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11 mars 2026Mines de contact, à influence, par lance-roquettes… Comment l’Iran pourrait faire basculer la guerre en piégeant tout le détroit d’Ormuz avec ces bombes à seulement 1.500 dollars
L’Iran pourrait miner le détroit d’Ormuz avec des mines marines faciles à déployer et difficiles à neutraliser, ce qui bloquerait un passage clé du pétrole mondial et constituerait un acte de guerre majeur aux conséquences économiques et militaires importantes.
L’Iran va-t-il massivement miner le détroit d’Ormuz? Ce mardi soir Donald Trump a menacé le régime de Téhéran. « Les conséquences militaires seront sans précédent si des mines ont été posées et qu’elles ne sont pas retirées IMMEDITAMENT », s’est emporté le président américain sur Truth Social.
Selon CNN, l’armée iranienne aurait déjà posé des dizaines de mines dans le fameux détroit complètement bloqué et par lequel transite en temps normal 20% des hydrocarbures de la planète.
Emmanuel Macron a cependant assuré ce mercredi qu’il n’avait « pas la confirmation, ni par des services partenaires ni par nos propres services » de renseignement de l’utilisation de mines navales par l’Iran dans le détroit d’Ormuz, estimant que « ce serait un choix lourd » que ferait Téhéran.
Le minage du détroit d’Ormuz par l’Iran pourrait constituer un tournant majeur dans le conflit actuel au Moyen-Orient. Ces armes sont particulièrement efficaces pour bloquer un espace maritime, car elles sont faciles à installer, disponibles en grand nombre et extrêmement difficiles à neutraliser.
« Surtout, explique à BFM Business Stéphane Audrand, consultant indépendant et officier de réserve dans la Marine, c’est facile de miner, n’importe quel bateau peut balancer une mine à la mer. La mine est la Némésis de tous les armateurs! »
Il y a plusieurs types de mines. D’abord, les historiques, les mines marines qui fonctionnent par contact direct avec un navire. C’est ce qu’on appelle les mines « à orin ». Il s’agit de sphère d’1m50 de diamètre environ qui flottent à quelques mètres sous la surface de l’eau. Bourrées de 100 kg équivalent TNT d’explosifs, elles explosent lorsqu’un bâtiment (un navire) entre en contact avec les cornes en polymère qui recouvrent sa surface.
Entre 5.000 et 6.000 mines
« C’est la mine standard MDM-6, dérivée de la M08 conçue par les Russes en 1908, explique Stéphane Audrand. Les Iraniens l’ont perfectionnée et ils en produisent encore. Elle ne coûte pas plus de 1.500 dollars. »
L’Iran disposerait dans son arsenal de 5.000 à 6.000 mines marines de différents types. Ces engins peuvent gravement endommager un navire marchand ou militaire. Surtout un minage massif n’est pas anodin, surtout dans l’étroit détroit d’Ormuz.
« Il faut savoir que 77% des pertes de la Marine américaine depuis la Seconde guerre mondiale c’est à cause des mines, précise Stéphane Audrand. En 1991, pendant la guerre du Golfe, les Américains n’ont pas pu débarquer à Koweit City parce que l’Irak avait dispersé plus d’un millier de mines. »
Mais les Américains aussi ont dans leur histoire su largement utiliser le minage pour remporter une guerre. C’est le cas de la méconnue opération Starvation en 1945 sur le Japon. Des dizaines de milliers de mines avaient été larguées par des bombardiers B-29 dans les détroits, ports et routes commerciales autour du Japon. Son objectif était simple: couper les routes maritimes japonaises pour affamer l’économie et l’armée du pays. Une opération qui eut des effets massifs. Plus de 650 navires japonais coulés ou gravement endommagés et la quasi-paralysie du commerce maritime japonais.
Beaucoup d’historiens considèrent aujourd’hui que ce minage naval a été l’une des opérations les plus efficaces de la guerre dans le Pacifique.
Mais l’Iran dispose également de mines dites à influence posées directement sur le fond marin. Certains modèles, comparables à l’ADM-500 soviétique, contiennent environ 300 kilos d’explosifs. Ces mines-là sont plus coûteuses, de 10 à 15.000 dollars mais certains modèles les plus perfectionnés grimpent jusqu’à 100.000 dollars.
Lorsqu’elles explosent sous un navire, l’onde de choc sous-marine et la bulle de gaz produite peuvent soulever la coque puis la briser sous son propre poids, ce qui peut couler un navire militaire ou gravement endommager un pétrolier.
Des mines par lance-roquette
Deux types de détecteur sont ici à l’oeuvre: un magnétique qui va déclencher l’explosion à l’approche d’une imposante masse métallique (mais sans contact). Une acoustique capable de distinguer le son de l’hélice d’un gros bateau ou d’un petit. Ces mines qui ont la forme d’une torpille peuvent être positionnées à plusieurs dizaines de mètres sous la surface de l’eau, voire ensablées. Ce qui rend leur détection très complexe.
Le minage du détroit d’Ormuz peut donc être réalisé avec des moyens relativement simples. La plupart des mines marines iraniennes peuvent être déployées depuis presque n’importe quel navire, civil ou militaire, grâce à une simple rampe permettant de les faire glisser à la mer.
Des bateaux de transport, des navires de pêche ou des bâtiments militaires peuvent donc servir à poser ces engins discrètement. L’Iran dispose également de mines pouvant être installées par ses sous-marins, ce qui permet de les placer plus furtivement.
Plus problématique, certaines mines peuvent même être tirées depuis la côte à l’aide de lance-roquettes ou de systèmes spécialisés.
« Ce sont des mines aérolargables par lance-roquettes, confirme Stéphane Audrand. On sait en faire depuis les années 30 mais l’Iran a dévoilé récemment qu’elle en possédait, de conception chinoise. »
La télévision d’État iranienne a présenté en janvier 2025 une vidéo dans laquelle le Corps des gardiens de la révolution fait une démonstration de pose de mines marines à l’aide du lance-roquettes multiple Fajr-5. Cette utilisation inattendue d’un système d’artillerie bien connu a surpris les analystes militaires, car elle permettrait de disperser rapidement des mines en mer sur de longues distances et sur une large zone.
Enfin, l’arsenal iranien comprend aussi quelques mines dites « remontantes », capables de détecter un navire puis de lancer vers la surface une charge explosive antinavire, ce qui les rend particulièrement dangereuses pour les bâtiments qui passent à proximité.
Un minage efficace du détroit nécessiterait environ 300 mines, soit seulement près de 5% de l’arsenal iranien. Même un nombre limité d’engins peut suffire à perturber le trafic maritime, car les assureurs et les armateurs refusent généralement de faire naviguer leurs navires dans des zones jugées trop dangereuses.
« Mon scénario c’est qu’ils vont mettre des mines à orin et faire beaucoup de communication là-dessus, estime Stéphane Audrand. Mais on peut facilement s’en débarrasser. »
Même si les Américains viennent regrettablement de désarmer le mois dernier quatre de leurs navires chasseurs de mines qui étaient stationnés à Barhein, ils ont équipé trois de leurs frégates furtives LCS de modules de détections. Les Européens peuvent aussi être mis à contribution. La France dispose d’une dizaine de navires CMT (chasseurs de mines tripartites) mobilisables.
Une fermeture du détroit pendant trois mois pourrait entraîner la perte d’environ 1,38 milliard de barils de pétrole et faire monter le prix du Brent au-dessus de 100 dollars le baril.
Cependant, cette stratégie comporte aussi des risques pour l’Iran, car les mines ne distinguent pas les navires selon leur nationalité. Même programmable, une mine à influence peut très bien couler un bâtiment iranien ou chinois accidentellement.
« Le jour où ils mettent des mines de fond, c’est un acte de guerre d’ampleur », résume Stéphane Audrand.
Les marines occidentales possèdent des capacités de déminage efficaces, mais nettoyer le détroit d’Ormuz resterait une opération longue et dangereuse, notamment sous la menace de missiles antinavires et de vedettes rapides iraniennes. Les frappes américaines actuelles viseraient justement à détruire les capacités navales iraniennes afin de limiter ce type de stratégie de déni d’accès.

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