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En pleine crise pétrolière liée à la guerre au Moyen-Orient, l’association qui défend les intérêts des conducteurs français a lancé une pétition et une opération intitulée « Balance ton plein », pour dénoncer les taxes qui pèsent sur l’essence et le diesel.
Comment alléger la facture des automobilistes ? À l’issue d’une réunion autour des ministres de l’Économie et de l’Énergie, jeudi 12 mars, les distributeurs de carburants annoncent « des plafonnements de prix pour certains et des baisses significatives allant de 10 à 30 centimes par litre pour les autres ». La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz se poursuivent et les cours du pétrole sont remontés, avec le seuil symbolique de 100 dollars le baril à nouveau franchi jeudi. En France, les prix à la pompe s’établissent à 1,871 euro en moyenne le litre de SP95-E10, à 1,964 euro en moyenne celui de SP98 et à 2,032 euros en moyenne le litre de diesel, selon les estimations de l’AFP, jeudi.
« C’est une honte ce qui se passe », réagit Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes, auprès de franceinfo. L’association a lancé, lundi, une pétition, qui recueille jeudi plus de 13 500 signatures, et une opération intitulée « Balance ton plein », pour baisser les taxes du qui pèsent sur le carburant.
Franceinfo : Avec l’opération « Balance ton plein », vous demandez aux Français de vous envoyer directement la photo du prix final à la pompe, en avez-vous reçu beaucoup ?
Pierre Chasseray : Je ne compte plus les dizaines de milliers de messages que j’ai reçus. Et c’est surtout des tranches de vie qui apparaissent. Des mamans solos qui ne s’en sortent pas, des papas qui n’ont plus les moyens le week-end d’aller chercher leurs enfants parce qu’ils sont divorcés. Des artisans qui n’ont plus les moyens de répercuter la hausse des carburants sur leurs factures, mais qui ont déjà un devis donc ils sont obligés de s’y tenir. Des ambulanciers qui m’expliquent leur situation, des retraités qui sont en train de compter trois francs six sous parce qu’ils n’ont plus les moyens pour se déplacer et aller voir leurs petits-enfants.
« Une maman solo qui habite à la montagne m’a juste envoyé la photo de son frigo éteint, parce qu’elle n’a plus les moyens, donc il n’y a plus de produits frais, c’est devenu un placard. La photo m’a marqué. »
Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistesà franceinfo
Tout le monde est touché et je ne pensais pas : les classes moyennes, les CSP+, les retraités, les apprentis qui sont payés 600 à 800 euros par mois et paient 250 euros de carburant par mois. L’impôt sur le carburant est une injustice qui frappe de plein fouet la mobilité et qui empêche les gens d’avoir encore un reste à vivre à peu près décent. Je suis très inquiet parce que ce que je lis, ce que je vois, me fait craindre des moments extrêmement difficiles.
Avec ce constat, que demandez-vous ?
Je demande au président de la République de s’emparer de la question. Je lui demande de prendre en considération tout de suite ce mouvement. Là, j’ai reçu une multitude de messages qui me parlent de gens qui remettent les gilets jaunes à l’avant. Je n’ai pas envie de voir ça. Donc le message au président de la République, c’est de mettre un petit peu d’ordre dans la boutique. La refonte de la fiscalité est essentielle. Il faut l’annoncer, il faut prendre une mesure tout de suite, une mesure d’urgence.
Certains distributeurs ont promis de baisser les prix à la pompe, est-ce une bonne chose selon vous ?
Il faut savoir de qui on parle. Ce n’est pas ma petite station-service du coin qui prend 10 centimes et qui, si elle ne prend pas ces 10 centimes, crève. Non, il s’agit de la grande distribution, qui va faire des opérations, qui va accueillir des clients et qui va pouvoir récupérer sur leur caddie. Oui, bien sûr que je suis content si ça baisse, je ne vais pas dire le contraire. Mais est ce qu’on a réglé structurellement le problème de fond sur la fiscalité ? Non. Donc le problème va resurgir tôt ou tard, s’il y a un quelconque conflit géopolitique, on bascule à 3 euros le litre et après que fait-on ? Il faut prendre des mesures, vite.
Le surcoût est estimé à 220 euros, en moyenne, par automobiliste sur un an, par un think tank européen, selon The Guardian. Quel surcoût, envisagez-vous, vous ?
Je me refuse à faire des moyennes parce que « Monsieur Moyen », je ne le connais pas. Dans les moyennes, il y a des gens qui ne perdent pas un centime et des gens qui vont perdre 500 euros, donc ce n’est pas la même chose. Et puis il y en a d’autres pour qui c’est infernal, la France des régions, ceux qui sont véritablement touchés et qui font 50 kilomètres pour aller travailler et 50 kilomètres le soir. Chaque situation est différente.
Que préconisez-vous alors pour alléger la fiscalité sur le carburant, sachant que la TVA à 20% est encadrée au niveau européen ?
En effet, si on ne peut pas baisser la TVA, on peut tout de même faire deux choses. On peut enlever les CEE, la nouvelle taxe, les certificats d’économie d’énergie [entre 13 et 17 centimes par litre de carburant], c’est facile. Ensuite, les accises sur les produits pétroliers, l’ex-TICPE, on peut les baisser au niveau des minima imposés par les directives européennes, c’est-à-dire qu’elles passeraient d’une soixantaine de centimes actuellement à une trentaine de centimes. L’addition des deux, plus la TVA apposée sur les accises, cela donnerait une baisse de 55 centimes.
« Il y a un coût caché, celui de la non-mobilité et de l’immobilité qui aura des répercussions sur les politiques sociales, etc. »
Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistesà franceinfo
Et je ne supporte plus d’entendre le discours des politiques qui répètent que cela va coûter des milliards d’euros à l’économie. Ils sont à côté de la plaque. Aujourd’hui, il ne faut pas calculer en termes de perte par rapport à ce que pourrait engranger l’État, ce qu’il faut considérer, c’est quel est le niveau de surfiscalité qui paralyse l’économie française. Parce qu’il y a des gens qui ne se déplacent pas, parce qu’il y a des gens qui souffrent trop, parce qu’il y a des gens qui ne peuvent plus consommer, parce qu’il y a des gens qui n’ont plus de reste à vivre. C’est ça l’impact caché que l’on ne voit pas.

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