
Quatre personnes mises en examen pour avoir torturé un homme dans l’Allier
14 mars 2026
alerte sur un risque d’éruption volcanique
14 mars 2026Trop de choux-fleurs et pas de clients, les légumiers de France rencontrent une crise « catastrophique »
ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / Hans Lucas via AFP
La filière légumes traverse une crise « catastrophique » depuis décembre 2025 en raison de la météo et de la baisse de la consommation. (Photo de choux dans un supermarché du Val d’Oise)
La soupe à la grimace. Les producteurs de poireaux, de potimarrons ou de carottes subissent depuis plusieurs mois les conséquences d’une météo tempétueuse et de températures printanières en plein hiver. Certains agriculteurs croulent sur des légumes en surnombre, quand des fruiticulteurs craignent de devoir arracher leurs arbres.
Aucun légume n’est épargné, alerte Marc Kérangueven, président du Cerafel (regroupement de 1300 exploitations maraîchères bretonnes). « Je suis installé depuis 1988, donc j’en ai connu des crises légumières. Mais à ce niveau-là, jamais », se désole auprès du HuffPost ce producteur de choux-fleurs dans le Finistère.
La crise, qui dure « depuis 2024 », a pris une nouvelle tournure en décembre 2025, car même en vendant à des « prix dérisoires », les légumes ne s’écoulaient pas, relate celui qui préside aussi la Sica de Saint-Pol-de-Léon, l’une des plus grandes organisations maraîchères de France. Les producteurs ont alors appelé les consommateurs à l’aide pour Noël, les invitant à mettre des choux-fleurs sur la table du réveillon. Trois mois plus tard, potimarrons, échalotes et poireaux sont toujours vendus à prix bradés dans les supermarchés pour éviter de jeter des mois de récoltes. Cinq groupes de la grande distribution ont aussi lancé en février un appel exceptionnel aux Français pour qu’ils mangent des poireaux.
Les Français ne connaissent pas « le vrai prix d’un légume »
La surproduction n’en serait d’ailleurs pas une si les Français ne boudaient pas les légumes. Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, constate auprès du Parisien un désintérêt grandissant pour certains aliments verts : « les quantités de choux-fleurs achetées pour 100 ménages sont passées de 216,8 kg en 2022 à seulement 181,3 kg en 2025. »
Pour Marc Kérangueven, l’un des problèmes vient du fait que les consommateurs ne connaissent pas « le vrai prix d’un légume ». « Dans une étude que nous avons menée, ils estiment le prix du chou-fleur à 2,41 euros, alors qu’il faut qu’on le vende entre 3 et 4 euros dans un supermarché pour que le producteur se rémunère… ». Donc si un chou-fleur est affiché à 1,50 euro sur un étal, « c’est juste qu’on préfère qu’il soit mangé plutôt que de le jeter, mais ce n’est pas un prix normal ».
« On n’est pas compétitif alors que le critère d’achat numéro un en France c’est le prix, et après c’est le “local” », déplore aussi le producteur de choux-fleurs, qui a rencontré jeudi la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pour lui exposer la « situation catastrophique ». « En Espagne et en Italie, où la météo a aussi été très douce cet hiver, les coûts de manœuvre sont environ 35 % plus bas qu’en France, ce qui nous empêche de nous aligner sur leurs prix », ajoute Marc Kérangueven.
Un consommateur « météo-sensible »
Ce désamour pour le légume d’hiver est amplifié en 2026 par l’arrivée précoce du printemps. Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France, rappelle dans Le Figaro que les consommateurs sont en effet « météo-sensibles » : « Quand il fait 15 degrés en février, il ne pense pas forcément à acheter un chou-fleur ou un poireau. » De même, les périodes ensoleillées stimulent fortement « les achats de melons », par exemple, souligne auprès du HuffPost Samuel Ménard, ingénieur à l’ACPEL, association dédiée à la recherche et à l’innovation légumière en Nouvelle-Aquitaine. Une production de melons qui accuse d’ailleurs un retard à cause des fortes pluies survenues dans le Sud-Ouest.
À cause de la succession de tempêtes et des records de précipitations en janvier et février, les cultivateurs bretons et normands craignent, eux, de n’avoir rien à vendre. Il a tellement plu dans la baie du Mont-Saint-Michel que les carottes pourrissent avant d’être récoltées, témoigne l’un d’eux à Ouest France. Même souci pour les cultivateurs de fraises et de kiwis du Lot-et-Garonne, qui racontent dans Sud-Ouest que les racines de leurs arbres baignent dans l’eau après des crues notables. « On est passé de 1200 millimètres à 2000 millimètres annuels d’eau en 30 ans. En parallèle, on a des périodes soudaines de forte chaleur », déplore Jean-Marc Poigt, président de l’organisme de défense et de gestion (ODG) Kiwi de l’Adour, dans Le Parisien.
Le constat d’une accélération du changement climatique fait par les agriculteurs sur le terrain est confirmé par le chercheur Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. Cet ingénieur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) pointe à la fois une année « extrêmement pluvieuse » et aussi « des températures très élevées pour la saison, qui entraînent une accélération rapide des cycles des plantes ». Les plantes en avance se retrouvent désormais vulnérables à « un risque de gel dans les semaines à venir qu’on ne peut pas écarter ».
Scientifiques et agriculteurs unis face au changement climatique
« Ces dernières années nous montrent que nous pouvons avoir des évènements météorologiques très contrastés, avec de fortes intempéries en hiver qui n’empêchent pas les sécheresses de survenir dès le printemps », ajoute Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri.
Pour faire face à ces montagnes russes météorologiques, l’agronome explique que plusieurs leviers d’adaptation existent, sans changer pour autant tous les légumes de nos soupes. Les chercheurs étudient désormais la « phénologie » des plantes, soit « leur cycle de développement (floraison, maturité…) », pour comprendre « quels sont les moments optimaux à l’avenir pour les planter et échapper aux aléas climatiques ». Concrètement, les scientifiques observent à la loupe les « variétés qui fleurissent plus tard pour s’assurer qu’elles échappent au gel et les variétés très précoces pour les récolter avant les canicules ».
Obligés de suivre les avancées scientifiques sur le sujet, les producteurs devront ainsi planter de nouvelles variétés plus adaptées au climat du futur dans les prochaines années. Il faudra alors « accompagner l’évolution de la saisonnalité des fruits et légumes et il ne faudra pas rester focalisé sur “je vais manger tel produit à telle date” », constate l’ingénieur à l’INRAE. Qui conclut : « S’il n’est pas au rendez-vous, le consommateur va mettre en danger certaines stratégies des agriculteurs français face au changement climatique. »
Notre analyse Actus-Eco.fr : Les informations présentées dans cet article reflètent les tendances actuelles de l’économie et des marchés internationaux. Pour plus de détails, consultez nos autres articles sur les prix du carburant et sur les marchés financiers.
Source : www.huffingtonpost.fr

9999999
