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Alors que les Iraniens comptent encore leurs morts – plus de 30 000 personnes auraient été tuées selon certaines estimations – après la répression du soulèvement de janvier, ils doivent désormais affronter les bombardements israéliens et américains. Cette succession de violences donne l’impression d’un choix impossible : une « libération » sous les bombes ou la survie sous un régime autoritaire en place depuis quarante‑sept ans. Coincée entre les frappes étrangères et le pouvoir des ayatollahs, la société iranienne tente, tant bien que mal, de préserver les derniers fils d’une souveraineté qui lui échappe.
L’ampleur des mobilisations récentes, déclenchées à l’origine par la vie chère, a confirmé la rupture profonde entre l’État et une population longtemps enfermée dans une « acceptation morose » de l’ordre imposé. Pendant des décennies, les Iraniens ont adopté une stratégie d’évitement : contourner les lignes rouges tout en feignant de les respecter. Mais l’accumulation des injustices économiques et politiques a fini par fissurer cette façade. Révélés au grand jour en 2022 avec le mouvement « Femme, Vie, Liberté », le courage et la détermination des Iraniens face à un régime de terreur se sont de nouveau affirmés ces dernières semaines.
En janvier, Donald Trump menaçait d’attaquer l’Iran si le régime tuait des manifestants. Aujourd’hui, il encourage ouvertement les Iraniens – malgré les bombes – à renverser le pouvoir : « C’est l’heure d’agir, ne la laissez pas passer ». Mais comment se soulever dans un climat de violence aussi extrême, alors même que Téhéran s’est vidé de ses habitants ? Les sentiments des Iraniens sont partagés. Si beaucoup, en Iran comme dans la diaspora, affirment que le pays doit se libérer par lui‑même, ils savent aussi qu’il leur faut tisser des réseaux de solidarité pour retrouver une capacité d’action collective.
La volonté de changer de régime – et les modalités d’un tel changement – ne fait toutefois pas consensus. La mort d’Ali Khamenei a illustré la fragmentation du pays : des scènes de liesse dans plusieurs villes d’un côté, et des rassemblements de recueillement de l’autre. À l’étranger, la diaspora oscille entre les espoirs monarchistes, les courants républicains et une méfiance persistante envers toute intervention extérieure.
Quelles conditions sociales et politiques ont permis l’émergence du « mouvement vert » en 2009, de « Femme, Vie, Liberté » en 2022, puis du soulèvement de janvier 2026 ? Comment se joue la tension entre un pouvoir théocratique et une société de plus en plus laïque ? Observe‑t‑on aujourd’hui des fractures importantes au sein de la société ? Comment la guerre vient‑elle percuter ce moment particulier de l’histoire politique iranienne ? Prise entre les bombardements et la répression de la République islamique, quelle capacité la société conserve‑t‑elle pour exprimer ce qui lui reste de souveraineté ? Enfin, de quelle solidarité a‑t‑elle besoin pour poursuivre sa résistance ?
Julie Gacon s’entretient avec Chowra Makaremi.
Focus – Comment la diaspora iranienne vit‑elle la guerre en cours ?
Avec Nader Vahabi, sociologue, membre du Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires (LISST) de l’université de Toulouse et membre affilié à l’ICM (Institut Convergences Migrations-CNRS).
La diaspora iranienne, issue d’une émigration principalement politique débutée dans les années 1980, compte près de 5,5 millions de personnes à l’étranger. Sa politisation s’est structurée au fur et à mesure des soulèvements en Iran et ses mobilisations reflètent des sensibilités multiples, parfois opposées. Aujourd’hui, ses membres suivent la guerre et le devenir politique du pays avec prudence et incertitude.
Pour aller plus loin
- Chowra Makaremi, Résistances affectives : les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, septembre 2025.
- Nader Vahabi, Iran : de l’exil des élites à l’exil populaire, Le Croquant, 2024.

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