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12 mars 2026Quelque 400 millions de barils débloqués, une efficacité incertaine… Ce que l’on sait de la mobilisation des stocks stratégiques de pétrole
Cette mesure, annoncée mercredi par l’Agence internationale de l’énergie, intervient alors que les pays du Golfe ont réduit leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, soit « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en or noir de l’histoire.
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La solution à la flambée des prix des carburants ? Les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé, mercredi 11 mars, un déblocage record des réserves stratégiques de pétrole. En cause : la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran, qui a provoqué la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite, en temps de paix, un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Les pays du Golfe ont donc réduit leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, soit « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en or noir de l’histoire, a estimé jeudi l’AIE dans un rapport.
Conséquence de cette raréfaction : les cours du brut ont flambé, atteignant jusqu’à près de 120 dollars le baril lundi et entraînant avec eux les prix des carburants à la pompe dans le monde entier. Franceinfo vous en dit plus sur cette mesure de l’AIE, qui n’a été décidée que cinq fois auparavant.
Un mécanisme collectif utilisé pour la sixième fois
Conformément à l’accord relatif à un programme international de l’énergie (PDF), chaque pays membre de l’AIE a l’obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d’importations nettes, et d’être prêt à réagir collectivement à des perturbations graves de l’approvisionnement en libérant ces stocks stratégiques, rappelle le site de l’organisation internationale. L’objectif de ce mécanisme est « d’augmenter l’offre disponible afin de détendre les tensions sur les marchés pétroliers et contribuer à la stabilisation des prix sur les marchés, qui seront ensuite répercutés aux consommateurs », détaille une note du ministère de l’Economie envoyée à la presse.
Mercredi, la décision d’activer cette option a été prise « à l’unanimité » par l’AIE, dont sont membres 32 pays parmi lesquels ceux du G7 (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada) mais aussi l’Australie ou le Mexique. Depuis la création de l’organisation, cinq actions collectives de ce type ont déjà été menées : lors de la guerre du Golfe en 1991 ; après que les ouragans Katrina et Rita ont endommagé les plateformes pétrolières offshore, les oléoducs et les raffineries de pétrole dans le golfe du Mexique en 2005 ; en réponse à la perturbation prolongée de l’approvisionnement en pétrole causée par la guerre libyenne en 2011, et deux fois en 2022 en raison de la guerre en Ukraine.
Quelque 400 millions de barils de pétrole débloqués
Les pays de l’AIE « vont mettre 400 millions de barils de pétrole (…) à la disposition du marché », a annoncé mercredi le directeur exécutif de l’agence, Fatih Birol, un record depuis 1974. Soit « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz », a précisé Emmanuel Macron à l’ouverture, mercredi, d’une visioconférence avec ses homologues du G7, présidé cette année par la France.
La contribution de chaque pays membre est proportionnelle à sa part dans la consommation totale de pétrole des pays membres de l’AIE, rappelle l’organisation sur son site internet. Les Etats-Unis, gros consommateurs et producteurs d’or noir, vont ainsi apporter à eux seuls 172 millions de barils, soit 40% de leurs réserves. Côté français, le président de la République a promis un volume de 14,5 millions de barils, selon le ministère de l’Economie. Sans préciser la part des stocks français que cela représentait, le ministère a expliqué que ces derniers sont composés de « plus de 90 jours d’importations nettes » et de « différents produits pétroliers : essence, gazole, carburéacteur, fiouls… ».
En pratique, « les stocks sont remis sur le marché aux conditions de marché, selon les mécanismes habituels de commercialisation », explique aussi ce brief. Les modalités et la temporalité de la libération des stocks sont décidées par les pouvoirs publics de chaque pays membre. Les barils américains arriveront progressivement sur le marché pendant environ trois mois. Côté français, le ministère de l’Economie n’a pas précisé la temporalité retenue. Une fois la crise passée, « les stocks seront progressivement reconstitués selon les mécanismes habituels », ajoute Bercy.
Une baisse des prix… pour combien de temps ?
En augmentant l’offre de pétrole disponible sur le marché, la libération des stocks stratégiques « peut contribuer à détendre les prix, en particulier lorsque l’action est coordonnée entre plusieurs pays », rappelle le ministère de l’Economie. « La perspective d’une action coordonnée a d’ailleurs déjà eu un impact positif sur la perception des marchés, en renforçant la confiance dans la capacité du système énergétique international à faire face à la crise actuelle », se réjouit Bercy. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, est en effet passé de plus de 119 dollars lundi matin à 90 dollars mercredi, après les premières annonces du G7, « prouvant l’efficacité immédiate de notre stratégie de stocks face à la spéculation », avance le ministère.
Un soulagement de courte durée. Le prix du baril est repassé temporairement jeudi au-delà du seuil symbolique des 100 dollars. « Après la destruction de certaines infrastructures énergétiques » mercredi, « on a constaté une augmentation » du prix, reconnaît le ministère de l’Economie. « Mais sans les annonces du G7 Finances et de l’AIE sur la libération des stocks stratégiques, on ne sait pas où le cours aurait pu en être », avance la même source.
« Dans le langage des salles de marché, la libération de réserves par l’AIE équivaut à pointer un tuyau d’arrosage vers un incendie de raffinerie », estime néanmoins auprès de l’AFP Stephen Innes, gérant chez SPI AM. « Le marché fléchit brièvement, puis revient immédiatement à l’évaluation du véritable problème. » Par ailleurs, pour lui, « lorsque les gouvernements puisent dans les réserves stratégiques, le message implicite transmis au marché est que la situation est suffisamment grave pour nécessiter des munitions d’urgence ». « Libérer les réserves stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix peut sembler être une solution rapide, mais l’histoire montre que ce n’est souvent qu’un soulagement temporaire », prévient aussi John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement de la banque privée Cité Gestion.

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