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Après plusieurs passes d’armes entre le fondateur des insoumis et le reste de la gauche, les états-majors du PS et des Verts ont haussé le ton contre Jean-Luc Mélenchon. Mais l’entre-deux-tours des municipales devrait les confronter à un principe de réalité. Sans accord, de nombreuses villes pourraient basculer à droite, les poussant à mettre de l’eau dans leur vin.
Une rupture en public sur les municipales, une réconciliation en privé lors de l’entre-deux-tours? Officiellement, les socialistes ont fermé la porte à « tout éventuel accord » avec La France insoumise pour conquérir ou garder des mairies le 15 et le 22 mars prochain.
Sur fond de différentes polémiques, entre les propos de Jean-Luc Mélenchon sur la prononciation du nom du criminel américain Jeffrey Epstein et celui du patron de Place publique Raphaël Glucksmann, le torchon n’a eu de cesse de brûler entre le parti à la rose et les insoumis.
Pas question, donc, d’afficher une entente dans tout l’Hexagone sur la ligne de départ, sans trop de prise de risque. Les listes aux municipales ont déjà été déposées en préfecture pour le premier tour bien avant cette mise au point.
Des alliances ponctuelles pour éviter une victoire de l’extrême droite? « Ça se regarde »
Même ambiance dans les rangs des écologistes. Nous ne ferons pas « des alliances comme si de rien n’était » après les propos du fondateur de LFI, a asséné Marine Tondelier la secrétaire nationale du parti ce mardi soir lors d’un meeting à Amiens.
Avant de nuancer: « dans les villes qui peuvent basculer, ça se regarde ».
Voilà en quelques mots la stratégie des socialistes et des écologistes bien résumée. Pas question de rompre les amarres avec les insoumis là où la gauche unie au second tour pourrait l’emporter.
Il faut dire que la précision de la patronne des écologistes n’a rien de rhétorique. Dans plusieurs grandes villes où la gauche part en ordre dispersé, les socialistes comme les écologistes auront bien besoin de parvenir à se mettre d’accord entre le premier et le second tour des municipales pour espérer l’emporter.
Lyon, Marseille, Toulouse…
C’est par exemple le cas à Lyon où le maire écologiste sortant Grégory Doucet n’a guère de chance de faire son retour à la mairie sans accord avec la députée Anaïs Belouassa-Cherifi.
L’édile socialiste de Marseille, Benoît Payan, devrait également essayer de fusionner avec la liste de l’insoumis Sébastien Delogu s’il veut avoir une chance de garder la mairie. À Toulouse, la victoire de la gauche pour déloger le sortant Jean-Luc Moudenc, resté proche de la droite, semble très incertaine si les socialistes et LFI ne se mettent pas eux aussi autour d’une table pour discuter. Résultat: d’éventuelles alliances entre le PS et les écologistes auront bien lieu dans l’entre-deux-tours.
« Évidemment que pour battre la droite et l’extrême droite, on doit faire l’union. On n’a aucun doute là-dessus », insiste la députée socialiste Dieynaba Diop.
« Dans un monde idéal, il faut que les insoumis soient sous les 10% (le seuil pour se qualifier au second tour NDLR) et qu’on n’ait pas besoin de faire des accords avec eux. Après, on ne va pas non plus perdre des villes simplement parce que Jean-Luc Mélenchon dit n’importe quoi. Notre but, c’est quand même de se mettre d’accord à la fin », reconnaît encore un cadre socialiste.
Les restes du Nouveau Front populaire
De quoi justifier au moins une trentaine d’accords d’après les décomptes de RMC dès le premier tour entre le PS et LFI. Le chiffre est très modeste sur les quelques 35.000 communes mais n’a pas manqué d’être pointé par le président des LR Bruno Retailleau qui y voit « des accords de la honte », décomptant au passage, lui, « 112 communes » concernées.
Si quelques-uns de ces accords ont lieu dans des villes de taille moyenne comme à Chartres ou Agen, qui n’ont pas de maire de gauche à leur tête, il s’agit en réalité bien souvent de majorités sortantes qui ont travaillé ensemble pendant 6 ans. C’est le cas à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), Bagneux (Hauts-de-Seine) ou encore Corbeil-Essonnes (Essonne).
Les électeurs socialistes ou écologistes pourraient-ils se perdre dans ces subtilités et avoir l’impression d’un double discours ? Non, juge le sénateur Vert de Lyon Thomas Dossus, en s’appuyant sur le cas des législatives après la dissolution-surprise d’Emmanuel Macron en juin 2024.
« Toute la gauche unie a fait élire l’insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi. Et on n’arriverait pas à faire comprendre aux gens qu’on se remet d’accord pour les municipales? Je n’y crois pas », tranche celui qui laboure le terrain depuis des semaines pour parvenir à faire réélire l’écologiste Grégory Doucet.
« Fusion technique » et « front antifasciste »
Olivier Faure, qui le dit autrement, refuse aussi d’écarter les électeurs insoumis en raison de divergences avec Jean-Luc Mélenchon. Le premier secrétaire du PS s’est refusé dans les colonnes du Parisien ce lundi à jeter l’opprobre sur l’électorat insoumis « qui ont suivi sincèrement LFI et ne se sentent pas coresponsables des dérives de son leader ».
Attirer les électeurs insoumis, oui, mais tout en parvenant à ne pas fuir un électorat plus centriste dont les socialistes ou les écologistes peuvent avoir besoin pour l’emporter à la fin.
Exemple à Paris: le candidat socialiste Emmanuel Grégoire va devoir séduire à la fois ceux qui auront voté pour l’insoumise Sophia Chikirou tout en parvenant à attirer les électeurs plus modérés du candidat Horizons-Renaissance Pierre-Yves Bournazel.
Et si c’était Jean-Luc Mélenchon qui détenait la solution? En meeting samedi à Marseille, le fondateur des insoumis a plaidé pour « une fusion technique » au second tour entre la liste LFI et la liste de Benoît Payan. Le message pourrait aussi valoir pour d’autres villes.
Ce type de fusion, sans accord programmatique, ne déboucherait pas nécessairement, en cas de victoire, sur une gestion commune des municipalités, mais permettrait « un front antifasciste », a aussi plaidé le coordinateur de LFI Manuel Bompard sur France 3.
Chez les écologistes, l’idée semble convaincre. « Des discussions ne seront jamais fermées si certains principes sont respectés par les candidats avec lesquels on s’allie, comme le fait de dire non à la violence en politique », assure le sénateur Vert Thomas Dossus.
Si des accords sont bien conclus dans plusieurs grandes villes, il faudra cependant bien faire avaler la pilule aux plus farouches contempteurs des insoumis. Tout rapprochement avec LFI serait une « compromission », faisant « perdre durablement » des électeurs en vue de la présidentielle, a jugé à de nombreuses reprises le député et ex-chef de l’État François Hollande.
Réponse de Marine Tondelier: « nous ne sommes pas trompés d’élection, il y a en qui préparent des scrutins nationaux, qui ont une stratégie de parti de partir tout seul, pour se compter, pour recruter. Mais les municipales, ce n’est pas le tour de chauffe » de 2027. Voilà les adversaires des insoumis prévenus.

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