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Enjeu vital pour les populations et l’économie, le nerf de la guerre au Moyen-Orient peut-il être l’eau ? Franck Allard, chercheur spécialisé dans les enjeux stratégiques liés à la question, répond aux questions de franceinfo.
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« Cette guerre va durer », insiste Emmanuel Macron à propos du conflit au Moyen-Orient commencé le 28 février. Il y ajoute même un risque d’escalade. Parmi les raisons qui peuvent le mettre sur cette piste ? Les frappes sur des usines de dessalement d’eau dans la région, à l’image d’une station de dessalement à Bahreïn endommagée par une attaque de drones iraniens dimanche 8 mars. Franck Allard, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des enjeux sécuritaires liés à la ressource en eau, est l’auteur de L’eau, enjeux stratégiques des conflits modernes, aux éditions Hubert Lafont, revient sur cette guerre de l’eau.
Franceinfo : Emmanuel Macron a-t-il raison de penser qu’il y a un véritable risque d’escalade ?
Franck Allard : Le président de la République a raison de le souligner, car une nouvelle étape a été franchie. Ces usines de dessalement sont stratégiques pour l’alimentation en eau des pays du Golfe. Elles représentent aussi environ 40 % de la production totale d’eau dessalée sur la planète.
Le dessalement est clairement une artère vitale pour l’alimentation en eau de ces États et un enjeu stratégique en cas de conflit.
Franck Allard, spécialisteà franceinfo
Sans eau, il n’y a plus de vie ni d’activité économique, mais je pense qu’il faut rester prudent par rapport à ce sujet. Elles sont certes vulnérables à des frappes de drones, mais également à des marées noires qui pourraient survenir. Les États du Golfe ont massivement investi depuis 30 ans dans la robustesse de leur système d’alimentation en eau. Par exemple au Qatar, 99% de leur alimentation en eau vient de trois stations, mais les Qataris ont construit les plus grands réservoirs d’eau douce au monde en cas d’accident.
À quel point des mesures de protection ont-elles été prises afin de préserver les stocks d’eau potable et les usines de dessalement ?
Les usines servent à produire de l’eau potable et les réservoirs à stocker mais derrière, l’ensemble des réseaux de distribution sont reliés. Si ça casse à un endroit, on peut réalimenter par un autre endroit. Ces sites stratégiques sont aussi militairement protégés par des capacités solaires, comme des batteries antimissiles. En cas d’urgence, on pourrait très bien demander aux populations de restreindre leur consommation d’eau, comme aux gros consommateurs industriels de limiter leur consommation. Cela a même été déjà fait en situation de sécheresse en France en 2022 où on a demandé dans certaines communes de réduire les consommations afin de tenir le temps de ce que nous avions dans les réservoirs.
Est-ce un tabou dans nos guerres modernes de s’attaquer à l’eau ?
C’est malheureusement de moins en moins rare, et le conflit en Ukraine l’a montré. On viole complètement des conventions de Genève et des protocoles additionnels de 1977. On fait la guerre contre l’eau, contre les infrastructures hydrauliques, par du ciblage direct ou par des dégâts collatéraux.
Les conséquences sur la population seraient désastreuses.
Franck Allard, spécialiste des questions stratégiques autour de l’eauà franceinfo
Il ne s’agit pas seulement d’alimentation en eau potable, mais elle concerne surtout celle en eau des hôpitaux qui servent à soigner les blessés de guerre par exemple. Les conséquences sont également lourdes dans le Golfe, cette fois-ci sur le plan économique. Car pour extraire du pétrole, il faut de l’eau et pour le raffiner, il en faut aussi. En attaquant cette station à Bahreïn dimanche, l’Iran a en effet franchi un cap. Le pouvoir iranien devrait pourtant rester prudent à ce sujet car l’alimentation en eau du pays et de ses grandes villes est excessivement fragile. Il en faudrait très peu pour que la coalition israélo-américaine annihile complètement leurs capacités de distribution d’eau.
Existe-t-il encore aujourd’hui des villes très dépendantes de ces usines, au point de se retrouver dans une situation d’urgence ?
En 1991, pendant la guerre du Golfe, la seule usine de désalinisation dans la capitale saoudienne à Riyad, Al-Jubail, avait été fermée préventivement, car cela posait clairement des problèmes d’alimentation en eau pour telle ville. Ce n’est plus autant le cas de nos jours. À partir de 2018, le prince héritier Mohamed Ben Salman a fait construire des stations de dessalement sur la mer Rouge, c’est-à-dire éloignées de cette mer d’Arabie très fermée. Si une marée noire venait à se propager, cela poserait des soucis pour la continuité de service de certaines stations de dessalement qui n’ont pas d’intakes, c’est-à-dire d’aspirateurs d’eau salée à très grande profondeur. Ce choix du prince héritier est clairement motivé pour se tenir très éloigné de la portée de missiles, notamment iraniens.

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