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Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la grotte de Font-de-Gaume aux Eyzies est un des joyaux de l’art pariétal.
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Grâce à des techniques de pointe ayant permis de détecter la présence de carbone, des chercheurs ont daté directement l’âge de peintures paléolithiques en Dordogne, a révélé une étude publiée lundi 9 mars, une première dans cette région exceptionnellement riche en art préhistorique.
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la grotte de Font-de-Gaume aux Eyzies est un des joyaux de l’art pariétal. Ses parois sont ornées de gravures et de dessins géométriques et figuratifs, représentant pour ces derniers un grand nombre de bisons, mais aussi des mammouths, des chevaux, des cerfs, des « masques » humains…
De précédentes analyses avaient révélé que les pigments utilisés pour ces dessins aux nuances allant du noir au brun et du rouge au jaune, étaient composés d’oxydes de fer (rouge) et de manganèse (noir). Mais l’étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), révèle que certains d’entre eux ont été réalisés avec une matière colorante à base de carbone, probablement du charbon de bois.
Une première. Car de façon « surprenante », aucune figure réalisée avec du noir de carbone n’avait jusqu’à présent été retrouvée en Dordogne – y compris à Lascaux. Alors que ce matériau « omniprésent et facile à obtenir » était pourtant « le plus direct et évident » pour dessiner dans les grottes à l’époque paléolithique, souligne l’étude. Or contrairement au fer ou au manganèse, ces pigments peuvent être datés jusqu’à -50 000 ans grâce à la désintégration radioactive du carbone 14.
C’est avec cette méthode que la plupart des représentations de la grotte Chauvet (Ardèche), réalisées avec du charbon de bois, ont pu être datées à -36 000 ans. Rien de tel pour Lascaux, par exemple, dont les datations (18 000 à 15 000 avant le présent) reposent sur des comparaisons stylistiques et la datation des dépôts géologiques et des vestiges archéologiques retrouvés dans la grotte. Ou pour Font-de-Gaume, que les préhistoriens estimaient jusqu’à présent à entre 18 000 et 16 000 ans, sans en avoir de preuve directe.
Convaincre les collègues que c’était vraiment du carbone paléolithique et pas une contamination ultérieure.
Ina Reiche, physico-chimiste dans le domaine du patrimoine culturelAFP
Sans toucher aux fragiles chefs d’œuvre, les scientifiques ont utilisé plusieurs techniques d’imagerie de pointe sur deux dessins noirs représentant un bison et un masque, qui ont révélé dans un premier temps l’absence de manganèse, puis la présence de carbone. Mais « il nous fallait convaincre les collègues que c’était vraiment du carbone paléolithique et pas une contamination ultérieure, par des torches ou un graffiti car la grotte, découverte en 1902 est connue et visitée depuis 120 ans au moins », explique à l’AFP Ina Reiche, physico-chimiste dans le domaine du patrimoine culturel.
L’imagerie hyper-spectrale, qui permet de mesurer la couleur à chaque point et d’en déduire la composition chimique des éléments colorés présents, a été déterminante. « Là, c’est vraiment très convaincant, car on voit que le trait a été entièrement fait avec le carbone », souligne la directrice de recherche du CNRS au Laboratoire de développement instrumental et de méthodologies innovantes pour les biens culturels (Chimie ParisTech-PSL/CNRS/Ministère de la Culture). « C’est ce qui nous a permis de convaincre les autorités que ça valait la peine de faire des micro prélèvements » pour une datation au carbone 14, raconte-t-elle.
Le bison aurait été peint entre 13 461 et 13 162 avant le présent, après ajustement des données (CalBP, le présent était fixé conventionnellement à 1950). La lèvre supérieure et la lèvre inférieure du masque ont été datées respectivement à entre 15 981 et 15 121 CalBP et à entre 15 297 et 14 246 CalBP. Des âges légèrement plus récents que ceux estimés à partir du style.
L’œil gauche du masque semble bien, lui, plus jeune, remontant à seulement 8 993 à 8 590 CalBP. Une différence qui pourrait être liée à une retouche ultérieure, mélangeant du carbone moderne avec le pigment préhistorique d’origine. Car « il suffit de seulement 5% de carbone moderne pour rajeunir la date d’un échantillon de mille ans », rappelle Ina Reiche.

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