voie à un arrêté signé le 5 mars 2026 par le préfet de l’Aude Alain Bucquet. Un texte qui porte « réduction de la période d’interdiction de pâturage après incendie sur certains secteurs impactés par les incendies de l’été 2025 dans le département de l’Aude ».
Sur les secteurs concernés, qui englobent donc les zones des Corbières, de Narbonne et Sigean incendiées, la levée de l’interdiction de pâturage sur les terrains publics ou privés non soumis au régime forestier, est donc officielle, huit mois après le mégafeu. Une carte en ligne permet de localiser les parcelles concernées. Bien sûr, précise l’arrêté, cette dérogation « ne vaut pas autorisation automatique d’exercer l’activité pastorale », qui reste subordonnée à l’obtention d’autorisations administratives et à l’accord des propriétaires des parcelles. Autre précision, sur les zones en lande et garrigue, qui n’étaient pas pâturées avant les incendies, les parcelles où le RTM a identifié des risques avérés pour la stabilité des sols ont été exclues d’office du périmètre de dérogation. Enfin, sur les parcelles en bois et forêt qui n’étaient pas non plus pâturées, il reviendra à la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de trancher, notamment après s’être assuré « de la compatibilité du pâturage avec la reconstitution des peuplements forestiers », mais aussi au regard des dispositions de la déclaration d’intérêt général d’urgence (DIGU) relative aux travaux d’exploitation des bois brûlés.
La mission interministérielle encourageait le développement du pastoralisme
Restent les bénéfices attendus de cette dérogation, dont l’arrêté rappelle l’objectif principal : « La contribution à la défense des forêts contre l’incendie, par le maintien ou la restauration de milieux ouverts compatibles avec la prévention du risque incendie. » Un rôle taillé sur mesure pour le pastoralisme dont le maintien et la reprise, souligne le texte du 5 mars, « concourt à la prévention de nouveaux incendies de végétation, par la diminution de la masse combustible et l’entretien des coupures inter et intra-massifs, ainsi que des interfaces forêt-habitat ». Un gagnant-gagnant, donc, puisque, rappelle l’arrêté, « les éleveurs présents sur les secteurs incendiés ont perdu une partie de leur ressource fourragère et qu’il convient pour assurer la pérennité de leur activité, de retrouver l’usage de leur parcellaire dès la ressource renouvelée et de trouver de nouvelles ressources à pâturer ». Des enjeux qu’avait d’ailleurs soulevés la mission interministérielle chargée d’appuyer le préfet pour définir la stratégie de reconstruction post-incendie, baptisée « Corbières 2030 », une stratégie qui « encourage le développement du pastoralisme pour la recomposition du territoire ».
Associations foncières pastorales, friches, ressources fourragères : les pistes de la chambre d’agriculture
Eleveur ovin à Pomy, président du syndicat des éleveurs de l’Aude (Selpa) et 3e vice-président de la chambre d’agriculture de l’Aude, Thimoléon Resneau était évidemment satisfait de la signature de l’arrêté préfectoral. « On avait travaillé sur la possibilité de repâturer dans la zone incendiée, pour les éleveurs déjà installés, mais aussi pour faire venir de nouveaux éleveurs. » La dérogation en vigueur, et l’interdiction pour 10 ans de pâturer levée, la chambre va prolonger sa réflexion sur le pastoralisme, en associant mesures d’urgence et réflexion de long terme : « Il faut évaluer les problématiques ou les freins qui existent en s’appuyant sur ceux qui vivent déjà sur ces territoires, notamment sur la question de l’accès au foncier et de sa sécurisation. » Un lourd dossier, qui pourrait trouver une solution avec des « associations foncières pastorales », envisage Thimoléon Resneau. Qui souligne aussi la « sensibilisation déjà entamée des communes sur l’obligation des propriétaires d’entretenir les terres incultes : le pastoralisme peut répondre à ces nécessités ». Et les sujets de réflexion sont encore nombreux, de la « complémentarité interfilières », avec l’exemple du viti-pastoralisme, au sujet des friches : des terres sur lesquelles l’éleveur pose la question de « ressources fourragères nécessaires pour les troupeaux », lançant l’hypothèse « d’y travailler de la luzerne et des légumineuses pour disposer de ressources qui se raréfient l’été ».

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