
Explosion devant une école juive à Amsterdam, la maire dénonce une « attaque délibérée »
14 mars 2026
Employée de crèche jugée pour meurtre : une "erreur de recrutement", admet son ex-cheffe
14 mars 2026Il y a quelques semaines, vous vous en souvenez peut-être Nicolas, je vous parlais à ce micro des globes terrestres, réapparus fortuitement dans le tumulte de l’actualité. Leur histoire raconte comment, cartographier le monde c’est toujours une manière de l’interpréter et de se raconter soi-meme. Permettez moi ce matin d’ajouter un chapitre à cette histoire en vous parlant encore de cartographie. Mais de cartes qui racontent les guerres.
Car depuis les guerres en Ukraine et à Gaza et désormais en Iran et au Moyen Orient, les cartes occupent le devant de la scène médiatique. Carte des frappes, des mouvements de troupes, des occupations, carte des alliances régionales, carte des flux pétroliers. Elles sont devenues les intermédiaires quotidiens de notre contact avec le monde.
Avec cette double fonction. Alors que les cartes dont je vous parle donnent à comprendre les guerres, leurs raisons et leurs conséquences, la cartographie, pour reprendre l’expression bien connue du géographe Yves Lacoste, ça a servi, d’abord, à faire la guerre.
Se munir de bonnes cartes, bien connaître son terrain : c’est l’un des conseils de Machiavel dans l’Art de la guerre.
Il faut se représenter ce que ça veut dire de cartographier un terrain à partir du sol. On envoie des soldats cartographes, des géomètres qui accompagnent les troupes pour faire des relevés. Et très vite les États modernes européens centralisent ces cartes, en France c’est le Dépôt de la guerre qui est créé sous Louis XIV. C’est une véritable course à la carte qui s’engage et qui culmine aux XIXe siècle. Napoléon Bonaparte, Louis XVIII Napoléon III, tous comprennent le caractère décisif des cartes dans les victoires et les défaites. Bonaparte exige au Corps des Ingénieurs Géographes du Dépôt de la Guerre des cartes précises de tous les territoires en conflits au cent millième près. C’est presque toute l’Europe qui est relevée. L’ironie du sort, c’est que les 420 feuilles de carte napoléonienne ont toutes été perdues dans la bataille de Berezina. Les cartes ont redéfini la guerre. Mais la guerre, parfois, est venue à bout des cartes.
Et les cartes chamboulent aussi le récit de la guerre.
Les évolutions techniques l’aviation, les radars, les satellites ont permis de produire des cartes de plus en plus précises, de plus en plus fines. Mais dessiner une carte, c’est toujours représenté un centre, une échelle, un point de vue, une temporalité. Comme l’aime le dire les géographes : une bonne carte énonce toujours une multitude de petits mensonges. Elle déforme la vérité pour permettre à l’utilisateur de voir ce qu’il doit voir.
Elles cadrent notre représentation du monde. Et en ce sens sont éminemment politiques. Un conflit en particulier s’est raconté en carte.
C’est le conflit israélo-palestinien. Après les accords d’Oslo, les Nations Unis proposent un appareil cartographique qui permet de raconter, en image, des réalités trop complexes, avec les zones A, B et C de la Cisjordanie. Ces cartes illustrent également l’évolution territoriale du conflit, on parlait alors des “cartes de la discorde”. Ici comme pendant la guerre du Liban, les cartes se formulent en centaines de mètres, village par village, colonie après colonie.
La guerre en Irak aussi, est un tournant. Les cartes s’emparent des JT qui détaille la géographie du Koweit. Et le légendaire Dessous des Cartes fait de la cartographie un objet télévisuel en mouvement, et en couleur.
La carte est devenu un outil de représentation de l’actualité
Depuis la guerre en Ukraine, une petite révolution s’opère dans les cartes qui racontent la guerre. D’abord, c’est la qualité inédite des images satellites et la multiplicité des sources d’images, qui a aboli les distances entre le cartographe et le territoire, entre l’espace numérique et le réel. C’est aussi le développement des systèmes d’information géographique qui permet de connaître la localisation précise des explosions par exemple. Elements jamais vu du grand public.
Ensuite, c’est l’impossibilité d’accéder à certains terrains au sol, comme à Gaza par exemple, qui a transformé la place des journalistes cartographes au sein des rédactions. Il suffit d’observer la montée en puissance du service cartographique du Monde ou de la BBC pour s’en rendre compte.
Enfin, c’est l’abondance des images sur les réseaux sociaux qui ont transformé la nature même et les formes des cartes qui déploient désormais l’épreuve individuelle de la guerre.
Non plus seulement les lignes de front ou les mouvements de troupe, mais tout ce qui fait la guerre. La qualité des bâtiments détruits, la distance de marche à parcourir pour atteindre un point de ravitaillement à Gaza, la composition du théâtre de Marioupol. La fuite des habitants de Téhéran. Ces vécus, gravés par la cartographie, crient l’horreur de la guerre.
Notre analyse Actus-Eco.fr : Cette actualité illustre les évolutions récentes des marchés et leur impact potentiel en France. Retrouvez nos analyses complémentaires dans nos articles sur l’économie et sur les marchés financiers.
Source : www.radiofrance.fr

9999999
