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11 mars 2026Jérôme Ferrari, auteur du Sermon sur la Chute de Rome, pour lequel il reçut le prix Goncourt en 2012, d’Un dieu, un animal, du Principe, ou encore d’A son image (récemment porté à l’écran par Thierry de Peretti) signe une Très brève théorie de l’Enfer. Ce nouveau roman, dense et sombre, s’inscrit dans le triptyque des Contes de l’indigène et du voyageur, débuté en 2024 avec Nord Sentinelle, dans lequel l’auteur traitait des rapports violents entre les autochtones corses et les touristes de l’Ile.
Dans ce nouveau volet, Jérôme Ferrari poursuit son exploration de la notion d’altérité en mettant en parallèle deux types d’exil : celui du narrateur, un Français expatrié à Abu Dhabi, et celle de son employée de maison, Kaveesha, une immigrée sri lankaise. Enfermés dans les mondes clos que créent ces sociétés d’exploitation, ils se côtoient mais ne se rencontrent pas.
Nourri de récits de voyages d’intrépides explorateurs poussés par le vent vers d’autres hémisphères dans son enfance Jérôme Ferrari livre avec Très brève théorie de l’Enfer une vision bien différente de cette quête de l’Ailleurs. Son narrateur, un professeur de philosophie, animé par “le désir beau et insensé de devenir quelqu’un d’autre que lui-même” s’est expatrié à Abu Dhabi avec femme et enfant. A l’instar de nombre de personnages de Ferrari, il est pris dans quelque chose qui le dépasse, et ne parviendra pas à sortir indemne de ce qui ressort selon Ferrari d’une sorte de “labyrinthe éthique”. Dans ses rapports avec les autres, et notamment avec son employée de maison Kaveesah, le narrateur sait qu’il ne peut pas bien agir. “Penser que tout nous est du et que c’est bien normal qu’il y a ait des gens qui travaillent pour nous est évidemment insupportable, mais l’accepter tout en trouvant que ce n’est pas bien l’est également”. En tant qu’auteur, ce qui intéressait Ferrari était « d’exposer une situation où tout est un piège. »
En regard des chapitres consacrés à l’expérience de l’expatriation du narrateur, Jérôme Ferrari adopte le point de vue de Kaveesah et relate son propre parcours d’exil depuis le Sri Lanka pour Abu Dhabi. Si la fiction littéraire est bien “le lieu de l’expérience de l’altérité, car elle consiste à adopter des perspectives qui ne sont pas les nôtres”, Ferrari rappelle que cette expérience n’a rien d’un pouvoir occulte : “je ne pense pas du tout que par la grâce d’une espèce de don on puisse deviner ce qui arrive des gens dont les conditions sont précisément inconcevables pour nous.” L’auteur est donc allé à la rencontre de gens qui ont accepté de lui raconter leur histoire, qu’il s’est efforcé de retraduire. “Le travail qu’on a en tant que romancier, c’est d’essayer de rendre justice à ce qu’on a entendu, et pas d’usurper la voix des gens.”
Plus d’informations
- Très brève théorie de l’Enfer a paru aux éditions Actes Sud le 4 mars 2026. Après Nord Sentinelle (2024), Jérôme Ferrari poursuit l’examen de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus des “Contes de l’indigène et du voyageur”.
Extraits sonores
- Lecture d’un extrait de Très brève théorie de l’Enfer de et par Jérôme Ferrari
- Edward Saïd parle de l’orientalisme dans Antenne de Midi en octobre 1980
- La chanson de fin : « Les voyages » de Jeanne Moreau

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