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Entre ceux qui veulent réduire l’usage des voitures en centre-ville et ceux qui réclament à l’inverse qu’elles puissent y reprendre leurs droits, le sujet du stationnement, et sa remorque d’idées reçues, est très présent dans la campagne électorale.
Une place, deux ambiances. En ce mercredi matin pluvieux de fin février, les passants qui traversent la place La Rochefoucauld, dans le cœur de Liancourt (Oise), savent qu’ils posent le pied en terrain (politiquement) miné. La preuve : les deux candidats à la mairie de cette commune de 6 800 âmes sont déjà en position. A deux pas du stand de fruits et légumes : la maire socialiste sortante, Laëtitia Coquelle, candidate à sa réélection lors des élections municipales des 15 et 22 mars. Devant la boulangerie : son concurrent divers droite, Jérémy Visconti. C’est sur cette place, inaugurée il y a quelques mois après deux ans de travaux, que se tient le marché hebdomadaire.
C’est aussi ici que se cristallisent les tensions autour de l’un des thèmes phares de ce scrutin, comme dans de très nombreuses villes de toutes tailles : le stationnement. « Ce sujet a été un problème soulevé dès la première réunion publique », assure Jérémy Visconti, qui déplore la piétonnisation totale de la place et revendique une position « pragmatique ». S’il est élu, il promet d’y rouvrir quelques espaces de stationnement, pour répondre, dit-il, aux préoccupations soulevées par les commerçants du secteur.
De l’autre côté de cette place de la discorde, Laëtitia Coquelle et ses adjoints se réjouissent, à l’inverse, « d’avoir restitué [cet espace] aux habitants ». Sur son tract de campagne, elle leur propose de choisir : « Un vrai centre-ville ou un parking ? » « La place est un lieu de passage, explique-t-elle. Par là, vous avez l’école et la boulangerie, et de ce côté-ci, la vieille ville », désignant l’endroit comme un lieu de rencontre pour les Liancourtois, dont les voitures sont désormais accueillies dans un parking de 144 places créé à 50 mètres de là, de l’autre côté de la rue.
A une dizaine de minutes de Creil et de son centre commercial, une demi-heure en voiture de l’aéroport de Beauvais et trois quarts d’heure en TER de Paris via la gare du Nord, cette commune entourée de forêts n’est pas le moins du monde isolée, mais elle fait face, comme toutes les petites communes ou presque, au double défi de la désertification des centres-villes et de la place accordée à la voiture dans l’espace public.
« Un peu comme la propreté, le stationnement, c’est le service de proximité par excellence », constate Jean-Laurent Dirx, président de la Fédération nationale des métiers du stationnement. « Mais on a rarement vu un maire sortant citer spontanément son bilan en matière de stationnement, à moins d’avoir été attaqué sur ce point d’abord », poursuit-il, notant que dans les campagnes comme dans les métropoles, ce sont les opposants qui mettent le sujet sur le tapis. Car, même si les bilans ne sont pas nécessairement mauvais, quand il s’agit de changer les habitudes (marcher 150 mètres de plus, payer pour se garer en centre-ville…) au nom de la qualité de vie dans ces espaces partagés forcément contraints, « il y a toujours des mécontents ».
Eric Gantelet, président du bureau d’études Sareco, spécialisé dans le stationnement, en sait quelque chose. Lors de réunions publiques, il a vu « des habitants dire que c’est l’enfer pour se garer dans la rue, et leur voisin de l’immeuble d’à côté jurer qu’au contraire, il y a toujours de la place », raconte-t-il. « Même dans les zones qui ne connaissent pas vraiment de problème, les enquêtes sur le stationnement affichent des taux de satisfaction très bas ». Face à cette pénibilité réelle ou ressentie et à des usages qui diffèrent d’un administré à l’autre, les élections donnent l’occasion aux candidats de torpiller les décisions des équipes sortantes.
A l’approche des municipales, les journaux regorgent d’exemples de candidats qui proposent de rétropédaler partiellement sur la politique de stationnement mise en place par leurs adversaires. A Saint-Lô (Manche), des listes d’oppositions proposent de réautoriser quelques voitures à se garer sur une partie de la place de la mairie fraîchement piétonnisée, relate Ouest-France. A Lannion (Côtes d’Armor), deux des cinq candidats veulent ponctuellement permettre le stationnement sur une partie d’un quai tout juste réaménagé, rapporte Le Télégramme.
Alors qu’une voiture reste garée en moyenne 95% du temps, les débats sur le stationnement en zone périurbaine rivalisent parfois en termes de virulence avec les prises de becs observées entre candidats parisiens, lyonnais ou strasbourgeois. « Puisque tout le monde est concerné, tout le monde a son idée sur ce qu’il faudrait faire », résume Ludovic Chaleroux. Géographe de formation, il accompagne depuis quinze ans la réflexion de mairies de toutes tailles sur la mobilité, notamment dans le quart sud-ouest de la France. Il sait d’expérience que, pour contrer les biais puissants de chaque individu, « il faut objectiver la situation en apportant des éléments factuels, mener des études de terrain précises pour connaître les usages » propres à la commune, assure-t-il.
Si le stationnement est « un coupable facile », accusé de tous les maux par les candidats au poste de maire, « quand une équipe municipale est en place et qu’on lui montre des faits, on constate souvent la même chose : les certitudes s’effondrent », explique le consultant, pédagogue et diplomate.
Car en matière de stationnement, les idées reçues circulent très librement. « Les commerçants surestiment systématiquement la part des clients qui viennent chez eux en voiture », explique Mathieu Chassignet, spécialiste des mobilités durables et de la transition écologique des villes. Or « quand on imagine que la majorité des clients viennent en voiture, on va forcément s’opposer aux politiques de réduction du stationnement. En partant d’un diagnostic faux », poursuit le chercheur, qui déplore la persistance chez certains élus et acteurs économiques du mythe du « no parking, no business », développé dans les années 1950 par un théoricien américain de la grande distribution.
A Lannion, des commerçants ont ainsi manifesté, en décembre, avec sur le dos des tee-shirts flanqué du slogan, raconte Ouest France. A Liancourt, la poignée de manifestants qui s’est rassemblée début mars sur la place La Rochefoucauld brandissait sur une pancarte le message suivant : « Une place sans parking, un commerce sans avenir ».
Selon un sondage OpinionWay pour la chambre de commerce et d’industrie, 44% des commerçants citent le stationnement comme leur principale préoccupation pour ces municipales, premier thème devant la sécurité (37%). Alors que d’autres études, note l’Ademe, montrent que les Français plébiscitent les actions visant à réduire la place de la voiture en ville, comme les zones piétonnes ou la limitation de la vitesse, « le monde économique attend du stationnement pour permettre aux clients d’accéder aux commerces », abonde le maire de Saint-Martin-le-Vinoux (Isère), coprésident de la commission transports, mobilité et voirie de l’Association des maires de France (AMF), cité par les Dernières nouvelles d’Alsace. « Et lorsque vous essayez de réaménager l’espace public, d’élargir les trottoirs, faire des voies cyclables, de végétaliser… Il peut arriver que le stationnement soit réduit », rapporte-t-il.
Pour Mathieu Chassignet, opposer l’attractivité économique aux initiatives consistant à recalibrer le partage de l’espace public entre les usagers, relève du contresens. « Sinon, seules les communes qui ont changé de politiques de stationnement rencontreraient des problèmes de désertification du centre-ville, mais c’est bien le cas partout ». Certaines des politiques décriées en ces temps de campagne électorale « peuvent au contraire jouer un rôle d’amortisseur » face à cette crise, assure-t-il. « Si la plupart des commerçants identifient le stationnement comme levier principal pour inciter les clients à venir en centre-ville, c’est plutôt la qualité des espaces publics qui est plébiscitée par les clients », écrivait ainsi en 2024 le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), à l’issue d’une étude menée dans huit petites communes provençales.
Loin des débats houleux de la campagne, les mesures des maires en matière de « ville apaisée » sont tout à fait consensuelles, notent les professionnels du stationnement. Alors que les candidats soupçonnent régulièrement leurs opposants de vouloir virer sans ménagement les voitures des centres-villes (ou au contraire, de leur refaire une place de choix), Mariana Reyes, chercheuse en aménagement du territoire et en économie des transports au sein de l’Institut Vedecom, pointe une tendance qui transcende les bords politiques : « Je ne doute pas qu’il y a, par endroits, des politiques qui veulent revenir en arrière. Mais globalement, les mairies travaillent à une meilleure répartition de l’espace ». Partout, « la tendance est plutôt à la baisse du nombre de places de stationnement, et surtout à une meilleure gestion de ces places par le contrôle des dispositifs de tarification par exemple », explique-t-elle.
Le contrôle du stationnement, notamment par le biais des voitures équipées de lecture automatique de plaques d’immatriculation (qualifiées par leurs détracteurs de « sulfateuse à PV ») s’est également invité dans les débats municipaux. A Châteauroux (Indre), un candidat a qualifié dans la presse le coût du stationnement de « répression », écrit La Nouvelle Répubique, quand d’autres, à Melun (Seine-et-Marne), ont dénoncé « du racket », note Le Parisien.
Pour autant, il est peu probable que des élus opèrent un virage à 180 degrés sur ces politiques. Pour lutter contre les « véhicules ventouses », qui squattent les meilleures places au détriment des clients des commerces de proximité, le stationnement payant a fait ses preuves. « Les élus ne sont pas complètement masochistes. S’ils mettent en place du stationnement payant, quand bien même cela peut être impopulaire, c’est bien qu’ils considèrent à un moment ou à un autre que, politiquement, il est plus intéressant pour la ville d’avoir un contrôle du stationnement efficace », analyse le spécialiste Eric Gantelet. Quitte à donner la priorité aux résidents, au détriment d’autres usagers.

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