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« Marseille est un port qui a reçu toutes les origines : les Italiens, les Arméniens, les Espagnols, les Juifs, les Maghrébins, tout le monde. Nous sommes tous marseillais et aujourd’hui les discours de LR ou du RN [droite et extrême-droite, NDLR] veulent juste nous diviser pour leur intérêt politique et politicien. »
Croisé dans un local de campagne du Printemps marseillais, la liste de la gauche marseillaise, Farid se désole des scores annoncés pour le Rassemblement national. Dans ce 12ᵉ arrondissement de Marseille, où l’abstention avait frôlé les 70 % lors du précédent scrutin, la droite « classique » est en perte de vitesse et c’est la gauche et le RN qui sont désormais au coude à coude.
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Le regard un peu perdu dans son café, il ne fait aucun doute pour lui que c’est le sentiment d’abandon des classes populaires et l’abstention qui sont le moteur de la montée du Rassemblement national. « Il y a une grosse précarité, du chômage. Les retraités sont mis de côté. Il manque un EHPAD, des crèches. Les associations sont délaissées. Moi, je soutiens Monsieur Payan [le maire sortant de Marseille, tête de liste du Printemps marseillais, NDLR ] justement pour régler ces injustices et arrêter de stigmatiser les jeunes. On a besoin de vivre ensemble et Marseille, c’est une ville qui symbolise le vivre ensemble. »
Frank Ohanessian est une figure connue de ce quartier où nombre d’habitants sont d’ascendance arménienne. Proche de la droite locale, une proposition défendue par le RN le révulse tout particulièrement, celle du « pass famille-minots-seniors » qui vise à réserver l’accès aux plages et aux parcs municipaux à certaines catégories de la population. « Ce n’est pas entendable. Ça veut dire quoi ? On catégorise les gens ? Il y a des gens qui valent plus ou moins que d’autres ? Non. Il y a des lois qu’on doit respecter. »
Ce que les Marseillais appellent déjà le « pass anti-racailles » – une dénomination qu’assume pleinement le candidat RN à la mairie, Franck Allisio – a provoqué des remous au début de la campagne. Cependant, le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, tous deux venus à Marseille soutenir leur candidat, a centré sa campagne sur l’ordre, la sécurité et la discipline fiscale.

Frank Ohanessian dénonce « une stratégie pour gagner les élections. Avant le FN de Jean-Marie Le Pen n’était pas là pour gagner mais pour provoquer et polémiquer, car il n’avait pas de programme économique et social. Aujourd’hui, ils essayent de policer leur discours, mais c’est juste une façade, car au fond ils ont toujours les mêmes idées que Jean-Marie Le Pen ».
Dans les quartiers nord, abstention et sentiment d’impuissance
Dans les quartiers nord de la ville, Nina Guerrouj, responsable de l’association Schebba engagée pour les droits des femmes, se désole de l’absence de mobilisation des jeunes, pourtant directement visés par la proposition choc du RN.
Dans son local, au rez-de-chaussée d’une barre d’immeuble du quartier de la Busserine, elle ne cesse de les interpeller à quelques jours du premier tour de l’élection municipale. « Je fais une grosse campagne pour que les musulmans et les gens des quartiers aillent voter, notamment sur les réseaux », affirme-t-elle.

« Vu que nous, les gens des quartiers, ne votons pas, eh bien personne ne nous considère. Après, des élus comme Martine Vassal [la tête de liste LR-Renaissance, NDLR] se permettent d’avoir des discours de haine envers certaines communautés. Elle a dit clairement que de toute façon, les musulmans ne votent pas, donc j’en ai rien à cirer. »
Sûr de lui, un jeune homme qui l’écoute lâche : « Vous savez pourquoi on ne va pas voter ? C’est à cause de la discrimination. On sait que ça ne va rien changer. C’est toujours pareil. C’est pour ça qu’on ne va pas voter. »

À ses côtés, une jeune femme fustige ses propos. Mouezi Fatoumiya, lui rappelle que sa propre mairie de secteur, celle du 13-14, a été dirigée par le Rassemblement national entre 2014 et 2020 et que durant cette période, les discriminations se sont institutionnalisées.
« Au moment des fêtes de Noël, si tu ressemblais à un arabe ou à un noir, la mairie ne te donnait pas ton cadeau, parce qu’elle considérait que tu ne pouvais pas être chrétien. Ça ne peut pas fonctionner comme ça dans une République laïque. »
Le « vivre ensemble », une mythologie marseillaise qui n’a plus cours ?
D’origine comorienne, Mouezi nous confie qu’elle voit de plus en plus de personnes issues de l’immigration faire le choix du RN. « Eux, ils pensent qu’ils sont l’exception : ‘Moi je suis bien intégré, je ne porte pas le voile’ et tout et tout… ce sont les autres qui foutent la merde. En fait, ils ont juste la rage contre les politiques et se mettent à raconter qu’il y a trop d’étrangers qui ne font rien et prennent les allocs. »
Nassurdine Haidari, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) et enfant du quartier du Panier, à Marseille, estime quant à lui que la montée en puissance du RN au cours de la campagne municipale à Marseille s’explique par « une insécurité manifeste à Marseille, par un trafic de drogue qui touche aujourd’hui l’ensemble de la ville et aussi par toutes une série de handicaps sociaux ».

À ses yeux, le « melting pot » marseillais n’est plus la barrière infranchissable capable d’empêcher une victoire du RN dans la cité phocéenne. « Mes parents viennent des Comores et j’ai appris à devenir Marseillais. Marseille était ma ville et je la partageais avec d’autres. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le vivre ensemble est un leurre. À Marseille, on ne vit plus ensemble, car certaines populations sont parquées dans une partie de la ville et n’ont plus de contact avec le reste. »
Sami Benfers est une figure bien connue à Marseille. Entrepreneur, responsable d’association dans les quartiers nord, il a participé à la gestion municipale du Printemps marseillais. Avec sa carrure de rugbyman, il critique vertement les tenants du vivre ensemble à la marseillaise et fustige « la bobocratie adepte des fêtes couscous et de l’entre soi ».
« La municipalité a fait des choses symboliques. Elle a rebaptisé une rue au nom d’Ibrahim Ali [un lycéen marseillais tué par des colleurs d’affiche du Front national en 1995, NDLR] et c’était hyper important. Elle a aussi rebaptisé l’école Bugeaud [un général responsable de massacres pendant la conquête de l’Algérie au XIXᵉ siècle, NDLR] en Ahmed Litim [un tirailleur algérien mort pour la libération de la France en 1944, NDLR]. C’était tout aussi important.

Et pourtant, la gauche gestionnaire et antiraciste est selon lui incapable d’endiguer la montée du RN en raison du rejet qu’inspire la classe politique marseillaise. « Vous savez ce qui se dit aujourd’hui ? Il se dit que si c’est le Front national (sic) qui gagne, ça mettra un coup de balai à tous les prétentieux, qu’ils soient de la gauche classique ou de la droite classique. Et ça permettra à autre chose d’émerger. Voilà ce que tout le monde pense aujourd’hui. »
Une élection au goût d’épreuve de vérité
Dans son bureau du 8ᵉ arrondissement, Franck Allisio, le candidat du RN à la mairie de Marseille, sourit quand on l’interroge sur les peurs qu’il suscite. Se projetant à la tête de la cité phocéenne, il affirme que « Marseille encore une fois restera Marseille (…) C’est avant tout une ville méditerranéenne, provençale, française. Ça le restera. Marseille a cette force d’assimilation, il faut qu’elle la garde. »

Rejetant les accusations d’extrémisme, il rappelle que sa concurrente de droite, Martine Vassal, s’est réclamée du triptyque pétainiste « Travail, famille, patrie » lors d’un débat, et que LFI ne s’est pas désolidarisé du groupe antifa La jeune garde après la mort de Quentin Deranque.
Cependant, une victoire du RN à Marseille porterait certainement un coup sérieux à l’image d’une ville qui revendique l’apport positif du brassage des cultures et de l’ouverture au monde.
Comme le souligne Nassurdine Haidari, « ce serait un message que Marseille enverrait à toute la France, disant que si Marseille est prise, alors le reste de la France peut aussi être gagné. Cependant, je pense que l’impact psychologique serait plus significatif que l’impact réel, parce que les gens continueraient à vivre le Marseille qu’ils veulent vivre. »
Dimanche 15 mars à partir de 20 h, suivez tous les résultats du premier tour des élections municipales 2026 sur France24.com.
Source : www.france24.com

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