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Au Liban, les derniers habitants d’un village chrétien du sud du pays ont été évacués, mardi 10 mars, par les casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Au total, 83 personnes sont sorties de la zone la plus dangereuse. Ils étaient confinés dans l’église de Alma el-Chaab depuis plus d’une semaine. C’est à la fois un crève-cœur pour les chrétiens et le signe que la situation se détériore au sud du Liban.
Quand il gare sa Hyunday blanche à Beyrouth, Shadi Saday se passe les deux mains sur les yeux. Le maire du village a l’air épuisé. Il commence son exil intérieur. « On est parti les larmes aux yeux. On n’est pas des déplacés, on nous a déplacés », lâche Shadi Saday. Le convoi d’une cinquantaine de voitures est parti vers 9h du matin sur une route déserte, encadré par les blindés blanc des Nations unies.
Avec ses tatouages religieux sur les avant-bras, le maire dit que les villageois ont embarqué l’évangile et pas grand-chose de plus. « Ce qu’on a pris de l’église, c’est notre foi. On n’a rien pris de nos maisons », confie Shadi Saday. « Quand tu perds ta dignité et ton honneur, tout le reste devient insignifiant », poursuit-il.
Un homme tué par un tir de drone
Quelques minutes plus tard, le maire passe le porche de l’église Saint-Antoine. Des familles du village sont là. À peine arrivées, plusieurs d’entre elles suivent une messe d’accompagnement pour un habitant tué il y a trois jours par un tir de drone. « Sami c’est un civil. Il n’a aucune arme. Il ne se sert de rien », déplore Nader Eid, qui a quitté le village lundi matin. « Il est avec sa maison sa famille. Il n’a rien fait de mal Samy. Il n’a rien fait de mal. Il était en train de s’occuper de son potager. Il était en train d’arroser. Quand il est mort, il avait encore le tuyau entre les mains. »
Alma el-Chaab est planté contre la frontière Israélienne, entouré de villages chiites qui ont été désertés. Depuis une semaine, l’ambiance est irrespirable, selon Joseph : « Des tirs de balles, des drones au-dessus de nos têtes. J’avais trop peur pour ma fille. Elle était seule. C’était une nuit terrifiante, c’était vraiment effrayant. »
Pour limiter les risques les habitants se sont calfeutrés dans le sous-sol de l’église. Il y avait au moins 9 enfants et de quoi tenir sur la durée, raconte Nader Eid. « On avait tous des matelas, des couvertures, des oreillers, on avait tout », explique-t-il. « Les forces italiennes de l’ONU venaient nous voir. Ils nous ont amené du fromage. Ils nous ont amené de la nourriture, du pain de l’eau et tout ce dont nous avions besoin pour tenir. »
Le village déjà en parti détruit en 2024
Mais, samedi, un tir est tombé à côté de la camionnette de la police. Dimanche, Samy, le vieil homme de 70 ans, est mort devant son potager. Les habitants d’Alma el-Chaab ont pris cela pour un avertissement. Lundi, l’armée Libanaise leur a demandé de quitter les lieux. « Avant on avait eu des assurances qu’on était en sécurité si on restait ensemble, en groupe, sans bouger. Mais là, ni l’église ni l’armée libanaise, ni l’ONU, personne ne nous a donné de garantie ou de promesse », affirme Eli Bwary, qui appartient à la communauté. « Là, c’est soit votre vie, soit votre maison. Je ne veux perdre ni l’une, ni l’autre, mais si je dois perdre quelque chose, évidement je ne vais pas perdre la vie, je vais perdre ma maison », souligne-t-il.
Les derniers habitants vont loger dans de la famille. Ils avaient déjà évacué leur village en 2024 et investi pour reconstruire certaines maisons. Cette répétition de l’histoire est lourde a porter pour Josette, maman de deux enfants qui sont partis un peu avant le dernier convoi. « Je viens de les inscrire dans une école. Chaque année, une nouvelle. Ils ne comprennent rien ce qui passe. Je les envie », lance la mère de famille.
Au début de la guerre, les habitants ont fermé les routes pour tenter de retenir l’armée libanaise qui est remontée plus au nord. Ils se sont sentis très seuls, mais ils pensaient que leur statut de chrétien pouvait les protéger. Lors de la dernière guerre, en 2024, 200 maisons environs ont été détruites ou vandalisées dans leur village.

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