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11 mars 2026Au Rassemblement national, une campagne mitigée entre brebis galeuses et ambitions modérées
ERIC BRONCARD / Hans Lucas via AFP
Une affiche dégradée de Thierry Mariani, candidat du RN à Paris
Juin 2024. Le Rassemblement national arrive en tête des élections européennes. La séquence législative ouverte dans la foulée leur est si favorable que les partis de gauche parviennent à ressusciter leur union pour leur faire barrage. Deux ans plus tard, malgré la condamnation de Marine Le Pen, le parti d’extrême droite reste en tête des sondages pour la présidentielle 2027. Mais entre ces séquences, le scrutin municipal apparaît comme un défi.
« Partout en France, des listes RN seront dans nos communes ! » peut-on lire en gras sur le site dédié aux municipales du Rassemblement national. Dès le mois de janvier, le vice-président Sébastien Chenu annonçait fièrement qu’« à peu près 650 listes » RN seraient déposées, « du jamais vu » pour le parti d’extrême droite. À deux jours du premier tour, Marine Le Pen évoque, elle, « 725 listes présentées ou soutenues par le Rassemblement national. »
Soit plus du double des candidats investis en 2020. Mais la progression est en trompe-l’œil. D’une part, parce que l’alliance avec le parti Union des Droites pour la République d’Éric Ciotti offre au parti 84 listes supplémentaires, selon un décompte de la revue du think thank Terra Nova, orienté à gauche. D’autre part, parce que la « charte de soutien » proposée par le RN à des candidats qui ne souhaitent pas afficher le logo d’extrême droite lui permet de gonfler leurs chiffres. En parallèle, ce nombre record d’investitures met aussi en lumière leur disparité régionale. Loin d’une présence « partout en France ».
Zones en jachère et brebis galeuses
Le Rassemblement national a ses terres de prédilections : les Hauts-de-France, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et, dans une moindre mesure, le Grand Est. Trois régions où Marine Le Pen est arrivée en tête du premier tour de la présidentielle 2022. Trois régions qui concentrent à elles seules 22 des 35 députés RN qui ont choisi de briguer une mairie.
Laure Lavalette à Toulon, Éric Ciotti à Nice, Alexandra Masson à Menton… Tous ont reçu la visite de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Une victoire ici ou là serait majeure pour le parti : à Toulon pour faire oublier le désastre de la mairie FN en 95, à Nice où une défaite du sortant Christian Estrosi, en plus d’être un camouflet pour le parti Horizons, serait le premier vrai coup de l’alliance RN-UDR, à Menton où le RN a l’occasion de moucher le fils Sarkozy… Marseille et ses presque 900 000 habitants apparaît comme le Graal. En cas de victoire de Franck Allisio (donné à 34 % dans le sondage Opinion pour CNews, Europe 1 et le JDD le 11 mars, deux points derrière le sortant socialiste), le RN remporterait sa toute première métropole et porterait un coup potentiellement fatal au front républicain en vue de 2027.
Mais le dézoom de la carte de France n’est pas aussi favorable au parti d’extrême droite. Malgré le « ménage » promis après le fiasco des investitures en 2024, la presse s’est fait l’écho de plusieurs dizaines de candidats qualifiés de « brebis galeuses », rappelant l’ADN radical et peu reluisant de la famille frontiste. Dans la dernière droite, le parti a dû désinvestir en catastrophe trois têtes de listes à Belfort, Dunkerque et Carpentras. Surtout, le Rassemblement national a dû faire l’impasse sur une bonne partie des communes françaises. Selon un décompte du Monde, le parti est absent d’un quart des 100 villes les plus peuplées du pays, y compris dans les zones qui lui sont plutôt favorables. Le quotidien cite notamment l’exemple de la Dordogne, forte de trois députés RN mais avec seulement deux listes pour 500 communes. À Mayotte, territoire ultramarin où Marine Le Pen enregistre ses meilleurs scores, une seule candidate se revendique comme militante du RN, rapporte La 1re.
« Les municipales c’est gagnant ou gagnant »
Comme tous les partis, le RN doit composer avec des critères de parité, pas toujours évident à remplir. Mais auprès du Monde, le député de Moselle Kévin Pfeffer reconnaît que « ce qui pêche, c’est avoir une tête de liste crédible. » « L’investiture municipale est la plus compliquée à accorder, il faut avoir toutes les qualités : aimer les gens, avoir des connaissances sur la commune, pouvoir la gérer », détaille-t-il. Un quasi-aveu de faiblesse sur les maigres ressources humaines du parti. Et un défi conséquent pour un parti qui a longtemps relégué l’implantation locale au second plan, tout en se revendiquant le « premier de France ».
Pour le RN, il ne s’agit donc pas tant de prendre des grandes villes – la faiblesse de leurs candidats à Paris (Thierry Mariani) et à Lyon (Alexandre Humbert Dupalais, UDR soutenu par le RN) en témoigne – que de développer son maillage territorial. « Toutes les villes sont importantes », insiste Marine Le Pen ce 11 mars sur Sud Radio, refusant de fixer des objectifs de conquête précis. « Les municipales c’est gagnant ou gagnant. Gagnant parce qu’on gagne la mairie. Ou gagnant parce qu’on a de toute façon des conseillers municipaux d’opposition qui auront un rôle à jouer », estimait-elle quelques jours plus tôt sur RTL.
La triple candidate à la présidentielle ne va pas plus loin. Mais pour le parti, le rôle des conseillers municipaux va bien au-delà d’une simple opposition locale. Ils seront sollicités dès septembre, en tant que grands électeurs, pour les sénatoriales, un exercice électoral qui résiste encore à la progression du RN. Mais c’est surtout en 2027 que leur rôle sera décisif : il y a cinq ans, Marine Le Pen n’avait obtenu ses 500 parrainages in extremis. Un bataillon de conseillers municipaux acquis (ou engagés à soutenir la candidate ou son dauphin Jordan Bardella) permettra d’éviter une situation similaire, alors que le parti a le vent en poupe dans les sondages à dix-huit mois de l’échéance. Car oui, la prise de l’Élysée reste l’objectif principal. Et la bataille des municipales n’est qu’un moyen, parmi d’autres, d’y parvenir.

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