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10 mars 2026Née à Buenaventura, un port du Pacifique colombien, Betty Garcés a grandi au rythme de la salsa, avant de se tourner vers le chant et l’opéra. Dès son plus jeune âge, cette Afro-Colombienne s’est réfugiée dans la musique avant d’en faire son métier. Grâce à l’impulsion d’un professeur du conservatoire de la ville de Cali, elle part se former en Allemagne. Plus d’une décennie plus tard, à 41 ans, sa carrière est internationale. Aujourd’hui, elle se produit sur les scènes du monde entier, dans une dizaine de langues.
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Après sa prestation sur la scène du Théâtre Colon de Bogota, Betty Garcés a fait une halte chez sa mère à Cali. Avec un grand sourire et beaucoup de franchise, elle se confie sur sa famille, son besoin de chanter, sa connexion avec le chant lyrique et sa fierté pour ses racines afro-colombiennes qu’elle défend avec force. Elle se remémore ses débuts à Buenaventura : « J’étais une fille introvertie. Ma grand-mère était ma grande confidente. Lorsqu’elle est décédée, je me suis réfugiée dans une pièce au fond de la maison. Sans prévenir, le deuil m’a poussée à chanter des mélodies. C’était ma manière d’exprimer ma douleur. »
Après être sortie de cette cachette obscure, Betty Garcés s’est attaquée au travail vocal au conservatoire de Cali : « J’ai commencé avec la professeure Ivonne Giraldo. Puis, ma vie s’est transformée grâce au maître Francisco Vergara, un caleño [natif de Cali, NDLR], un musicien qui m’a entendu interpréter Cléopâtre. Il a alors décidé de m’aider pour obtenir une bourse d’études ».
À 25 ans, en 2009, elle s’envole pour Cologne, en Allemagne. « Francisco Vergara a réuni les fonds pour que je puisse étudier deux ans là-bas. Il m’a accueillie à Düsseldorf. Mon premier voyage loin de la Colombie et en plein hiver. Je ne parlais pas un mot d’allemand. J’étais tellement heureuse, que je n’ai pas réalisé tout ce qui se passait. » Jusqu’à son entrée à l’école supérieure de musique allemande et le début des cours de chant. « Je me souviens que sur 200 candidats à l’examen d’admission, seulement 10 ont été retenus. Klesie Kelly Moog, une soprano afro-américaine qui avait formé une autre colombienne, m’a choisi. Et c’était important, car nous étions les deux seules afros de l’école. Ça m’a aidé à faire face aux discriminations constantes. »
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Racisme et exclusion
En 2012, Betty obtiendra sa maîtrise en arts à l’École supérieure de musique de Cologne, avec spécialisation en opéra et lied et des souvenirs encore difficiles à assimiler. « Je me souviens qu’à la fin des auditions, je suis sortie pour relâcher la pression. Mais j’ai réalisé que tous les regards étaient fixés sur moi, avec un silence pesant. Je suis restée sous le choc. Certains regards disaient »quel exotique » et d’autres »qu’est-ce que tu fais ici ? » », poursuit-elle.
Ces regards la poursuivent tout au long de son apprentissage et de sa vie en Allemagne : « Partout où j’arrivais, j’étais ‘‘l’exotique, la latine de Colombie ». Les critiques, les jugements et le racisme pleuvaient à chaque rencontre. Même si je le vivais aussi en Colombie, c’était différent, pas si direct. En Allemagne, ça me poussait à remettre en question ma valeur. La pression était si forte qu’un matin, je me suis réveillée anéantie, je n’avais plus la force de sortir dans la rue. Je me disais en soupirant : »Encore un jour de plus ici… et rappelle-toi, Betty, que tu es une femme noire en Allemagne ! » Là, j’ai eu comme un déclic. J’ai compris l’effet du racisme. »
Elle prend alors conscience de la pression exercée par le regard des autres : « C’est une pression constante, présente partout : dans le bus, au supermarché, en cours, dans un café… J’ai dû apprendre une nouvelle forme de vivre cette réalité. Au début, beaucoup de tristesse, de colère, de révolte. Puis, avec le temps, j’ai pris du recul et j’ai repris confiance en moi. »
Le succès, une carrière internationale
Betty endure tout : les critiques sur le timbre de sa voix, sa couleur, sa puissance, ce qu’elle devrait ou ne devrait pas chanter, sur le rôle qu’elle peut ou ne peut pas interpréter en raison de sa couleur de peau… Elle chantera pourtant sur des scènes internationales dans plus de 20 pays, dont le Théâtre Royal de Madrid, le Parco della Musica de Rome, le Gulbenkian Hall de Lisbonne et le Théâtre Colon de Bogota. Elle fait partie du programme « Solo Klasse » de l’École supérieure de musique, théâtre et médias de Hanovre en Allemagne. Elle peut interpréter des œuvres musicales en italien, allemand, anglais, français, espagnol, portugais, tchèque et russe. Elle a interprété le répertoire de Mozart, Beethoven, Verdi, Brahms, Debussy, R. Strauss, Korngold, Schönberg, Rachmaninov et R. Wagner, entre autres.
En avril, elle sera sur la scène du Palais royal à Paris avec « Opera for peace ». Puis, elle fera une tournée en Europe avec sa pianiste Antonia Valente et reviendra en fin d’année en Colombie, sur la scène bogotanaise. Reconnue comme l’une des sopranos les plus influentes d’Amérique latine, Betty Garcés poursuit son ascension dans l’univers lyrique.
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