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17 mars 2026COURRIER INTERNATIONAL : Votre région est particulièrement scrutée pour ce qu’elle révélerait de la force du Rassemblement national (RN) en France. Que pensez-vous des résultats du premier tour ?
ANNIKA JOERES : Du point de vue de quelqu’un qui habite dans le Sud – et qui vient de l’étranger –, c’est assez effrayant. Nous avons une vraie vague de l’extrême droite. L’un des premiers résultats à tomber était celui de David Rachline, qui a conservé la mairie de Fréjus avec plus de 50 % des voix, malgré plusieurs scandales lourds. Pareil à Perpignan, les affaires judiciaires en moins, où Louis Aliot est réélu. À Nice, Éric Ciotti est en tête ; il y a Toulon, Menton et même Marseille. Dans le sud de la France, il existe visiblement un grand désir de changement lié à Marine Le Pen. On n’imagine pas qu’une amélioration pourrait venir d’autres partis.
Le succès d’Éric Ciotti à Nice est-il révélateur, dans ce contexte ?
J’ai l’impression qu’ici on ne regarde pratiquement pas les programmes, mais presque uniquement l’affichage politique. Plus c’est à droite, mieux c’est. Plusieurs candidats indépendants dans de petites communes n’osent pas dire qu’ils ont une tendance plutôt à gauche. Ils portent une étiquette indépendante ou même divers droite parce qu’il est quasiment impossible de gagner en étant identifié à gauche.
Concernant Éric Ciotti, il parle vaguement dans son programme de plus de parkings, de plus de policiers, de moins d’impôts – comme son adversaire, Christian Estrosi, d’ailleurs –, mais il veut quand même garder des coulées vertes créées par Estrosi. Après, oui, dans son discours, il entretient une stratégie de la peur qui fonctionne très bien pour lui.
Vous vivez près de Nice. Quelle est l’image du Rassemblement national dans la région ?
Les Français, en comparaison avec les Allemands, restent discrets sur leur vote. Cependant, dire qu’on vote RN est devenu assez normal. Il est presque plus difficile de se dire de gauche. Je vis dans le village où Éric Ciotti tient son meeting annuel. Il y a toujours beaucoup de monde. Son discours stigmatise systématiquement les réfugiés, sans aucune empathie. Il décrit une France très dangereuse – ce qui est démenti par les statistiques et par la vie plutôt tranquille dans ces villages. Quand je suis arrivée, il y a plus d’une dizaine d’années, les maires de petites communes disaient se représenter par peur de se voir remplacés par un candidat du RN. Aujourd’hui, ils font des alliances avec eux.
Comment expliquer que le RN ait du mal à s’implanter localement en dehors du Sud-Est ? Quelle est la particularité de la région ?
Cela fait des années que je fais des recherches et que je pose la question aux spécialistes. Mais c’est difficile à dire. Normalement, on vit bien ici. Certes, c’est une région très touristique, ce qui rend la vie chère, le prix de l’immobilier notamment. On ressent aussi les problèmes liés au changement climatique, la question de l’accès à l’eau. Pas franchement une thématique du RN. Il y a un volet historique lié à la décolonisation qui a vu de nombreux pieds-noirs s’installer dans la région et la marquer à droite politiquement. Certaines vallées étaient très industrielles et plutôt rouges. Le Rassemblement national les a conquises. Sur un plan très subjectif, j’ai l’impression de vivre dans une région plus angoissée que d’autres. Dans les conseils d’école on parle beaucoup de sécurité, de clôtures, de l’éventualité d’attentats, et cela constitue un fond très propice pour Marine Le Pen.
Quel est l’état d’esprit des Français vis-à-vis de la politique à un an de la présidentielle ?
Il règne une sorte de dégagisme. Vu de mon village des Alpes-Maritimes, c’est presque comme si le macronisme n’avait jamais existé. Même si Emmanuel Macron joue actuellement un rôle important sur le plan international. Ce n’est d’ailleurs pas facile à expliquer à l’étranger. L’Allemagne mettait beaucoup d’espoir dans Emmanuel Macron : pour sa conviction européenne, il a longtemps été plus apprécié outre-Rhin qu’en France. J’ai l’impression qu’on se dirige vers un nouveau chapitre avec la présidentielle. Il y a une envie de changement, et il est possible que le RN gagne.
Source : www.courrierinternational.com

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