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17 mars 2026Aux municipales à Marseille, Sébastien Delogu et le casse-tête du risque RN avant le second tour
Denis Thaust / ZUMA Press Wire via Reuters Connect
Jean-Luc Melenchon et Sébastien Delogu, ici au printemps 2024, doivent trancher la stratégie de second tour du candidat insoumis à Marseille.
• Le candidat de la France insoumise a proposé une fusion de listes au maire sortant Benoît Payan qui l’a refusée.
• La tête de liste LFI doit désormais décider s’il se désiste ou s’il se maintient, prenant le risque d’une victoire du RN.
Prisée à Marseille, la belotte contrée est un jeu de cartes consistant à annoncer à l’avance le nombre de points que l’on prévoit d’engranger. Et aux moments des enchères, il s’agit d’être particulièrement précis et sûr de soi, sous peine de s’exposer à de sérieuses déconvenues. Au lendemain du premier tour des élections municipales, le maire sortant Benoît Payan semble en tout cas certain de son jeu. Arrivé en première place face au candidat RN avec 36,7 % des voix, il a déposé sa liste en vue du second tour dès ce lundi.
À la tête d’une liste de gauche, il a joué cartes sur table d’entrée : hors de question de saisir la main tendue du candidat insoumis Sébastien Delogu, qualifié pour le 2e tour avec 11,9 %. Le député LFI a proposé une « fusion », immédiatement reléguée au rang de « tambouille » par le maire de Marseille, toujours échaudé par la campagne agressive menée par le mélenchoniste à son encontre ces dernières semaines. Une fin de non-recevoir qui a provoqué la colère de Jean-Luc Mélenchon.
Pleurer sur le lait renversé
« Consternante irresponsabilité arrogante de Benoît Payan, le maire par surprise de Marseille. Il préfère le risque de l’extrême droite à la fusion technique avec LFI », a immédiatement dénoncé sur son compte X l’insoumis en chef. Sur le même réseau social, Sébastien Delogu a publié une vidéo reprenant la thèse de l’irresponsabilité de l’édile marseillais, à l’heure où plusieurs socialistes acceptent de fusionner avec les insoumis, comme à Toulouse. Sauf que pleurer sur le lait renversé ne suffit pas à bâtir une campagne de deuxième tour. Et que les candidats qualifiés ont jusqu’à ce mardi 18 heures pour déposer leurs listes, et lancer les impressions des bulletins et des professions de foi.
Alors que l’heure tourne, une hypothèse commence à prendre de plus en plus de place : et si Sébastien Delogu finissait par se retirer pour éviter de faire courir à Marseille le risque historique d’une bascule à l’extrême droite un an avant la présidentielle ? Après tout, une telle position peut se justifier, y compris pour un mouvement mélenchoniste qui déteste battre en retraite. Lors des élections municipales de 2020, la coordination des espaces de LFI jugeait qu’un retrait était possible « dans les communes où le Rassemblement national est qualifié pour le second tour ». Par ailleurs, une fois la candidature de Benoît Payan actée, la responsabilité repose désormais sur les épaules du candidat LFI, dont la décision pourrait faire basculer la ville.
Conséquences directes
« La pression existe. Chacun doit penser à l’intérêt général. Le retrait est aussi une option antifasciste », confie au HuffPost un habitué de la maison Mélenchon, décrivant les arguments qui pourront enrober la décision du retrait. « Le PS l’a déjà fait aux régionales », souligne-t-il. Sur place, certains socialistes jugent que Sébastien Delogu n’a, en réalité, pas d’autres choix. Car le maintien aurait des répercussions très concrètes, y compris dans les quartiers populaires. À titre d’exemple, les 13e et 14e arrondissements de Marseille, dans les quartiers nord. Dans ce secteur, Sandrine D’Angio (RN-UDR) est arrivée en tête avec 39,8 % des voix, devant la candidate socialiste Tina Biard-Sansonetti (26,4 %) et le candidat LFI Mohamed Bensaada (13,1 %). « Le maintien de Sébastien Delogu aurait pour conséquence d’offrir ce secteur des quartiers nord à l’extrême droite, et il le sait », décrypte un socialiste marseillais.
D’autres estiment que le député des Bouches-du-Rhône n’a pas vraiment d’arguments solides à faire valoir, son score le mettant en incapacité de bâtir un récit intelligible, surtout après une campagne de premier tour consacrée à taper sur le bilan du maire sortant. « En 2022, Jean-Luc Mélenchon fait 31 % à Marseille. Aux européennes de 2024, Manon Aubry 21 %. Son score, à moins de 12 %, témoigne qu’il n’a pas fait une bonne campagne, et qu’une fusion des listes pourrait au contraire favoriser le RN, puisque ça rebuterait les électeurs centristes de Martine Vassal qui voudraient faire barrage, et ferait courir ses électeurs les plus droitiers dans les bras de Franck Allisio », souligne notre interlocuteur. Une réalité que n’ignorerait pas l’état-major LFI, et qui plaiderait donc pour un retrait.
D’autant que cette hypothèse comporterait un autre avantage pour le mouvement insoumis : s’attribuer le beau rôle, celui du camp « responsable », à l’heure où la deuxième ville de France est menacée par le RN. En outre, ce mouvement pourrait s’accompagner du maintien des candidats LFI qualifiés dans d’autres villes, comme à Paris. Avec un récit consistant à dire que La France insoumise sait distinguer ses adversaires de ses ennemis, et qu’elle demeure solide dans son appréciation de la hiérarchie des périls. Quoi qu’il en soit, socialistes et insoumis seront bientôt fixés, puisque la deadline approche. Et avec une main comptant si peu d’atouts, Sébastien Delogu sait qu’il n’a aucune chance de gagner la partie. Car à la différence du poker, le bluff n’est d’aucune efficacité à la belotte contrée.
Source : www.huffingtonpost.fr

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