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12 mars 2026« Je me sens utile » : prêtre orthodoxe, il parcourt plus de 35000 km chaque année pour visiter ses 5000 fidèles
Né à Cluj capitale de la Transylvanie, région célèbre pour le Comte de Dracula, le jeune Bogdan découvre très tôt sa vocation. Issu d’une famille roumaine orthodoxe pratiquante, il scellera son destin avec l’église, après avoir étudié la théologie, en Roumanie puis à Paris. Depuis une vingtaine d’années, basé en Roussillon au monastère du Vilar dans les Albères, le Père Jean rencontre plus de 5 000 fidèles répartis dans tout le Languedoc-Roussillon.
Une barbe poivre et sel, des cheveux attachés, un regard chaleureux, le port de la soutane assumé, la bonhomie du Père Jean Crestù, dégage de l’empathie. À 45 ans, ce prêtre (ou moine) de la communauté orthodoxe roumaine est un homme cultivé, qui parle six langues, il est aussi intarissable sur l’histoire du prieuré du Vilar, un monastère unique en son genre. En mission quotidienne, et parce que cette religion n’échappe pas à la crise des vocations, il visite les fidèles du Roussillon en Aveyron, en passant par le Gard, l’Aude et l’Hérault.
Pour Bogdan, né la veille de Noël en 1980 d’un père militaire et d’une maman professeur de math tout commence à Cluj, ville roumaine estudiantine d’excellence. C’est auprès de son grand-père paysan Georges et d’un prêtre captivant, qu’il s’immerge et s’initie aux rites et offices de l’église orthodoxe roumaine, pratiquée ici depuis le premier siècle. Le pays est alors sous le régime dictatorial de Ceausescu (1918-1989), il se souvient des rationnements et des privations.
Le monastère du Vilar, un site unique
À 13 ans, Bogdan est un élève appliqué et se passionne pour l’informatique, mais alors que sa mère lui interdit d’entrer au séminaire, il s’engage dans des études théologiques, tout en fréquentant le monastère de Kluj. À 25 ans, déjà expérimenté, et en parlant français couramment il poursuit sa quête, à Paris à l’institut Saint-Serge. Il rencontre le Père Timothé qui en octobre 2005 l’invite à habiter au Vilar en Pays Catalan. Père Jean a déjà prononcé ses vœux de moine : chasteté, pauvreté, obéissance et assume parfaitement son célibat.
On ne peut donc parler de cette orthodoxie roumaine en Pays Catalan, sans évoquer le monastère du Vilar, un site unique situé sur la commune de Villelongue-dels-Monts. Construit au pied du massif des Albères, il était déjà occupé en 1083 par une communauté de chanoines augustiniens. Son histoire aurait pu sombrer dans l’oubli, car après avoir servi de hangar agricole, de bergerie puis laissé à l’abandon et dévoré par les ronces, c’est grâce à l’acharnement d’une aveyronnaise Lucette Triadou et d’une équipe de bénévoles, que cet ensemble a ressuscité. Et ça vaut vraiment le coup de le visiter et d’admirer notamment les fondations d’une église datée du VIIIe siècle, la chapelle à l’acoustique exceptionnelle. Un acharnement qui sera concrétisé par une nouvelle histoire : Santa Maria du Vilar retrouve alors en 2005 une vie par l’installation d’une communauté orthodoxe roumaine. Le Père Jean organise des visites en six langues, il crée même un festival de renommée internationale jusqu’en 2021.
Aujourd’hui, si nombreuses de ses journées sont consacrées aux visites des proches et lointains fidèles, il parcourt plus de 35 000 km chaque année, Père Jean assure la communication et les offices au monastère. Sa journée commence dès 6 h avec l’office du matin : « j’aime cette vie bien remplie, même si j’apprécie des instants de solitude dans ma cellule au Vilar, je me sens utile, je n’aurais pas pu être cloîtré. L’église orthodoxe est porteuse d’un héritage, je porte ses traditions de toutes mes forces, elles sont un pont entre les anciens et notre modernité. Les offices c’est vrai sont longues, mais tout à un sens du sacré ». Et le père de confier : « savez-vous pourquoi les orthodoxes s’embrassent trois fois ? Pour se rappeler à la divine trinité ».
Et lorsqu’on lui demande le regard qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui, Père Jean explique : « le facteur commun à la crise, c’est le manque de sincérité, que ce soit des observateurs, des politiques, des dirigeants, les intérêts sont au cœur des conflits contre tout principe d’humanité. On vit dans un monde d’exclusion, la famille était garante de la résilience autrefois, aujourd’hui elle est frappée de plein fouet. Forcément les réseaux sociaux ont leur part… Mon engagement monacal reste entier, c’est un combat pour lutter contre le mal, pas seulement spirituel… »
Des métiers pas comme les autres
De clown en passant par gardien de phare ou encore maître cordonnier, ils n’ont pas des métiers dits classiques. L’Indépendant est allé à leur rencontre pour qu’ils nous racontent leurs parcours.

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